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La levée totale de l’embargo sur les armes suscite de l’espoir pour les diamants centrafricains

La République centrafricaine qui vient de se doter d’un nouveau Code minier qui instaure d’ambitieuses règles de transparence attend impatiemment le retrait de cette restriction par l’Union européenne et le Processus de Kimberley, pour réduire l’énorme fraude qui entoure la commercialisation de ses pierres précieuses et en tirer de meilleurs revenus pour financer son développement.

Publiée dimanche 11 août 2024 à 19:36:27Modifiée lundi 12 août 2024 à 10:30:51Temps de lecture 3 minPar Jean Omer Eyango

Des diamants bruts

Le 30 juillet, le conseil de sécurité de l’Onu a annoncé la levée totale de l’embargo sur les armes imposé depuis 10 ans à la République centrafricaine. Les membres de cette instance ont motivé leur décision en expliquant qu’il fallait absolument permettre à l’Etat de se doter des moyens pour combattre les groupes armés qui opèrent sur le territoire centrafricain et qui « constituent une menace contre la paix et la sécurité internationales dans la région ». L’Onu s’aligne enfin sur une position que défend, en effet, l’Etat centrafricain depuis plusieurs années, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel président de la République, Faustin Archange Touadera, en 2016. Cette évolution relance automatiquement le débat sur les restrictions que continuent d’imposer l’Union européenne et le Processus de Kimberley sur les diamants centrafricains. L’exploitation de ces pierres précieuses est depuis réduite à la portion congrue, l’organisation paneuropéenne, appuyée par le Processus de Kimberley, ayant imposé un embargo sur le commerce de celles-ci dans le but, officiellement, d’éviter la présence sur le marché mondial de diamants issus de zones de conflit et dont la vente est susceptible de financer des combats en République centrafricaine.

En 2022, ces sanctions ont partiellement été levées ; et les pierres provenant de 8 zones diamantifères sur les 24 que compte le pays sont autorisées à être exportées. Faisant fi des quantités extraites et commercialisées, le chef de l’Etat, dans son discours du nouvel an 2024, déclarait que les revenus tirés au titre de taxes perçues à l’exportation de diamants se sont établis à 324,3 millions Fcfa à peine en 2023. Or, en 2011, soit deux ans avant le coup d’Etat militaire qui a plongé le pays dans une interminable guerre civile, la RCA a exporté officiellement 323 575,30 carats de diamants et engrangé des revenus de l’ordre de 29,7 milliards Fcfa ; autant de ressources dont le trésor public centrafricain est privé depuis 10 ans et qui auraient dû servir au financement du développement. Le président Faustin Archange Touadera le dit sans ambages : « la situation dans ce secteur ne pourra connaître une amélioration qu’en cas de levée totale de l’embargo sur le diamant, d’intensification de la lutte contre la fraude et la contrebande et l’exploitation industrielle de la petite mine dont les permis ont été accordés à deux sociétés ».

Crime organisé

La décision du conseil de sécurité de desserrer l’étau sur les armes destinées à la Centrafrique précisément en ce moment est une prime aux efforts de stabilisation du pays par les autorités du pays et leurs partenaires étrangers. La position de l’Onu qui est censée être l’entité suprême de la communauté internationale ayant évolué, l’Union européenne et le Processus de Kimberly n’ont plus aucune raison de faire la fine bouche. Par souci de cohérence, ces deux organisations devraient, par principe, lever le dernier verrou sur les diamants dont l’exploitation profite davantage aux petites et moyennes entreprises du crime organisé depuis des décennies. Surtout que, fin mai, le gouvernement centrafricain a fait adopter par l’Assemblée nationale un nouveau Code minier qui instaure d’ambitieuses règles de transparence dans le secteur minier. La nouvelle loi remet en réalité l’Etat au centre du jeu, grâce à l’avènement d’une société de patrimoine dénommée Gemmes et minéraux de Centrafrique (Geminca), qui aura un rôle prépondérant dans les chaînes de valeurs minières, avec un monopole sur les activités d’exportation.

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