La Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) est quasiment à l’arrêt. Dans une circulaire signée le 5 février 2026 depuis Bangui, son président Baltasar Engonga Edjo'o annonce la suspension provisoire « toutes Ies activités et autres missions de Ia Commission de la CEMAC », à l’exception de celles jugées « d’importance hautement stratégiques ». Motif : une dégradation continue de la trésorerie au point « d’asphyxier le fonctionnement régulier des institutions ». En clair, l’organe exécutif de la communauté régionale n’a plus suffisamment de liquidités pour fonctionner normalement, faute de contributions des États membres.
Cette situation n’est pas soudaine. Elle résulte de l’effondrement du recouvrement de la Taxe communautaire d’intégration (TCI), principale ressource propre de la CEMAC. Fin octobre 2025, son taux de collecte plafonnait à 50,67%, très loin de l’objectif de 90% fixé par les chefs d’État en 2021 pour garantir l’autonomie financière de la communauté. En conséquence, la communauté fonctionne structurellement à découvert, dépendant d’États eux-mêmes fragilisés budgétairement.
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Face à l’ampleur du problème, les ministres de l’UEAC avaient déjà tenté d’agir en septembre 2025. Plusieurs mesures d’austérité ont été adoptées : suppression de l’achat de véhicules de fonction pour les dirigeants, fin des rétrocommissions versées aux agents des Trésors nationaux, réduction des charges de fonctionnement de certaines institutions spécialisées. Mais ces ajustements internes n’ont pas suffi. Les arriérés de contributions avoisinaient déjà les 100 milliards FCFA en 2021, révélant un problème plus profond : ce ne sont plus les dépenses de la Commission qui posent difficulté, mais la solvabilité même des États membres.
Sanctions non appliquées
Pour contraindre les pays à payer, le traité révisé de la CEMAC prévoit pourtant des sanctions graduelles. L’article 51 autorise la BEAC à effectuer un prélèvement automatique sur le compte du Trésor d’un État défaillant. L’article 52 va plus loin : après un an d’impayés, le pays perd son droit de vote, puis six mois plus tard l’accès aux activités et avantages communautaires. Or la suspension générale décidée par la Commission « en attendant l'amélioration du recouvrement de la Taxe Communautaire d'Intégration (TCI) », montre que ces mécanismes n’ont pas encore été activés efficacement, signe d’un blocage politique. La communauté hésite à sanctionner des États dont elle dépend pour survivre financièrement.
Ainsi, au-delà d’un simple problème administratif, cette paralysie révèle une crise institutionnelle. La CEMAC est financée par des économies publiques fragilisées par l’endettement, la volatilité pétrolière et la faiblesse des recettes douanières. En suspendant ses activités, la Commission envoie un signal inédit : l’intégration régionale est désormais directement menacée par l’insolvabilité de ses propres membres. Sans rétablissement rapide du paiement de la TCI la communauté risque de passer d’une crise de trésorerie à une crise de crédibilité.

