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Banques et Finances

Daniel Claude ABATE : « Nous estimons en effet, que la Cosumaf n’a pas eu les informations suffisantes avant de se prononcer sur notre cas »

Suite à un communiqué diffusé le 27 juillet par la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale afin d’alerter l’opinion sur le caractère illégal de sa levée de fonds en cours, l’organisation dénommée « Patronat du Sud » et dirigée par Daniel Claude Abate. Dans une interview accordée à EcoMatin ce dernier est revenu de long en large sur cette polémique qui fait couler beaucoup d'encre et de salive. Il entend d’ailleurs dépêcher une délégation dans les prochains jours à Libreville pour rencontrer et dialoguer avec la Cosumaf afin de résoudre cette incompréhension.

Publiée dimanche 30 juillet 2023 à 21:41:39Modifiée dimanche 30 juillet 2023 à 22:45:30Temps de lecture 17 minPar Amina MALLOUM

Daniel Claude Abate Président Executif du Patronat Sud


Un communiqué de la Cosumaf daté du 21 juillet alerte sur l’illégalité d’une opération de levée de fonds que le comité exécutif de Patronat Sud a lancée en vue de la création d’un établissement de microfinance à caractère régional dénommée « United Forest Finance ». Vous n’avez pas appréciez cette sortie qui tend à jeter du discrédit sur votre initiative qui regroupe quand même quelques hautes personnalités  de la République. Que reprochez-vous à la Cosumaf ?

Permettez-moi tout d’abord de vous remercier de nous donner l’opportunité de pouvoir éclairer la lanterne de vos lecteurs et au-delà de l’opinion nationale et internationale sur notre projet de création d’un Etablissement de Micro Finance de 2ème catégorie. Depuis l’annonce de ce projet, nous constatons en effet qu’il fait l’objet d’un intérêt et d’une attention toute particulière et même inédite pour un si modeste projet sur les réseaux sociaux et dans les médias de notre pays. Et ce pour des raisons que nous n’arrivons pas encore à cerner entièrement. La publication du communiqué de la COSUMAF est venue relancer de plus belle le tintamarre médiatique et cybernétique autour de notre projet. Et nous devons constater, pour le déplorer, que ce qui est le plus souvent écrit ou dit sur notre projet charrie une présentation erronée des choses avec de nombreuses inexactitudes ou informations approximatives tant sur le projet en lui-même que sur ses prometteurs.

S’agissant de la COSUMAF, et pour répondre à votre question, nous ne pouvons pas nous permettre de dire que nous leur reprochons ceci ou cela, nous ne sommes pas le régulateur du régulateur et ne voulons pas utiliser ce type de langage défiant à l’égard de l’autorité des marchés financiers. Nous ne sommes qu’un agent économique qui essaie de mettre sur pied une structure qui envisage d’opérer dans un secteur ou activité fortement encadrée au niveau national et communautaire. Notre mise au point à la suite de la publication du communiqué de la COSUMAF visait simplement à rétablir auprès de nos membres et de l’opinion publique certaines vérités car les termes et le contenu dudit communiqué étaient suffisamment durs et comportaient des informations assez erronées à l’égard de notre projet. Toutes choses susceptibles de semer un sérieux doute (et peut être la panique) auprès de nos membres et d’instiller dans l’opinion des amalgames avec des récentes expériences foireuses que nous ne pouvions pas laisser passer. C’est tout cela que nous avons simplement voulu rétablir.

Vous estimez que la Cosumaf a manqué de se rapprocher de manière contradictoire des promoteurs avant sa sortie qui peut semer le doute chez vos membres et susciter une suspicion infondée sur la démarche et l’objectif qui sont les vôtres. Vous avez pourtant ouvert les souscriptions qui courent jusqu’à ce lundi 31 juillet. Qu’est-ce qui garantit votre opération qui vise quand même la levée d’un montant de 500 millions Fcfa ? Pourquoi n’avoir pas fait part de cette initiative à la Cosumaf avant le lancement ?

Nous avons effectivement, et dans le strict cadre de notre association PATRONAT SUD promotrice du projet de création de l’établissement de micro finance UNITED FOREST FINANCE (U2F), invité nos membres à souscrire aux 50.000 actions émises pour cet établissement en création à raison de 10.000 F/action. Le capital social de notre micro finance est donc de 500 millions. Le délai de souscription cours jusqu’au 15 Août 2023 et non le 31 Juillet 2023. Il s’agit donc pour nous d’une opération privée de levée de capital, restreinte aux membres de notre association PATRONAT SUD, et à eux seuls, donc entre personnes qui se connaissent pour la plupart les uns les autres, qui ont une réelle affinité culturelle, et surtout qui ont souverainement décidé et voté en assemblée générale de la création d’un établissement de micro finance dont ils seront les co-propriétaires. Il ne nous a donc pas fallu nécessaire d’avoir recours à la COSUMAF puisque nous estimions que notre opération de souscription des actions ne correspond aucunement à un appel public à l’épargne (APPE) au sens de la règlementation de cette institution de régulation du marché financier régional. Nous n’avons pas changé d’avis à ce sujet et restons convaincus que notre interprétation est la bonne malgré le communiqué de la COSUMAF qui estime au contraire que notre opération est bien un appel public à l’épargne et une violation de sa réglementation en la matière.

Nous estimons en effet, que la COSUMAF qui ne nous a jamais convoqué préalablement pour ne serait-ce que nous entendre de manière contradictoire, afin de connaître les tenants et aboutissants de notre projet, n’a pas eu les informations suffisantes avant de se prononcer sur notre cas. Nous n’en voulons pour preuve le fait que le communiqué nous établit à Douala, ce qui est totalement faux. C’est pour cela qu’il nous a semblé judicieux de dépêcher une délégation dans les prochains jours à Libreville pour rencontrer et dialoguer avec la COSUMAF afin de résoudre cette incompréhension.

Nous estimons en effet, que la COSUMAF qui ne nous a jamais convoqué préalablement pour ne serait-ce que nous entendre de manière contradictoire, afin de connaître les tenants et aboutissants de notre projet, n’a pas eu les informations suffisantes avant de se prononcer sur notre cas. Nous n’en voulons pour preuve le fait que le communiqué nous établit à Douala, ce qui est totalement faux. C’est pour cela qu’il nous a semblé judicieux de dépêcher une délégation dans les prochains jours à Libreville pour rencontrer et dialoguer avec la COSUMAF afin de résoudre cette incompréhension.

United Forest Finance, dites-vous, a une vocation régionale et vise à terme le décollage économique de la région du Sud. Est-ce que parler d’un premier établissement de microfinance populaire de la région du Sud n’est pas clivant dans un pays multiculturel comme le Cameroun ?

Il n’y a absolument rien de clivant de notre part en cela. Nous voulions tout simplement exprimé par là une réalité qui peut surprendre plus d’un mais qui n’en reste pas moins la réalité. Savez-vous que sur la liste de 402 micro finances toutes catégories agrées par le Ministère des Finances à fin 2021, la Région du Sud n’en compte que 06 au total donc 05 sont des coopératives MUFID de 1ère catégorie et que le seul établissement de 2ème catégorie de la liste est en cessation d’activité à ce jour ?

Il y a bien une réalité qui surprend les uns, et que peut être les autres ne veulent pas voir ou admettre : nous sommes la seule région de tout le Cameroun qui à ce jour n’a pas de micro finance de 2ème catégorie. Les établissements de microfinance de seconde catégorie sont ceux exerçant l'activité de collecte de l'épargne et l'octroi du crédit aux tiers par opposition à la 1ère catégorie qui ne peut collecter de l’épargne et octroyer le crédit qu’à ses membres ou adhérents. S’il y a bien eu par le passé des tentatives ou initiatives de création d’établissements de micro finance de 1ère et 2ème catégorie dans les différents départements de la région du Sud, dont la plupart n’ont d’ailleurs pas fait long feu, nous sommes bien le 1er projet de création d’un établissement de micro finance de 2ème catégorie qui se construit et se lance sur une base réellement régionale avec l’implication de tous les fils et filles de tous les arrondissements de notre région regroupés dans notre groupe PATRONAT SUD. C’est en cela que nous assumons de dire que nous sommes le 1er établissement de micro finance populaire de la Région du Sud. Que les enfants de la région du Sud, toutes ethnies confondues, veuillent combler ce vide très préjudiciable à l’activité économique de notre région n’a absolument rien de clivant. Que faisons-nous d’illégal et surtout que d’autres compatriotes n’ont pas fait ailleurs pour leurs régions respectives ? C’est le Cameroun qui gagne au final par ces initiatives qui contribuent au développement local de nos régions.

S’il y a bien eu par le passé des tentatives ou initiatives de création d’établissements de micro finance de 1ère et 2ème catégorie dans les différents départements de la région du Sud, dont la plupart n’ont d’ailleurs pas fait long feu, nous sommes bien le 1er projet de création d’un établissement de micro finance de 2ème catégorie qui se construit et se lance sur une base réellement régionale avec l’implication de tous les fils et filles de tous les arrondissements de notre région regroupés dans notre groupe PATRONAT SUD

Si United Forest Finance vise le décollage économique de la région du Sud, 500 millions Fcfa de capital c’est tout de même insignifiant pour financer des projets d’impact dans une région où tout est à construire !

Tout d’abord et comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’un capital de 500 millions, ce qui n’est pas négligeable à l’échelle d’une activité de micro finance. C’est un très bon départ symbolique, une sorte de déclic, qui intervient à un moment où très peu croyaient encore qu’une telle initiative collective était réalisable dans notre région. On a trop dit et répété que les sudistes ne sont pas solidaires et ne savent pas se mettre ensemble en matière économique pour réaliser des choses, et malheureusement, petit à petit, cela a fini par gagner les esprits et le subconscient de beaucoup. Le scepticisme des uns et la méfiance naturelle ou attentisme des autres dès qu’il s’agit d’argent ont fait le reste. Notre 1er défi a donc été de prouver que nous pouvons encore nous mettre ensemble en matière économique. Le niveau du capital social n’est donc pas très important pour nous à ce stade, il connaitra certainement des évolutions au fur et à mesure que l’activité performe bien. Le plus important c’est le message que nous envoyons et l’état d’esprit nouveau que nous créons dans la stimulation et la dynamisation des initiatives économiques dans notre région.

Par ailleurs je voudrais vous rappeler que nous sommes un établissement de crédit qui pourra collecter de l’épargne et transformer cette épargne en crédit dans le respect des normes et ratios de prudence de l’activité. Ne pensez donc que seul le capital d’un établissement de crédit finance les projets. En tout état de cause, nous procéderons certainement à des augmentations de capital à chaque fois que la nécessité économique ou stratégique l’imposerait.

 Est-ce que vous êtes prêts à accepter qu’au bout du compte, les institutions nationales et la Cosumaf disent non à la création de votre établissement de microfinance dans son orientation initiale ?

Nous ne l’envisageons pas dans le contexte de l’économie libérale qui est la nôtre. Ces institutions n’ont pas été créées ou mises en place pour distribuer des « non » selon leur bon vouloir. Elles sont là pour s’assurer que les agents ou activités économiques se déroulent dans les normes et dans le respect du cadre réglementaire approprié en mettant l’accent sur un accompagnement ou encadrement plus pédagogique que répressif car il est aussi de leur intérêt et devoir de contribuer à la dynamisation de l’activité économique ou communautaire. Nous ne pensons que ces institutions doivent toujours s’exprimer en premier ressort dans une tonalité menaçante ou martiale qui envoie de très mauvais signaux au secteur privé. Il est aussi bon de rappeler que les décisions de ces institutions nationales ou régionales ne sont pas des décisions de justice, elles peuvent être contestées devant les juridictions nationales, le cas échéant, ou communautaire.

Nous ne l’envisageons pas dans le contexte de l’économie libérale qui est la nôtre. Ces institutions n’ont pas été créées ou mises en place pour distribuer des « non » selon leur bon vouloir. Elles sont là pour s’assurer que les agents ou activités économiques se déroulent dans les normes et dans le respect du cadre réglementaire approprié en mettant l’accent sur un accompagnement ou encadrement plus pédagogique que répressif car il est aussi de leur intérêt et devoir de contribuer à la dynamisation de l’activité économique ou communautaire

Pour ce qui nous concerne, et s’agissant particulièrement de ce projet de création d’un établissement de micro finance, comme pour tous nos autres futurs projets d’ailleurs, nous ferons tout ce qui est nécessaire et exigé pour être en accord avec la réglementation et ce, dans un esprit de sincère respect et de dialogue constructif avec les autorités ou institutions compétentes pour chaque projet tant au niveau national que communautaire.

Pour finir, à quelle échéance espérez-vous le lancement des activités de United Forest Finance ?

Nous espérons ouvrir au moins notre première agence avant la fin de cette année à Kribi, ville du siège social envisagé de notre établissement de micro finance, et capitale économique de la Région du Sud. Pour cela il faut déjà mettre les bouchées doubles pour finaliser notre constitution et valider toutes nos instruments juridiques et opérationnels au travers de la grande assemblée générale constitutive des souscripteurs, et bien entendu, obtenir l’autorisation et l’agrément du MINFI et de la COBAC. En tout cas, nous irons vite sur les aspects qui nous concernent.

Nous espérons ouvrir au moins notre première agence avant la fin de cette année à Kribi, ville du siège social envisagé de notre établissement de micro finance, et capitale économique de la Région du Sud. Pour cela il faut déjà mettre les bouchées doubles pour finaliser notre constitution et valider toutes nos instruments juridiques et opérationnels au travers de la grande assemblée générale

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