Conjoncture

La banane camerounaise à l’épreuve des APE

Malgré l’entrée en vigueur des accords de partenariat économique, la filière banane connaît une contre-performance au niveau des exportations.

Entre janvier et mai 2020, le Cameroun a exporté 77 792 tonnes de banane. Une performance qui se situe à des années lumières de ce que réalisait le pays il y’a exactement 5ans. En 2015, c’est 117 806 tonnes qui étaient exportées dans le même intervalle de temps, soit plus de 40 000 tonnes supplémentaires que cette année. S’il est vrai que la crise sanitaire actuelle a contribué à grippé le commerce international, force est de constater que cette filière fait face depuis quelques années à des défis conjoncturels qui impactent sur son rendement. Même l’entrée en vigueur, en août 2016, des Accords de partenariat économique (Ape) entre le Cameroun et les pays de l’Union européenne, n’a pas contribué à relever la pente. Cet accord bilatéral prévoyait que les produits camerounais puissent avoir un libre accès sur le marché européen. En contrepartie, le pays acceptait de se soumettre à un démantèlement progressif des barrières tarifaires imposées aux importations de l’Union européenne. Si de nombreux économistes redoutaient une invasion du marché local par les produits européens, beaucoup s’accordaient sur le fait que le libre accès au marché européen était une aubaine pour conquérir de nouvelles parts de marché et accroître la production dans des filières notamment agricoles. Une aubaine surtout pour la banane, qui est le troisième produit d’exportation au Cameroun et dont 98% du volume de est exporté vers l’Union Européenne(UE). Mais seulement, depuis l’entrée en vigueur des Ape, les attentes sont relativement comblées.

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Bilan mitigé

En janvier 2020, lorsqu’il est interrogé sur le bilan des accords de partenariat économiques, le chef de la délégation de l’Union européenne (UE) au Cameroun,  Hans-Peter Schadek, semble plutôt optimiste. « La balance commerciale entre le Cameroun et l’UE reste positive en faveur du Cameroun » déclarait-il. D’après le diplomate, en 2018, le Cameroun a exporté vers le marché européen des produits pour une valeur d’environ 1,8 milliard d’euros (environ 1179 milliards FCFA) et importé des produits européens pour une valeur d’environ 1,6 milliard d’euros (près de 1 048 milliards FCFA), soit une balance commerciale excédentaire de 131 milliards FCFA en faveur du Cameroun. Pour l’année 2019, précise le diplomate, les données préliminaires sont comparables aux chiffres de 2018.

Satisfécit également au niveau du gouvernement camerounais. Selon les chiffres du Ministère de l’économie, 4135 opérations d’importations ont bénéficié des facilités liées à l’Ape, entre août 2016 et août 2018. En valeur numéraire, ces marchandises importées de l’Union Européennes, en franchise de douane, sont évaluées à 156,3 milliards de FCFA. Par ailleurs, le nombre d’opérateurs bénéficiaires directs connait une évolution à la hausse. Parti de 229 à la fin de la première année du démantèlement tarifaire, ce nombre est passé à 344, soit une augmentation de 114 nouveaux bénéficiaires. Cependant, en observant de près les données statistiques publiées par l’Association bananière du Cameroun, l’embellie semble ne pas se refléter au sein de la filière banane. Entre 2017, 2018 et 2019, le pays a exporté respectivement près de 223 012, 203 721 et 204 302 tonnes de banane. En faisant un retour en arrière, avant la signature de cet accord, les chiffres des exportations de la banane camerounaise étaient bien plus encourageants. 249 610 tonnes en 2016 et 278 450 tonnes un an plus tôt. Cette année-là le pays avait même détrôné la Côte d’Ivoire au rang de premier producteur de banane dans la zone Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP), devenant ainsi le premier fournisseur africain de banane sur le marché européen. Une performance que le pays n’a plus jamais avoisinée depuis l’entrée en vigueur des APE.

Lire aussi : Les exportations de bananes du Cameroun en baisse de plus de 48 000 tonnes 

Crise anglophone

La crise sécuritaire dans les régions anglophones du Cameroun constitue, en effet, un élément important qui pourrait expliquer la baisse des exportations de banane que connaît le Cameroun aujourd’hui, malgré l’ouverture au marché européen. Depuis le début de la crise, les principaux producteurs broient du noir. C’est le cas notamment de la Cameroon development corporation(Cdc), la première agro-industrie du pays, dont l’essentiel des plantations et usines se trouvent dans la région du Sud-Ouest Cameroun. Les champs et les usines vandalisés, les ouvriers attaqués et parfois assassinés, des productions entières abandonnées l’entreprise, qui jusqu’alors était le premier employeur privé du pays s’est vu dans l’obligation de stopper sa production D’après un rapport publié en 2018 par le Groupement Inter patronal du Cameroun(Gicam), la société s’était retrouvé dans l’obligation de suspendre près de 11 000 emplois. Celle-ci affichait d’ailleurs, un chiffre d’affaires d’à peine 2,5 milliards de Fcfa sur les quelque 60 milliards affichés avant la crise. Depuis lors la production de cette mastodonte de l’agro-alimentaire a ainsi été placée en berne impactant de manière considérable l’ensemble de la production nationale et par ricochet des exportations. Cet état de fait pourrait bien expliquer les contreperformances susmentionnées. Sur le site internet de l’Assobacam, la CDC qui jadis réalisait de bonnes performances se trouve désormais dans la zone rouge. Seules la PHP et Bpl portent la production nationale de banane au Cameroun.

Lire aussi : Le Cameroun a exporté 18 309 tonnes de banane en septembre 2019 

Relance

Pour relancer ses activités, la CDC avait sollicité auprès du gouvernement un montant  de 29 milliards de F CFA soit 7 milliards dans le secteur de l’hévéa, 14 milliards pour les bananeraies, 7 milliards pour les palmeraies et 1 milliard pour le paiement des arriérés de salaire. Un sacrifice le gouvernement camerounais est prêt à consentir. Une note d’analyse, du ministère de l’économie de la planification et de l’aménagement du territoire(Minepat) révèle que le pays mise sur la reprise des activités de cette agro-industrie.

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