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Inventaire : les communes évaluent les routes à leur charge

Selon les analystes du Bureau international du travail, les routes communales sont au cœur de la lutte contre la pauvreté. Le recensement encours vise à faciliter la planification des interventions dans le cadre du Plan directeur routier du Cameroun.

C’est sur un ton presque triomphaliste que le maire de la commune d’Eseka a fait l’annonce à ses administrés : « heureux de vous annoncer que 79 routes communales sont désormais recensées dans la commune d’Eseka soit 59 préalablement recensées par la délégation département du ministère des Travaux publics (Mintp) et 20 ajoutées par la mairie ». Moïse Sylvain Tjock exprimait ainsi le 13 octobre 2020, en marge d’une séance de travail à Yaoundé, en prélude au recensement des routes et de l’atelier de préparation du projet d’arrêté du gouverneur du Centre concernant les routes communales dans la région du Centre. Ce recensement est prévu dans les dix régions. Il vise à actualiser la cartographie des routes communales.

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A la direction de l’Entretien et de la Protection du Patrimoine routier du Mintp, l’on explique que le programme de connectivité est pyramidal et tient compte des différentes catégories des routes. En premier lieu les routes nationales qui garantissent à toutes les chefs-lieux des régions d’être reliés à la capitale. Ensuite les routes régionales qui permettent à chaque chef-lieu de département d’être connecté au chef-lieu de la région et enfin les routes communales qui sont les routes de désenclavement des bassins agricoles, des sites touristiques, etc.

L’inventaire en cours participe de la prise en compte de l’apport des collectivités territoriales décentralisées dans la mise en œuvre du Plan directeur routier du Cameroun (PDR) sur la période 2020-2035. Il s’agit en effet de mettre l’accent sur les interventions qui impactent le réseau communal. Ainsi, le PDR prévoit des interventions sur un linéaire de 161 550 Km pour une enveloppe de 727 milliards de FCFA soit un coût moyen de 4,5 millions FCFAC/Km.

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D’après la présentation du réseau routier camerounais au 30 juillet 2020, consultable sur le site internet du Mintp, le pays compte un linéaire total évalué à 121 501,5 Km. Par classe, ce linéaire est composé de 78,5 Km d’autoroutes, 9370 Km de routes nationales, 13 923 de routes régionales et 98 130 de routes communales.

Les routes communales représentent dont 60,75% du réseau routier national. Par région, l’Est arrive en tête avec 19 754 Km, suivie du Centre (17 205 Km), l’Extrême-nord (9 877 Km), le Nord-ouest (9 207 Km), l’Ouest (8 964 Km), le Nord (8531 Km), le Sud (7 814 Km), l’Adamaoua (6 455 Km), le Littoral (6 410 Km) et le Sud-ouest (3 913 Km).

Essentiellement en terre (98,41%), les routes communales sont peu développées et mal entretenues, constituant ainsi un obstacle au développement et au transport de la production agricole vers les zones, les marchés et les consommateurs.

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Or, une évaluation indépendante du Programme national de réhabilitation et de construction de routes rurales (Pn2r) au Cameroun a conclu qu’«un réseau de routes rurales peu développé et mal entretenu dans un pays avec une population rurale important comme le Cameroun, contribue à l’aggravation de la vulnérabilité, la pauvreté de ses populations et aussi retarde le développement ».

S’appuyant sur la devise du Congrès mondial de la route de 2003 à Durban en Afrique du Sud pour qui « la route du développement passe par le développement de la route », le gouvernement camerounais s’est engagé dans un vaste chantier des réformes socioéconomiques. C’est dans ce cadre que le Pn2r a été lancé

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La voix prépondérante des maires

La route qui relie le lycée bilingue d’Essos de Yaoundé au carrefour de Nkolmesseng est en cours de réhabilitation depuis quelques semaines. Ce chantier est l’œuvre de l’exécutif municipal de la commune de Yaoundé 5. Le maire, Augustin Bala, a lancé le projet le 25 août 2020, sous les acclamations de la population qui ne savait plus vers qui se tourner pour obtenir sa réfection. Comme Augustin Bala à Yaoundé 5, le directeur de l’Entretien et de la protection du patrimoine routier au Mintp, Michel Mbem Ngombe, explique que les maires ont désormais leur mot à dire et même une voix prépondérante en matière d’entretien routier.

Voici le schéma : « la commune, sur la base de son plan communal, saisit les services compétents du Mintp (délégation départementale). Une descente est faite et une évaluation conséquemment et au besoin, une étude pour évaluer les travaux à faire et estimer le budget. C’est la somme de ces opérations qui permettent d’effectuer la programmation et en tenant compte du programme de connectivité. Les maires ont également un rôle à jouer dans l’identification des axes à aménager, les routes à ouvrir, etc. », précise le responsable du Mintp. Ce qui est conforme au transfert des compétences et des ressources, en faveur des collectivités territoriales décentralisées (CTD), engagé depuis 2010.

Actuellement, poursuit Michel Mbem Ngombe, « nous avons amorcé la maîtrise d’œuvre communale. Lorsque le maire dit cet axe est prioritaire par rapport à tel autre, le Mintp ne peut pas faire objection. Certains maires se font de plus en plus la main, d’autres non. » Même si, ajoute-t-il, il faut aussi un autre type de personnel dans les mairies, ne serait-ce que des techniciens, à défaut d’ingénieurs. En attendant, soutien-t-on au Mintp, les sessions de renforcement de capacités, entamées depuis quelques années, ont progressivement conduit à une bonne compréhension des procédures du Fonds routier où des maires sont désormais ordonnateurs.

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Fonds routiers

Le Mintp n’a donc plus de rôle dans la programmation des travaux sur les routes communales sinon l’accompagnement. Avec la nouvelle nomenclature routière, « les 384 maires du pays sont tout aussi ordonnateurs que le Mintp », insiste le Directeur. Ceci, dans la limite des ressources allouées aux opérations. Un maire peut donc monter son projet d’entretien routier, élaborer le dossier d’appel d’offre, passer le marché et le faire payer.

Des sources proches du Fonds routier, cette situation se traduit par le volume significatif de paiements liés aux prestations d’entretien des routes communales effectués par exemple en 2019 (3,4 milliards FCFA en 2019 contre 0 FCFA en 2018). Les actions d’accompagnement des collectivités territoriales décentralisées vont se poursuivre au cours des années à venir, compte tenu de l’intérêt sans cesse croissant dévolu à ces acteurs par les pouvoirs publics. En effet, en ce qui concerne l’entretien des routes communales, les dotations budgétaires sont passées de 13,5% du budget du Fonds routier, soit 8 milliards en 2018 à 25% dudit budget, soit 15 milliards en 2019.

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