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Le coronavirus dégraisse la filière porcine

La propagation du virus Covid-19 n'a pas uniquement des conséquences sanitaires, elle a aussi impacté de nombreuses activités économiques. La filière porcine fait malheureusement partie des victimes de la pandémie au Cameroun.

L’impact économique de la Covid-19 sur la filière porcine est majeur. Les prix du porc ont considérablement chuté sur toute l’étendue du territoire national. La demande des consommateurs étant  globalement affaiblie par rapport à l’offre, les structures  d’abattage-découpe connaissent des baisses contraintes d’activité. Le commerce sur le plan national est perturbé par ces ruptures entre l’offre et la demande. La filière porcine occupe plusieurs milliers de personnes qui élèvent des porcs pour la consommation locale. Ces derniers mois, les perturbations liées à la crise de la  Covid-19 ont conduit à une dégradation progressive du cours du porc sur le marché camerounais. Le prix du porc auprès des éleveurs qui s’élevait  à 80 000 francs  en février, a été revu en baisse de plus  4 % en quelques mois. L’on peut donc l’acheter ce  jour à 65 000 francs. En effet, au  marché de Mbankolo  l’un des plus grands marchés de porcs de la ville Yaoundé où l’on retrouve des commerçants qui se ravitaillent principalement à l’Ouest et au grand Nord, les régions les plus productives du pays La demande s’est  amoindrie. Désiré, vendeur au marché de porcs nous explique : « nous revendons un porc de 80 000 francs maintenant à 95 000 francs. Il n’y a plus de bénéfice véritable parce que le transport coute cher et quand tu n’arrives même pas à vendre 4 porcs en une journée c’est un sérieux. Le camion seul en fonction de la zone peut prendre l’animal à 10 000 pour ce qui est du septentrion et 4000 francs pour l’ouest. Parfois quand nous allons jusqu’à Yagoua nous payons 13 000 francs par tête. » Il faut savoir qu’un camion plein peut prendre entre 150 et 80 porcs. Il faut donc débourser en moyenne 1 900 000 francs de transport pour ce qui est des régions septentrionales et 620 000 francs pour la région de l’ouest.  Ce qui revient extrêmement cher pour ces revendeurs qui ne rentrent plus dans leurs frais.

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Le prix du porc au kilo a également connu une chute. Vendue il y a quelques mois à partir de 3000 francs le kilogramme, cette viande qui était encore un luxe pour certaines familles est désormais à la portée de tous. « Je suis allée au marché pour acheter 2 kilogrammes de porcs, j’ai donné 10 000 francs au vendeur qui m’a remboursé 5 000 francs. J’étais surprise de constater que le prix le kilo est désormais donné à 2500 francs ». Confie Pascaline. Au  marché acacias à Biyem-Assi c’est le même constat. Le kilogramme de porc est descendu à 2500 francs.

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Remontée des cours interrompue

Dans un contexte de stabilisation de l’offre camerounaise et de forte demande habituelle, les fondamentaux du marché du porc restent favorables à des prix très bas. Mais les difficultés logistiques pour l’accès aux marchés extérieurs et le manque de main d’œuvre en abattoirs freinent la demande. Malgré les affres que subit la filière. Les commerçants tentent de maintenir leur activité. Cependant, l’organisation des équipes devient de plus en plus difficile. Face au risque de retrait du personnel et aux restrictions de mouvement, les organisations manquent de main d’œuvre. Les baisses importantes du prix du porc sont directement liées à ces contraintes. Au marché Mvog-Ada, la crise sanitaire de Covid-19 a aussi d’importantes répercussions sur le marché du porc. Les abatteurs commencent à faire face aux mêmes problèmes de personnel, alors que l’amélioration des conditions d’accès au marché de Mbankolo principal fournisseur de la ville devrait les inciter à accroître encore leur activité. La pandémie de Covid-19 a mis également sous tension le commerce de viande et d’animaux vivantsor de la ville de Yaoundé. Le manque de chauffeurs routiers entraine une hausse des coûts logistiques.

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Le hors domicile s’organise

La progression de l’épidémie de Covid-19, et l’instauration des mesures de confinement de la population dans les principales régions productrices telles que les régions septentrionales et la région de l’ouest, ont complètement bouleversé les dynamiques habituelles de consommation. Le secteur de la distribution a connu une baisse des ventes, sous l’effet du stockage. Ainsi, après près de trois mois décevants, le porc peine à enregistrer de belles performances. Dans le même temps, les commandes externes des villages ont subi implosion spectaculairede plus de 100%. Une partie de producteurs tente de s’adapter à la situation en bradant pratiquement leurs avoirs. Les inondations empêchant la pénétration des zones de productions. C’est vers les réseaux sociaux que plusieurs éleveurs sont retournés. N’ayant pratiquement plus de commandes à cause des restrictions dues à la pandémie et la limitation des évènements qui engendraient le plus grand nombre de ventes, Armand B éleveur à Bafoussam s’est inscrit dans le groupe Facebook le village en ligne où il propose des prix « bord de champ ». Ainsi un porc qu’il vendait encore il y a quelque mois la tête au prix de gros à 150 000francs est revendu à 80 000francs et il dispose à lui seul 122 têtes.  Une perte de 8 540 000 s’il arrive tout de même à tout écouler de cette façon. Ce mode de distribution est donc en passe de gagner des parts de marché significatives.

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Conséquences socio- économiques

 Autres difficultés qui entravent l’épanouissement  de la filière porcine ce sont les inondations. Désiré affirme qu’à cause de celle-ci il devient difficile de se rendre dans les villages pour se ravitailler. Conséquences : de nombreuses familles appauvries.  Il est important de rappeler que les petits élevages familiaux, non spécialisés, sont majoritaires et  ils généreraient 95 % de la production. Une grande part de la production nationale repose donc sur le travail de familles vivant de l’élevage de quelques truies et de la vente des porcelets. En aval, les filières de valorisation sont généralement peu industrialisées et impliquent des petits intermédiaires entre les producteurs primaires et les abattoirs. Les animaux représentent un capital, une épargne, voire un signe de richesse. Ils sont souvent gérés par des familles qui en retirent un revenu permettant de faire face à des dépenses particulières comme les frais de scolarité des enfants ou les frais médicaux. Cette situation est similaire à celle observée dans d’autres régions.  L’appauvrissement immédiat des familles, qu’il soit lié aux pertes de production ou d’emplois, est aggravé par les effets macroéconomiques de la crise.

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