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Stade d’Olembé: la version des faits de Gruppo Piccini

L’entreprise italienne s’était vue confier un contrat de 163 milliards de FCFA pour la réalisation de l’ensemble de l’ouvrage, mais à mi-parcours, il est survenu un avenant lié au transport des préfabriqués d’Italie vers le Cameroun, évalué à 28 milliards de FCFA. Ce que le gouvernement a jugé inapproprié et décidé de résilier le contrat de son partenaire, au profit de Magil Construction. Piccini déclare pourtant avoir préfinancé cette rubrique supplémentaire.

La polémique enfle depuis quelques jours au sein de l’opinion, après que le président de la République, Paul Biya, a autorisé le 16 février 2021, le ministre de l’Economie, du Plan et de l’Aménagement du Territoire, Alamine Ousmane Mey, a signer une convention de crédit avec la Standard Chartered Bank de Londres et la BPI France Export, pour un prêt d’un peu plus de 55 milliards de FCFA, pour le parachèvement des travaux du Complexe Sportif d’Olembé. Un scandale pour de nombreux observateurs, qui dénoncent la surenchère de ce projet, dont le financement initial était évalué à 163 milliards de FCFA.  

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C’est du moins ce qui apparait dans le contrat signé le 30 décembre 2015 entre l’Etat du Cameroun et l’entreprise italienne Gruppo Piccini, le tout premier maitre d’œuvre de ce chantier. Ledit contrat a été résilié par la partie camerounaise le 29 novembre 2019, par les soins du ministre des Sports et de l’Education Physique, Narcisse Mouelle Kombi, qui faisait par ailleurs le constat de l’incapacité de la société à terminer les travaux du stade principal de 60 000 places qu’elle avait démarrés en mars 2017. Des grèves à répétition plombaient l’évolution du chantier, des problèmes de financements étant régulièrement à l’origine de ces débrayages. Mais c’est davantage suite à un désaccord lié à un avenant que le divorce est consommé entre les deux parties.  

Les préfabriqués de la discorde  

Entre la signature du contrat entre Piccini et l’Etat du Cameroun et le démarrage effectif des travaux, il s’est écoulé 15 mois. Un énorme retard dû à plusieurs problèmes inhérents à la maturation du projet, notamment la fameuse question des indemnisations des riverains. Les travaux finissent par démarrer en mars 2017. Le Cameroun est engagé dans une course contre la montre pour la livraison de ses chantiers dans les délais prescrits par la Confédération Africaine de Football (Caf), y compris le stade de 60 000 places d’Olembé, prévu pour abriter les rencontres de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) de football 2019.  

L’échéance est très courte, et il faut trouver une solution pour que l’infrastructure soit livrée dans les délais, ce d’autant plus qu’elle figure dans le cahier des charges de la Caf. Pour respecter l’échéance finale de mars 2019, c’est-à-dire trois mois avant le coup d’envoi de la compétition (laquelle sera in fine retirée au Cameroun le 30 novembre 2018), Piccini propose au maitre d’ouvrage, représenté par le ministère des sports, dirigé à l’époque par Pierre Ismaël Bidoung Mpkatt, l’option du matériel préfabriqué. Une option validée. Il s’agit d’un choix qui n’était pas envisagé dès le départ. Et cela implique des coûts supplémentaires pour le transport car, tout est fait en Italie.  

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« Afin de récupérer les 15 mois perdus, nous avons été contraint à la demande du Maître d’Ouvrage, en accord avec le gouvernement Camerounais de préfabriquer en Italie l’ensemble du matériel en béton armé nécessaire à la construction du complexe sportif d’Olembé et ensuite acheminer le tout au Cameroun par bateau. Du point de vue logistique, cette opération de transport de préfabriqués a été considérée comme la plus importante de l’histoire contemporaine. Avec l’accord express du Maitre d’ouvrage, cette opération exceptionnelle a entièrement été préfinancée par Gruppo Piccini », explique l’entreprise italienne dans un communiqué publié ce 25 février 2021 par nos confrères du journal Le Jour.  

Mouelle Kombi sur la défensive

L’opération de transport est alors évaluée à 28 milliards FCFA, et l’entreprise italienne, en accord avec son partenaire financier la banque Intesa Sanpaolo, la finance. Une ardoise que refuse de régler le maitre d’ouvrage, pas convaincu par les arguments justificatifs de la dépense formulés par l’entreprise.  

« Le contrat de Piccini a été résilié suite à un différend avec l’Etat portant sur 28 milliards de FCFA pour de prétendus travaux supplémentaires. Une réclamation à laquelle l’Etat ne pouvait pas légalement donner suite, faute d’éléments probants et en violation des règles des marchés publics qui prévoient que de telles revendications soient examinées après l’exécution du contrat », soutient le ministre des sports, Narcisse Mouelle Kombi, dans le quotidien Cameroon Tribune de ce 25 février 2021.  

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Après la résiliation du contrat de Piccini, l’entreprise canadienne Magil Construction a été choisie par le maitre d’ouvrage pour finaliser non seulement les travaux du stade principal, mais également pour la construction des autres composantes du complexe. C’est à cela que doivent d’ailleurs servir les 55 milliards contractés par le Cameroun auprès des banques étrangères. « Le financement sollicité ne vient pas en sus de 163 milliards de FCFA, comme le prétend une certaine opinion en mal de sensation, mais constitue le reste du budget non consommé par le précédent prestataire, à savoir Piccini », précise Mouelle Kombi, qui dément par ricochet les allégations de dépenses pharaoniques d’un peu plus de 200 milliards pour le chantier du complexe, qui en est toujours à la construction du stade, 35 mois après le début des travaux.  

Pour mémoire, le complexe sportif d’Olembé prévoyait dans le contrat signé entre le Cameroun et Piccini, la construction d’un stade couvert de 60 000 places avec une piste d’athlétisme ; un complexe de trois salles de cinéma, un hôtel 5 étoiles de 70 chambres avec trois salles de conférences de 250 places chacune, un centre commercial ; un musée pour le sport, un palais omnisport de 1000 spectateurs avec terrain de basketball, handball, volleyball ; une piscine olympique de 2000 places et deux terrains d’entrainement de 1000 places couvertes chacun ; six terrains de tennis et un Club House ; quatre terrains extérieurs de basketball et de volleyball et un parking extérieur.  

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