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Hydroélectricité : Gaston Eloundou Essomba et le piège de Memve’ele

En ordonnant l’entrée en activité de ce barrage, le ministre de l’Eau et de l’Energie a octroyé subrepticement le statut d’exploitant de l’infrastructure à l’unité opération du projet qui, juridiquement, n’en a pas qualité. Un incident éventuel sur cet ouvrage serait un revers horrible pour l’ex-Dg de la Scdp.

En exclusivité, EcoMatin avait révélé, dans son édition du 13 mars dernier, que des tractations se faisaient en vue de l’entrée en production provisoire du barrage hydroélectrique de Memve’ele, construit dans la région du Sud et dont les travaux sont achevés depuis plus de deux ans. L’infrastructure était restée oisive jusque-là du fait du non achèvement des travaux de construction de la ligne de transport d’électricité entre le site du barrage à Nyabizan et Nkolkoumou, ville de la région du Centre située à quelques kilomètres de Yaoundé.

Depuis le 16 avril, le ministre de l’Eau et de l’Energie (Minee), Gaston Eloundou Essomba, a annoncé en grande pompe ce qu’il a appelé la « mise sous tension » du barrage. Un processus qui a permis l’injection effective de 80 Mw d’électricité dans le Réseau interconnecté Sud (Ris) – au lieu de 211 Mw qui représentent la capacité installée réelle de l’ouvrage qui a englouti 450 milliards Fcfa d’investissement , grâce à la ligne de 90 Kv de Electricity Development Corporation (Edc) qui relie les villes de Mbalmayo et Ebolowa.


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Cette mesure permet ainsi à l’Etat, non seulement de faire des économies de l’ordre de 350 millions Fcfa sur l’achat de carburant nécessaire au fonctionnement des centrales thermiques de Yassa (Douala), Ahala et Oyomabang (Yaoundé), de Bertoua, etc., en attendant la mise en service officielle du barrage hydroélectrique de ce barrage d’ici fin 2021, mais elle réduit également le déficit énergétique du Cameroun qui est évalué à plus de 100 MW par jour.

Aussi pragmatique qu’elle puisse paraître, cette mesure du Minee pose cependant problème. L’Unité opérationnelle du projet Memve’ele n’a pas le statut juridique qui lui permette d’exploiter ce barrage. Ce qui signifie que le ministre est hors-la-loi dans cette mise en service déguisée…

Aussi pragmatique qu’elle puisse paraître, cette mesure du Minee pose cependant problème. L’Unité opérationnelle du projet Memve’ele n’a pas le statut juridique qui lui permette d’exploiter ce barrage. Ce qui signifie que le ministre est hors-la-loi dans cette mise en service déguisée, d’autant que l’infrastructure n’a pas été réceptionnée. Si l’objectif du gouvernement est que Memve’ele devienne exploitant du barrage, il devrait lui être attribué le statut qui sied à cette qualité.


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A côté de ce défaut de qualité d’exploitant statutaire, il va se poser le problème de la maintenance. Si d’aventure une turbine de l’ouvrage venait à être endommagée, Memve’ele a-t-il les moyens de la faire réparer ? En l’état actuel des choses, l’ouvrage est censé n’être encore qu’un chantier, étant donné que le procès-verbal de rétrocession définitive n’a pas encore été dressé. Tout incident qui pourrait de ce fait intervenir sur l’ouvrage sera imputé à ceux qui en ont ordonné la mise en service.


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Cette initiative remet aussi sur la table le problème des objectifs de départ du contrat. Il était question de construire un barrage qui puisse fournir 211 MW a partir d’une ligne d’evacuation d’énergie allant de Nyabizan a Nkolkoumou. Qu’en est t-il aujourd’hui de cet objectif de départ..?

Autre problème, la gestion de la dette chinoise. Le barrage hydroélectrique de Memve’ele a été réceptionné de manière provisoire le 17 septembre 2017. Et, depuis février 2018, le bailleur de fonds Eximbank China attend le paiement de ses mensualités ainsi que le prévoit l’échéancier de remboursement de la dette arrêté par les deux parties.

La Rédaction EcoMatin

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