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Les débits de boissons broient du noir

La pandémie de coronavirus impacte très négativement les débits de boisson et autres ventes à emporter. Les tenanciers, qui courent le risque de mettre la clé sous le paillasson, appellent les pouvoirs publics à la rescousse.

Depuis la mise en application des mesures de lutte contre la propagation du Covid 19 au Cameroun, l’activité éco­nomique est durement tou­chée. C’est le cas des débits de boissons, particulièrement impactés par les mesures de riposte, notamment la ferme­ture des commerces tous les jours à 18h et la limitation des regroupements de plus de 50 personnes. Martine est propriétaire d’un bar situé au quartier Nyom dans le pre­mier arrondissement de la ville de Yaoundé. Depuis le début de la pandémie et les mesures de ripostes qui ont suivi, elle a été obligée de mettre en congé tout son per­sonnel composé de trois ser­veuses, un ingénieur de son et un agent d’entretien.

« Depuis qu’on ferme les bars à 18h, nous ne vendons plus rien ici parce que la majorité de nos clients venaient en soi­rée de retour du travail. Main­tenant, c’est compliqué tous les jours ; le bar est vide, la recette quotidienne a été divi­sée par trois. C’est pourquoi j’ai mis en congé certains em­ployés ; non seulement parce qu’il n’y avait plus beaucoup de travail mais surtout parce qu’il n’y avait plus d’argent pour les payer », nous confie-t-elle. Pour joindre les deux bouts, elle est devenue gé­rante et servante dans son éta­blissement.

Comme Martine, de nom­breux exploitants de débits de boissons sont en baisse de ré­gime. En incapacité d’arron­dir les angles, certains ont dû fermer tout simplement bou­tique pour le temps que durera la crise. Au lieu-dit « Rond-point Damase » à Yaoundé, c’est un calme de cimetière qui s’installe tous les soirs à l’heure du couvre-feu. Ce carrefour de l’ambiance qui regroupe des snack-bars, dis­cothèques et autres buvettes, n’est plus que l’ombre de lui-même. L’effervescence qui jadis lui procurait une atmos­phère singulière, s’est substi­tuée en un véritable désert.

Retour de la vente à emporter

A côté de ceux qui consom­ment in situ, il y a ceux qui choisissent d’emporter leurs commandes à domicile. « Il y a de plus en plus de gens qui préfèrent venir acheter les boissons pour aller consom­mer à la maison. C’est pour éviter les contacts », nous confie Thierry Kengne, gérant de bar. Lui aussi ressent l’im­pact de la crise du Covid-19 au quotidien. La vente à em­porter impose une réduction des coûts pour faire face la concurrence, que le gérant est obligé de supporter.

La baisse de régime d’acti­vité des débits de boisson a également entraîné de grosses pertes pour les acti­vités connexes. C’est le cas notamment des rôtisseries de porcs, poulets et poissons qui jonchent les bordures des débits de boisson. Ceux-ci sont obligés de s’adapter à la nouvelle règlementa­tion qui est largement à leur désavantage. C’est le cas de Boclair Tiogmo, propriétaire de quatre rôtisseries répartis dans différents coins de la ca­pitale du Cameroun. Il peine aujourd’hui à rentrer dans ses frais. Ses ventes ont baissé de moitié du fait de la fermeture précoce des bars. Pour rester en activité, il a réduit dans les mêmes proportions les salaires de ses employés.

>>Lire aussi- Covid-19 : baisse de régime dans le secteur de la restauration

« Si le coronavirus perdure, 50% des bars vont fermer »

Roger Tapa:Le président du Syndicat des exploi­tants de débits de boissons

Le président du Syndicat des exploi­tants de débits de boissons parle de l’impact de la pan­démie du coronavi­rus sur ce secteur d’activités et pro­pose des solutions de relance.

Comment se portent les débits de boisson depuis le début de la pandémie de coronavirus ?

Les débits de boissons se portent très mal. Malgré le fait que la lutte contre le coro­navirus soit vraiment indis­pensable pour la survie même de notre pays, il s’avère que ce secteur d’activité a été durement frappé. Imaginez-vous qu’à ce jour, les débits de boissons font 20% de leur chiffre d’affaire habituel. La raison est que les débits de boissons ont une forte clien­tèle en soirée. Or, depuis que la fermeture est homologuée à 18h, l’activité est presque à l’agonie.

Malgré ces difficultés, il faut quand même dire que les bars tiennent le coup et continuent d’exercer. Com­ment font-ils ?

Je n’ai pas dit que ce sec­teur va mourir. Si beaucoup résistent encore aujourd’hui, c’est parce qu’avant les me­sures de fermeture, l’activité marchait très bien. La plupart du temps, les débits de bois­sons ne vivent pas au jour le jour. La plus grosse charge dans cette activité c’est le loyer or certains paient le loyer pour 6 mois voire un an à l’avance. Cela fait seule­ment un mois que la maladie fait sa mue, donc, les tenan­ciers de débits de boisson ont encore quelques mois devant eux. Cependant, si la crise perdure, je peux vous dire qu’au moins 50% des bars vont fermer.

L’autre manque à gagner qui est peu visible c’est que les employés des bars sont ren­trés en chômage technique. Donc nous avons là de nom­breux emplois qui ont été per­dus. En dehors de ça, il ne faut pas aussi négliger les com­merces qui s’installent autour des débits de boissons tels que les rôtisseries et autres qui pourvoient de nombreux emplois. Toutes ces activités qui tiraient leur plus grande clientèle du fonctionnement des bars sont aujourd’hui en déroute.

Comment appréciez-vous l’implémentation des me­sures de riposte au niveau des débits de boisson ?

Globalement, les exploitants de débits de boissons res­pectent les mesures du gou­vernement. Cependant, je voudrais profiter de l’occa­sion pour lancer un cri de dé­tresse à l’endroit des pouvoirs publics. Je pense que lorsque le chef de l’Etat donne des instructions à travers le chef du gouvernement, il faut que ces instructions soient res­pectées non seulement par les citoyens camerounais, mais aussi et surtout par les autorités administratives. Au­jourd’hui on voit des préfets et sous-préfets qui veulent violer la décision de leur hiérarchie en voulant trans­former les débits de boissons en simples ventes à emporter. Non ! Ce n’est pas ce qui a été dit ; le gouvernement a dit que la fermeture se fait à 18 h et cela doit être respecté ainsi. On ne doit pas demander à un snack-bar de se transfor­mer en vente à emporter. Si ce dernier vendait la bière à 800 FCFA à cause de sa catégorie, à présent on lui demande de vendre au prix conseillé or il n’est pas dans cette catégorie. Les autorités administratives doivent s’abstenir d’outre­passer les mesures prises par le chef de l’Etat à travers le gouvernement.

Que proposez-vous aux pouvoirs publics pour venir en aide à ce secteur d’acti­vité ?

Tout en reconnaissant la gra­vité de la situation, tout en considérant l’obligation pour l’Etat de sauver des vies, nous devons d’abord respecter les mesures qui ont été prescrites car elles sont vitales pour tous. En plus de les respecter, nous allons aider l’Etat à faci­liter l’implémentation de ces mesures. Je vous annonce que dans les prochains jours, nous allons engager des campagnes de sensibilisation dans les grandes villes du pays. Nous avons par ailleurs demandé à nos membres et militants de respecter scrupuleuse­ment les mesures édictées par le gouvernement parce que nous trouvons qu’elles sont salutaires. Toutefois, l’Etat a aussi besoin de ce secteur d’activités parce que nous générons de la richesse. A côté des mesures actuelle­ment en vigueur, nous pen­sons qu’il faut des mesures d’accompagnement lorsque cette pandémie sera terminée pour permettre la remontée de l’activité qui contribue pour beaucoup à l’économie de ce pays. De manière concrète, l’Etat peut reverser une partie des taxes perçues sur chaque bouteille vendue aux exploi­tants de débits de boissons ; cela va permettre à l’activité de se relancer. En procédant de cette manière, je crois que c’est une bouffée d’oxygène que l’Etat va apporter à ce secteur d’activités et surtout à l’économie camerounaise. Bien évidemment nous avons d’autres propositions et nous sommes prêts à en discuter avec les pouvoirs publics.

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