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« Le franc CFA est une question embarrassante pour l’oligarchie française » MAURICE SIMO DJOM

Le géoéconomiste camerounais, auteur de « La guerre économique », publié en 2019 aux éditions Adrédits, est proche des milieux financiers. Il analyse la posture de Paris vis-à-vis de la dévaluation redoutée du franc CFA en Afrique centrale.

A la lumière de l’article 12 de la convention de coopération mo­nétaire entre les États de la Cemac et la République fran­çaise, qui décide de la déva­luation du FCFA en Afrique centrale ?

Cet article indique la modifica­tion de la parité entre le franc CFA et le franc français (au­jourd’hui l’euro) se fait « après concertation entre les États signataires ». Tout est dans le mot « concertation ». Dans une concertation, il peut y avoir débat. Mais in fine, quelle décision sera adoptée ? Ce sera la décision qui arrange le plus fort, car les concertations entre pays sont une affaire de rapports de pouvoir. Dans une concertation, il peut y avoir débat. Mais in fine, quelle est la décision qui sera adoptée ? Ce sera la décision qui arrange le plus fort, car les concer­tations entre pays sont une affaire de rapports de pouvoir. La France est une puissance nucléaire, son PIB est 15 fois supérieur aux PIB réunis des 15 pays africains de la zone franc (PAZF).

Des sources estiment que lors du sommet extraordinaire de la Cemac de décembre 2016, le ministre français de l’Éco­nomie et des Finances, Michel Sapin, s’est rendu à Yaoundé avec l’option de dévaluation du franc CFA d’Afrique cen­trale. Le fait que le franc CFA n’a pas été dévalué ne veut-il pas dire que ce n’est pas Paris qui décide… toujours ?

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En fin 2016, la France voulait dévaluer et n’a pas réussi, c’est vrai ! Mais cela n’était pas dû au refus des chefs d’État des PAZF, mais à l’ambiance élec­trique en vogue. La société ci­vile africaine était très hostile à la France. Elle avait mené une campagne anti-franc CFA depuis 2015, qui avait fait sor­tir le débat du franc CFA de l’omerta pour le mettre sur la place publique. Si tout dépen­dait du rapport de force entre chefs d’État, la France aurait dévalué en 2016, comme en 1994.

La situation de 1994 était favorable à la France : pas de réseaux sociaux, pas de société civile, pas de pression anti- FCFA… Bref un boulevard ou­vert pour la dévaluation. Au­jourd’hui, l’élément nouveau c’est la société civile africaine qui se sert des réseaux sociaux pour diffuser un sentiment an­ti-FCFA que la France ne peut ignorer.

« C’est une discussion, ce n’est absolument pas à moi de dire ça aujourd’hui. C’est avant tout aux leaders de ces pays et aux instances régio­nales d’en décider », indiquait le 15 mars le chef de l’État français Emmanuel Macron lors d’une interview accordée, le 15 mars dernier, à Radio France internationale (RFI). À votre avis, pourquoi les au­torités françaises minorent-elles leur rôle dans le proces­sus de dévaluation ?

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Le franc CFA est une ques­tion embarrassante pour l’oli­garchie française. C’est un dispositif qui ne trouve pas de justification 60 ans après les décolonisations, peu importe le bout par lequel on le prend. N’oublions pas que c’était une monnaie coloniale visant à faciliter le commerce entre la France et ses colonies. En tant que telle, elle était administrée par la France. Aujourd’hui, pour tenter d’avoir une légi­timité, certains habillages ont changé, mais le fond reste le même.

Comme le dispositif est profi­table à la France, elle ne sou­haite pas y renoncer. C’est pour cela qu’elle opte pour la tactique de l’ambassadeur : en amont, elle s’assure par tous les moyens que les chefs d’État des PAZF sont acquis à sa cause. En aval, elle se dis­simule derrière ces dirigeants pour continuer d’administrer sa monnaie coloniale. La tac­tique de l’ambassadeur fonc­tionne à merveille parce que les chefs d’État des PAZF optent pour la servitude volon­taire ; ils soutiennent officielle­ment que le franc CFA est une monnaie africaine, gérée par les Africains. Ce qui n’est pas vrai.

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