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La Belgique interdit l'exportation des carburants toxiques de ses ports vers l'Afrique

Cette décision vise spécifiquement les compagnies pétrolières qui exportent des carburants avec des teneurs en soufre ou en benzène bien trop élevées, notamment à partir du port d’Anvers.

Publiée vendredi 24 mai 2024 à 22:41:32Modifiée lundi 27 mai 2024 à 17:48:09Temps de lecture 4 minPar Albert AMOUGOU

La ministre belge de l'Energie Tinne Van der Straeten

Le 23 mai dernier en Belgique, trois membres du gouvernement ont signé un décret royal interdisant l’exportation de carburants toxiques vers l’Afrique. Il s’agit de la ministre de l'Environnement Zakia Khattabi, la ministre de l'Energie Tinne Van der Straeten, et le ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke. Selon les autorités belges, « cette mesure vise les compagnies pétrolières qui exportent dans le monde entier à partir du port d’Anvers, des carburants aux teneurs en soufre ou en benzène trop élevées ». Dans un communiqué produit a cet effet par le cabinet de la ministre Khattabi, il est précisé que les carburants destinés à l'exportation devront désormais respecter « les mêmes normes de qualité que celles applicables aux carburants pour le marché européen ». En plus, il est prévu que ce décret entre en vigueur au courant de l’année 2024.

En effet, la décision des autorités belges d’interdire les sociétés de négoce d’exporter les carburants toxiques vers l’Afrique à partir de ses espaces portuaires intervient dans un contexte où le phénomène est combattu par des organismes internationaux. D’après eux, il s'agit de carburants polluants, avec des effets néfastes sur la santé publique et l'environnement. Plus en détail, ce phénomène est décrié depuis 2016 par l'ONG suisse Public Eye. Cette dernière a révélé que de grands groupes de trading en produits pétroliers, principalement basés en Suisse, exportent de l’essence et du diesel de « piètre » qualité vers les pays d’Afrique au départ des ports européens comme Rotterdam, Amsterdam ou Anvers. Il s’agit en fait d’une pratique dite de « blending », soit des assemblages de produits raffinés semi-finis et de substances pétrochimiques qui forment un mélange appelé « african quality ». Ces carburants à bas prix contiennent des quantités élevées de substances particulièrement dangereuses pour la santé des populations locales et l’environnement, comme le soufre, le benzène ou le manganèse.

A en croire l’ONG helvétique, ont été épinglées par cette pratique Vitol, Trafigura et Addax & Oryx, et Glencore, entre autres sociétés de négoces qui « profitent » de la faiblesse des normes légales africaines pour y vendre des carburants de mauvaise qualité et « réaliser des profits au détriment de la santé de la population africaine ». Au Cameroun particulièrement, ces traders n’ont pas de réseaux connus de distribution de carburants toxiques, mais la plupart de ces sociétés offrent des prestations dans la raffinerie du pays.

En outre, la décision d’interdire les exportations de ces produits depuis le territoire belge survient un an après que les Pays-Bas ont pris des mesures restrictives face à ce phénomène. « Depuis bien trop longtemps, des carburants toxiques partent de la Belgique vers, entre autres, l'Afrique. Dans des pays comme le Ghana, le Nigeria et le Cameroun, ils sont à l'origine d'une mauvaise qualité de l'air et sont même cancérigènes. Les Pays-Bas avaient déjà restreint l’exportation de ces carburants polluants et le risque était grand de voir le commerce se déplacer encore plus vers la Belgique. C'est pourquoi j'ai décidé de prendre des mesures en collaboration avec les ministres de l'Énergie et de la Santé publique », a martelé la ministre de l'Environnement Zakia Khattabi à cet effet.

Belgique, partenaire stratégique du Cameroun

Rappelons que la Belgique est classée 5e plus grand fournisseur du Cameroun dans les échanges commerciaux du pays. Selon le récent rapport de l’Institut national de la statistique (INS) sur le Commerce extérieur, au cours de l’année 2023, le Cameroun a importé 375,9 millions de tonnes des marchandises de ce pays pour une enveloppe de 220,9 milliards de Fcfa. Parmi les principaux produits fréquemment importés, on liste : les carburants et lubrifiants, le blé, les médicaments, le malt non torréfié, les insecticides, les préparations alimentaires pour enfants, etc. De l’autre côté, le pays a exporté vers la Belgique 289,7 millions de tonnes de marchandises pour une enveloppe de 99,2 milliards de Fcfa (bois, coton, huile de palme, etc.).

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