Le verdict est tombé. L’enquête visant le groupe Castel pour « complicité de crimes contre l’humanité en République centrafricaine » est classée sans suite, a appris l’AFP. Au terme de quatre années d’enquête préliminaire visant la Sucrerie africaine de Centrafrique (Sucaf RCA), une filiale centrafricaine du géant de l’alcool en France et en Afrique, la justice française a refermé le dossier sans renvoi devant une juridiction de jugement. Les infractions sont apparues « insuffisamment caractérisées », a confirmé le Parquet national antiterroriste (PNAT).
La procédure avait été ouverte en juin 2022, à la suite de la publication d’un rapport de l’ONG The Sentry, spécialisé dans les enquêtes financières en zones de conflit. Le document mettait en cause les activités de Sucaf RCA, principal producteur de sucre en RCA. Au centre des accusations figure un épisode remontant à 2014. Selon l’ONG, la Sucrerie africaine de Centrafrique aurait conclu un accord informel avec l’Unité pour la paix en Centrafrique, une milice locale impliquée dans de graves exactions. Cet “arrangement sécuritaire” aurait perduré jusqu’en 2021, dans un contexte de forte instabilité armée.
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L’objectif de ce dispositif aurait été de garantir la sécurité des installations industrielles et des plantations de canne à sucre. En échange, la filiale aurait mis en place, selon The Sentry, un « système sophistiqué et informel pour financer les milices armées par des paiements directs et indirects en espèces ainsi que par un soutien en nature sous forme d'entretien des véhicules et de fourniture de carburant ». Des accusations graves, que la défense de la société a constamment rejetées, dénonçant des « carences méthodologiques » dans le rapport initial. Et estimant que certaines conclusions reposaient sur des interprétations fragiles et des sources contestables. Ils ont également contesté l’idée d’un système organisé de financement d’un groupe armé.
Saisie du dossier, la justice française avait confié les investigations à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité. Pendant plusieurs années, les enquêteurs ont tenté de vérifier l’existence d’un lien direct entre les activités économiques de la filiale et les exactions imputées à la milice locale, dans un environnement marqué par la fragmentation de l’autorité étatique et la présence de multiples groupes armés.
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Mais l’enquête s’est progressivement heurtée à des obstacles structurels, souligne la même source. L’accès aux témoins sur le terrain, la sécurisation des déclarations et la collecte de preuves matérielles exploitables se sont révélés particulièrement difficiles dans une zone de conflit actif. En février 2026, le parquet a donc estimé que les conditions juridiques permettant d’engager des poursuites n’étaient pas réunies. Une décision perçue comme une validation des positions défendues par l’entreprise depuis le début de l’affaire. Les représentants de la société mettent en avant le rôle économique de la filiale en Centrafrique, notamment en matière d’emploi et d’activité industrielle dans une région fortement fragilisée.
En face, les organisations à l’origine du signalement regrettent une issue qui, selon elles, illustre les limites des enquêtes transnationales dans les contextes de conflit armé : « la justice française n’est malheureusement désormais plus en mesure d’accéder aux témoins centraux de ce dossier, dont le principal est décédé ».

