Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, a facilité samedi à Addis-Abeba (Éthiopie), en marge de la 39e session ordinaire de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement de l'organisation panafricaine, une rencontre entre les présidents Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale) et Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon), en présence de représentants de l’Angola, du Burundi et des Nations unies.
Objectif affiché : « avancer sur la mise en œuvre de l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) du 19 mai 2025 relatif au différend frontalier » entre les deux pays voisins. Pour la première fois depuis ce verdict historique, qui a reconnu la souveraineté de Malabo sur les îles de Mbanié, Cocotiers et Conga, les deux chefs d’État ont publiquement abordé les modalités pratiques d’application de cette décision.
Selon la Commission de l’UA, les deux pays ont « réaffirmé leur engagement à œuvrer pour une solution fraternelle, dans l’esprit de l’intégration africaine et du respect du droit international ». Une formulation diplomatique qui traduit la sensibilité d’un dossier vieux de plus de 20 ans, à la croisée d’enjeux juridiques, sécuritaires et énergétiques.
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Le 19 mai 2025, la CIJ avait rendu un arrêt très attendu dans ce différend territorial opposant Libreville et Malabo depuis les années 1970. Saisie pour déterminer quels titres juridiques faisaient foi entre les deux États, la juridiction basée à La Haye avait estimé que les arguments de la Guinée équatoriale primaient, invalidant de facto la convention de Bata de 1974 invoquée par le Gabon.
Au lendemain du verdict, le président gabonais, fraîchement élu, avait appelé à la retenue. « L’heure n’est pas aux déclarations précipitées ni aux réactions passionnelles », avait-il écrit sur ses réseaux sociaux, promettant un compte rendu exhaustif devant le Parlement et le gouvernement « dans une démarche de transparence totale ». Insistant sur la nécessité de préserver la paix régionale, Brice Clotaire Oligui Nguema avait privilégié la voie du dialogue avec « la République sœur de Guinée équatoriale ».
Des zones grises persistantes
Cette posture rejoignait celle exprimée par Guy Rossatanga-Rignault, membre de l’équipe juridique gabonaise, pour qui l’étape judiciaire ouvrait désormais une phase politique, celle des négociations bilatérales.
Au cœur du litige, deux lectures opposées de l’histoire juridique. Le Gabon fondait sa revendication sur la convention de Bata signée en 1974, censée attribuer les îles disputées à Libreville. Mais devant la CIJ, la Guinée équatoriale avait contesté la validité de ce document, s’appuyant plutôt sur un traité colonial plus ancien entre la France et l’Espagne, fixant les limites territoriales dans la zone concernée. La Cour a jugé ces titres déterminants.
Toutefois, la CIJ a précisé qu’il ne lui appartenait pas de procéder à une délimitation complète des frontières terrestres et maritimes. Cette nuance laisse subsister des zones d’incertitude et rend indispensable un dialogue politique encadré.
Un enjeu stratégique et pétrolier
Au-delà de la souveraineté, l’enjeu est également économique. Les îles de Mbanié (environ 30 hectares), Cocotiers et Conga sont situées dans une zone du golfe de Guinée réputée pour son potentiel pétrolier.
La clarification du statut de ces territoires pourrait influencer la délimitation maritime et l’accès à d’éventuels blocs offshore pour ces deux producteurs de pétrole.
La rencontre d’Addis-Abeba marque ainsi une étape importante. Elle traduit la volonté des deux États d’inscrire le règlement du différend dans un cadre multilatéral africain, avec l’appui des Nations unies.
Reste toutefois la question sensible de la présence militaire gabonaise sur les îlots, en place depuis 1972. L’arrêt de la CIJ, bien qu’il tranche la question des titres juridiques, ne prévoit aucun mécanisme coercitif immédiat. Sa mise en œuvre dépendra donc de la capacité des deux pays à traduire leurs engagements diplomatiques en actes concrets.
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