Après deux souscriptions partielles successives sur des offres de 340 milliards de Fcfa, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) a ajusté son offre de liquidité pour mieux répondre aux besoins actuels des banques commerciales en activité dans les six pays de la Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA). Le 22 octobre 2024, la banque centrale a ainsi proposé une offre réduite à 300 milliards de Fcfa, répondant aux signaux de demande plus restreinte observés lors des précédentes opérations. En effet, sur les 340 milliards de Fcfa proposés le 15 octobre, les banques commerciales la sous-région n’ont exprimé un besoin que de 285,5 milliards de Fcfa, marquant un taux de souscription de 83,97%. Lors de l’opération précédente, le 8 octobre, elles n’avaient demandé que 259,5 milliards de Fcfa, soit un taux de souscription de 76,3%.
Ainsi, la réduction de son offre de liquidité marque une inflexion dans la politique monétaire de la Beac, qui depuis juin 2024, a initié de nombreuses injections de liquidité pour contrer les effets d'une période prolongée de restriction. En effet, entre la fin de 2021 et mai 2024, la banque centrale a appliqué des mesures d’austérité strictes pour freiner l’inflation, restreignant l'accès au crédit et relevant les taux directeurs. Les récentes baisses d'inflation, cependant, ont permis un desserrement des contraintes sur les liquidités avec une Beac qui semble désormais calibrer plus finement ses offres. De ce fait, la réduction de l'offre de liquidité à 300 milliards de Fcfa, en comparaison des 340 milliards précédemment proposés, serait plus proche des besoins réels du secteur bancaire. La preuve : l’offre a enregistré un taux de souscription de 110,33%, les banques ayant formulé un besoin de 331 milliards de Fcfa. Ainsi, l’offre ajustée permet d'éviter des excédents non alloués, tout en consolidant la réactivité de la Beac aux conditions de marché.
De même, la reprise progressive de la demande de liquidité en Cemac reflète aussi la normalisation du marché, après une période où les banques avaient atteint des pics de sollicitation, souvent entre 400 et 500 milliards de Fcfa, comme le 17 septembre 2024 où la demande des établissements de crédit se situait à 512 milliards de Fcfa sur une offre de 200 milliards de Fcfa. A l’époque, les experts ont expliqué cette explosion des besoins de liquidité par la pression prolongée de la Beac pour limiter les crédits et juguler l'inflation, dont une part serait d’origine monétaire selon la banque centrale elle-même. En rééquilibrant sa politique, la Beac veille désormais à fournir un soutien adapté aux banques tout en surveillant la stabilité des prix.

