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Le pari risqué de la société Magil au Stade d’Olembé

L’entreprise canadienne, qui a remplacé l’italienne Piccini sur le site des travaux, entend financer l’achèvement de l’ensemble du complexe avec une livraison du stade au milieu de l’année 2020, grâce à l’accompagnement de son gouvernement. Il est question de laisser à la CAF le temps nécessaire pour effectuer les tests d’usage.

Les tribulations autour des travaux de construction du complexe sportif d’Olembe à Yaoundé n’étaient pas de nature à rassurer l’opinion publique sur le respect par le Cameroun du cahier de charges en vue de l’organisation par le Cameroun en 2021 de la Coupe  d’Afrique des Nations (CAN). Cette infrastructure sportive devant abriter les rencontres de cette compétition vient de voir remplacée au pied levé l’entreprise italienne en charge de ses travaux de construction. La société canadienne Magil à qui l’achèvement de ces travaux ont été confiés, prend tout de même un pari risqué, financer l’achèvement de l’ensemble du complexe avec une livraison du stade au milieu de l’année 2020, question de laisser à la CAF, le temps nécessaire pour effectuer les tests d’usage. Ces travaux ne souffriront d’aucun retard, rassure-t-on, Magil n’ayant demandé aucune avance pour commencer les travaux. Au contraire, cette entreprise met à la disposition du projet 4 milliards de FCFA en avance et en permanence pour éviter tout retard lié aux questions de trésorerie.  Le gouvernent canadien ayant à cet effet décidé d’être aux côtés de celui camerounais pour achever les infrastructures prioritaires liées à la CAN 2021. En sus, Magil propose de construire un héliport et d’améliorer d’autres infrastructures du projet initial. Il faut rappeler que c’est déjà à cette entreprise qu’a été attribué l’achèvement des travaux du stade de la Réunification à Douala, et c’est également elle qui s’active sur la pénétrante Est de Douala, après les défaillances d’une entreprise chinoise.

Aux sources du divorce avec Piccini

Dans le cadre de la CAN organisée par le Cameroun, l’entreprise italienne Piccini s’était proposé de construire un complexe sportif à Olembé. Comprenant un stade couvert de 60 000 places, un hôtel cinq étoiles de 70 chambres,  un centre commercial, un gymnase, une piscine olympique, un musée, un cinéma et d’autres infrastructures pour le tennis, le basketball, le handball et le volleyball, le tout sur 35 hectares. Le coût total du projet étant de 163 milliards de FCFA, financé par la banque publique italienne San Paolo. Pour commencer les travaux, le gouvernement camerounais, informe-t-on, a dû verser sa contribution, soit 15% du projet. En 2017, les travaux de construction de cet important projet ont commencé à un rythme apprécié par tous les observateurs, au point qu’en novembre 2018, quand lesdits travaux s’arrêtent brusquement, le stade a pris corps et il reste seulement les lots électroniques, l’habillage de la vielle dame et la pose de la pelouse.

Sous la pression de la CAF et au regard du retard pris par la construction des infrastructures en général, certaines pièces ont été préfabriquées en Italie. Le groupe Piccinni présente donc avenant de 28 milliards de FCFA au gouvernement, au titre des travaux supplémentaires, notamment la logistique. Il exige le paiement préalable de cette somme sans quoi, les travaux ne reprendront pas. Or, le contrat entre les deux parties, stipule que c’est à la fin des travaux qu’elles feront le point sur la situation budgétaire qui peut soit être en dépassement, soit être en deçà du montant prévu. Cette  proposition a été faite aux Turcs de Yenegun qui construisent le complexe de Japoma à Douala et ces derniers ont accepté. Sur ce fait, la même proposition est faite aux Italiens, mais ils sont catégoriques. Sans les 28 milliards, ils ne bougeront pas.

Mais, le gouvernement ne peut procéder à un paiement supplémentaire à ce stade du projet d’autant qu’en octobre 2018, le chantier montre 79% de la consommation du budget pour 56% des travaux. En plus, l’alibi d’un surcoût de 28 milliards lié à la préfabrication des certains éléments du stade en Italie ne tient pas la route, précise-t-on. Premièrement, informe-t-on, parce que dans le projet initial, les italiens avaient chèrement facturé l’installation d’une usine de préfabriqués au Cameroun. Or,  Cela n’a été pas effectif. Deuxièmement, il reste un solde de 40 milliards de budget de 163 milliards non consommé et que les Italiens refusent d’utiliser. Pour le gouvernement, le paiement des 28 milliards d’avenant n’est donc rien d’autre qu’une tentative de détournement des deniers publics.

Pendant un an d’arrêt des travaux, le gouvernement cherche les voies et moyens  de relancer le chantier avec son partenaire Italien. Ce dernier demande alors à l’Etat de se porter caution auprès de la BGFI pour une avance exceptionnelle de 4 milliards de FCFA nécessaire à la relance des travaux. Une convention tripartite est alors signée entre l’Etat, Piccinni et la BGFI.  Dès réception des 4 milliards,  alors que le gouvernement s’attend à voir les travaux reprendre, le groupe Italien dit avoir d’autres priorités, informe-t-on. Au contraire et à la surprise des pouvoirs publics, il demande une deuxième rallonge de 4,8 milliards de FCFA, en même temps qu’il refuse d’utiliser le solde de 40 milliards de FCFA disponible à la banque San Paolo.

Dès lors, l’Etat prend conscience que Piccinni a un agenda caché et que le stade Paul Biya risque ne pas être prêt pour la CAN 2021. Deux mises en demeure lui sont signifiées conformément à la loi, avec constat d’huissier. Le ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi donne alors jusqu’au 15 octobre aux Italiens pour relancer le chantier. Le 23 octobre, il constate une reprise timide et exige la multiplication des équipes. Mais lors de sa deuxième visite, les ouvriers se sont volatilisés. Informé de cet état de choses, le président de la République prescrit alors la résiliation du contrat et l’attribution du marché au Canadien Magil.

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