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Labélisation du poivre blanc de Penja : urgence de la dynamisation de la production et des exportations

Grâce au label Indication géographique protégée que vient de lui conférer l’Union Européenne, ce produit du terroir qui était déjà très sollicité sur le marché international, va bénéficier d’une nouvelle notoriété. D’où la nécessité d'accroître sa production et de booster les exportations vers le marché européen.

Publiée jeudi 24 mars 2022 à 12:22:04Modifiée lundi 28 mars 2022 à 16:28:31Temps de lecture 4 minPar Paul Tjeg

Au fil des années, le poivre de Penja s’est fait une place de choix dans les cuisines de certains chefs à la renommée établie (Christophe Aribert, Georges Blanc). De son Moungo natal (région du Littoral), au pied du mont Koupé où elle est cultivée, cette épice du terroir appréciée pour son goût légèrement piquant est même sur le point d’aller à la conquête de l’Europe toute entière et peut-être du monde. Le 17 mars 2022, l’Union européenne (UE) a annoncé dans un communiqué publié dans le journal dédié à cette organisation, que le Poivre de Penja a été enregistré comme Indication géographique protégée. Une qualification obtenue après un processus minutieux, diligentée par l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi) avec des financements de l’UE, dans le cadre du projet « Droits de propriété intellectuelle et innovation en Afrique». En clair, cela signifie que l’UE reconnaît que le poivre de Penja a une origine géographique spécifique et possède des qualités particulières dues à cette origine unique. Par conséquent, l’enregistrement «garantit la protection du droit des membres de l’association des producteurs locaux d’avoir l’exclusivité d’utiliser le nom Poivre de Penja sur le marché européen. Cela permettra d’éviter l’abus de l’image et de la qualité de leur produit unique et d’éviter la concurrence déloyale des autres producteurs qui ne se conforment pas aux normes européennes applicables», peut-on lire dans le  communiqué.

Un marché de plus de 100 milliards de Fcfa

Comme l’a prédit Philippe Van Damme, ambassadeur de l’Union européenne au Cameroun, dans le communiqué susmentionné, la labellisation du poivre de Penja va certainement booster la demande de cette denrée et par ricochet sa commercialisation en Europe. Surtout que d’après une étude publiée par la Commission européenne en 2020, les ventes de produits agroalimentaires et de boissons dont les dénominations sont protégées par l'Union européenne en tant qu’«indications géographiques» (IG) représentent une valeur de 74,76 milliards d'euros (114 615 milliards de FCFA). Elle révèle par la suite que la valeur de vente d'un produit bénéficiant d'une dénomination protégée est en moyenne deux fois supérieure à celle d'un produit similaire sans certification. Bien que fondée sur l'ensemble des 3 207 dénominations de produits protégés dans les 28 États membres de l'UE à la fin de l'année 2017, cette analyse démontre à suffisance les avantages économiques évidents en termes de commercialisation et de ventes accrues, induites par cette nouvelle certification.

Urgence de l’accroissement des exportations

Selon des chiffres fournis au journal Le Monde en 2015, par Emmanuel Nzenowo, le secrétaire exécutif du groupement IG Poivre de Penja, 300 tonnes de poivre de Penja ont été produits par cette association interprofessionnelle en 2015. Plus de la moitié de cette production, soit 60 à 70% a été écoulée sur le marché local et moins de 50% (30 à 35%) a été exportée à l’étranger, plus particulièrement en Europe. Si l’on se réfère à la note évaluative du Projet de promotion du système de protection des obtentions végétales (Projet PPOV) publiée en 2021, cette tendance baissière des exportations a perduré jusqu’en 2021. «Plusieurs facteurs ont contribué à conduire la filière vers le marasme à partir de 2016 jusqu’à nos jours : la fraude récurrente sur le label IG- poivre de Penja ; la chute continue du prix du poivre de Penja sur le marché local [moins de 10 000 FCFA le kilogramme] ; la pression fiscale ; la recrudescence de l’insécurité dans le territoire de l’IGP ; le non-respect du cahier des charges de l’IGPP par les producteurs ; les difficultés des producteurs à accéder au crédit ; les changements climatiques et les maladies endémiques du poivrier», peut-on lire dans ce document. «Le principal défi pour le groupement IG poivre de Penja est de relancer la filière, de renforcer l’accès des acteurs aux marchés rémunérateurs et de lutter contre la fraude et la contrefaçon sur ce produit, tant à l’intérieur du Cameroun qu’à l’extérieur», souligne l’Oapi. Le gouvernement a apporté une esquisse de solution en concédant aux producteurs du poivre de Penja une exonération des droits de sortie à l’exportation.

Lire aussi : Commerce extérieur : face à la Grande Bretagne, le Cameroun accuse un déficit de 34 milliards en 2021

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