Le gouvernement tchadien durcit le ton sur les procédures douanières le long des corridors routiers reliant le pays au Cameroun. Dans une circulaire signée le 1er juin 2026, le ministre des Finances, Tahir Hamid Nguilin, interdit formellement toute modification des titres de transit, suspend les agréments provisoires des commissionnaires en douane et annonce la restructuration de l’Antenne des douanes tchadiennes à Douala.
Ce tour de vis fait suite à des irrégularités relevées par les autorités tchadiennes à Ngueli, principal poste frontalier avec le Cameroun, ainsi qu’à Douala. Selon le document consulté par EcoMatin, les missions de vérification menées par l’Inspection générale des finances ont mis en évidence des anomalies touchant « la recevabilité des documents douaniers, la traçabilité des titres de transit et le traitement des marchandises ». N’Djamena évoque notamment des modifications de l’origine ou de la nature des marchandises, des dossiers incomplets, ainsi que des enlèvements de marchandises sans déclaration régulière.
Dans le détail, le ministre des Finances annonce que « l’antenne des douanes tchadiennes à Douala est suspendue, à titre conservatoire, en vue de sa restructuration administrative, opérationnelle et fonctionnelle ». L’ensemble du personnel affecté à cette structure est rappelé à N’Djamena pour évaluation, redéploiement ou toute autre mesure administrative appropriée. Les autorités tchadiennes précisent toutefois que cette suspension ne devra pas affecter la fluidité des marchandises transitant vers le Tchad via les ports camerounais, notamment celui de Kribi.
La mesure s’inscrit dans une vaste opération d’assainissement engagée par N’Djamena sur le corridor Douala–N’Djamena. En août 2025 déjà, les autorités tchadiennes avaient révélé un détournement présumé de près de 8 milliards FCFA au sein des représentations du Bureau national du fret terrestre (BNFT) au Cameroun, dont 7,45 milliards FCFA attribués à l’agence de Douala.
Lire aussi : Corridor Douala–N’Djamena : après 8 milliards FCFA de détournements, le Tchad dématérialise le contrôle du fret
Dans la même dynamique, tous les agréments provisoires délivrés aux transitaires sont désormais suspendus jusqu’à nouvel ordre. Aucun nouvel agrément ne pourra être accordé sans validation préalable du ministre des Finances. La circulaire impose également la présentation systématique de plusieurs documents originaux avant toute déclaration de marchandises, notamment la facture commerciale, le connaissement, le certificat d’origine ou encore les autorisations d’importation pour les produits réglementés.
Ce rappel à l’ordre intervient alors même qu’une séance de travail entre les administrations douanières camerounaise et tchadienne se tient actuellement à Yaoundé. Les discussions portent précisément sur la traçabilité des marchandises sur le corridor Douala–N’Djamena, les titres de transit non apurés, les ruptures de charge ainsi que la localisation effective du fret.
Lire aussi : Cameroun : 8 milliards FCFA de fonds publics tchadiens détournés dans le fret terrestre

