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L’accord pétrolier entre le Tchad et le Niger fragilisera davantage les réserves de change de la Cemac

Le 13 juillet 2024, Ndjamena a renouvelé avec Niamey son accord commercial sur l’importation des carburants, au moment où le gouverneur de la Beac, Yvon Sana Bangui, plaide pour l’augmentation de la production de la raffinerie tchadienne, afin de limiter l’érosion des réserves en devises couvrant les importations des six pays de la Cemac.

Publiée jeudi 18 juillet 2024 à 22:35:41Modifiée lundi 22 juillet 2024 à 20:15:06Temps de lecture 5 minPar Simon Pierre Mbarga

Le 13 juillet 2024, la ministre tchadienne du Pétrole, des Mines et de la Géologie a été reçue en audience à Niamey, par le Premier ministre de transition du Niger. Selon son propre propos, Ndolenodji Alixe Naïmbaye est allée présenter à Ali Lamine Zeine les contours de l’accord commercial entre le Tchad et le Niger, renouvelé la veille avec son homologue nigérien, Mahaman Barké Moustapha. « Nous sommes au terme de la visite de travail que nous avons entamée il y a 72 heures, dans le but de renouveler une convention commerciale entre le Niger et le Tchad dans le cadre de l’importation de carburants. C’est le compte rendu de nos travaux que nous sommes venus faire au Premier ministre, qui a apprécié et nous a donné des orientations pour que nous fassions des diligences nécessaires pour l’aboutissement du projet du pipeline, et il nous encourage dans cette coopération entre deux pays frères », a déclaré la ministre tchadienne au sortir de l’audience avec le PM du Niger.

En d’autres termes, même si le fait majeur ayant ponctué la visite de la délégation tchadienne au Niger reste l’approbation du projet de construction d’un pipeline Niger-Tchad, rejoignant l’oléoduc Tchad-Cameroun à l’effet d’assurer l’exportation du brut nigérien vers le port camerounais de Kribi, le motif principal de la visite a été le renouvellement de l’accord d’importation des carburants nigériens par le Tchad. Une activité nocive à la stabilité des réserves en devises des pays de la Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA), si l’on s’en tient au cri de détresse récemment poussé en direction des autorités tchadiennes par le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), la banque centrale des États de la Cemac.

« Le Tchad, qui produit du pétrole brut et dispose d’une raffinerie (Société de raffinage de Ndjamena) sur place, importe également des produits finis. Nous (la Beac, à travers le compte d’opérations) réglons ces factures en dollars, ce qui nous expose à un risque (d’érosion des réserves de change). Puisque la matière première (pétrole brut) est disponible, pourquoi ne pas produire davantage de produits raffinés pour satisfaire la demande locale et exporter dans d’autres pays de la sous-région ? », s’est interrogé Yvon Sana Bangui le 24 juin 2024 à Yaoundé. C’était au cours de la conférence de presse ponctuant le Comité de politique monétaire de la banque centrale des États de la Cemac.

Dévaluation du franc CFA

En effet, selon les accords de coopération monétaire entre la France et les pays ayant en commun l’usage du franc CFA, les importations de ces pays-là sont payées à partir du Compte d’opérations, ouvert dans les livres du Trésor français. Dans la pratique, ce compte fonctionne comme un panier dans lequel chaque pays de la Cemac met 50% de ses avoirs extérieurs. Ce volume global des avoirs en devise permet à ces différents pays de payer leurs dépenses d’importation tout au long de l’année, grâce à l’arrimage du franc CFA à l’euro. Sauf qu’ici, chaque pays ne paie pas forcément ses importations au prorata de ses avoirs en compte d’opérations, mais solidairement avec les avoirs des autres pays de la communauté.

A titre d’illustration, au 31 décembre 2023, le Tchad affichait un solde global de 458,4 milliards de FCFA en compte d’opérations, selon les chiffres révélés dans le rapport d’activités de la Beac. Avec ce volume d’avoirs extérieurs en compte, le pays de Toumaï disposait de la 4è réserve en devises de la Cemac, et était donc le 4è pourvoyeur des financements pour les importations de cette communauté. Cependant, force est de constater que le Tchad importe chaque année des marchandises pour environ 350 milliards de FCfa transitant par le port de Douala, selon la douane camerounaise. Si l’on y ajoute les dépenses liées aux importations massives d’autres produits, tels que les carburants achetés au Niger, par exemple, il est loisible de penser que les avoirs de ce pays de la Cemac ne suffisent pas toujours à garantir ses propres importations. Pour y parvenir, au nom de la solidarité qui prévaut dans l’utilisation des réserves en compte d’opérations, il n’est pas rare que le Tchad utilise les avoirs des autres pays frères de la communauté, dont le volume de devises est beaucoup plus important que leurs besoins d’importation.

Cette pratique, qui n’est cependant pas l’apanage du pays de Toumaï dans l’espace Cemac (le Cameroun importe également les produits pétroliers finis depuis l’incendie de sa raffinerie en 2019), fragilise les réserves en devises de la communauté. De ce point de vue, le plaidoyer du gouverneur de la Beac pour l’accroissement de la production de la raffinerie de Ndjamena (et qui va au-delà des produits pétroliers et de ce seul pays), vise à inciter les autorités tchadiennes à utiliser les avantages comparatifs que sont la disponibilité du pétrole brut et d’une unité de raffinage, pour renflouer plutôt le compte d’opérations grâce aux revenus pouvant être générés par l’exportation des produits pétroliers finis produits localement. Au lieu d’exercer une pression sur ledit compte, en raison des importations massives pouvant l’éroder, au point d’exposer l’espace Cemac à une dévaluation de sa monnaie, comme le préconisent les accords monétaires entre les Etats membres de cette communauté et la France.

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