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Les Marocains font main basse sur le secteur bancaire camerounais

Avec le rachat en cours de la Banque Internationale du Cameroun pour l’Épargne et le crédit (Bicec) par la Banque centrale populaire, la présence marocaine s’ajoute à celle du groupe Attijariwafa Bank. Cela fera donc deux banques et un pan du secteur des assurances sur quinze déjà aux mains des Marocains.

Sauf cataclysme, une autre banque camerounaise va passer aux mains des Marocains. En effet, depuis le 25 septembre, le groupe marocain BCP est officiellement en pole position pour racheter la Banque Internationale du Cameroun pour l’Épargne et le crédit (Bicec), filiale camerounaise détenue à 68,5% par le Français Bpce.

Ce projet  de cession permettrait à la Bicec, comme quatre autres sœurs en Afrique, de « s’adosser à un partenaire financier et industriel disposant d’une solide expérience dans le domaine bancaire, et en mesure de développer davantage leur activité en Afrique », indique Bpce.

Ce projet sera présenté prochainement, lors d’une information-consultation, aux instances représentatives du personnel de Bpce International. Le projet d’accord sera également soumis aux conditions suspensives usuelles pour ce type d’opération, et notamment à l’accord des autorités règlementaires au Maroc et dans les différentes géographies concernées.

L’ambition panafricaine de la Banque centrale populaire (BCP) se précise. Pour rattraper son retard sur ses concurrents, BMCE et Attijariwafa Bank, son président, Mohamed Benchaâboun, a jeté son dévolu sur le portefeuille du français Banque populaire-Caisse d’épargne (Bpce), qui a annoncé en décembre 2017 son départ du continent.


>> Lire aussi – Un groupe bancaire marocain se positionne pour la reprise de la BICEC


« Le groupe ne peut pas se permettre de snober cette région, qui fait les beaux jours de sa concurrente première, Attijariwafa Bank. C’est un marché similaire à celui du Maroc qui présente une rentabilité importante et qui est facilement maîtrisable grâce à une population réduite », estime un banquier d’affaires qui suit l’internationalisation des établissements marocains.

Au sud du Sahara, Mohamed el-Kettani, PDG d’Attijariwafa Bank, et Mohamed Benchaâboun, patron de la Banque centrale populaire, se livrent une bataille à fleurets mouchetés à coups de nouvelles implantations. Dernière en date, celle de la BCP à Maurice et à Madagascar, grâce au rachat annoncé le 20 février de la Banque des Mascareignes et de sa filiale malgache, auprès du groupe français BPCE. Deux nouveaux marchés qui s’ajoutent à la douzaine dans laquelle elle est présente sur le continent. En 2017, la BCP avait déjà procédé à l’achat de BIA Niger.

Bicec

BCP trouve une  Bicec dont le volume d’activités ne cesse de croître avec un total bilan de 765 milliards FCFA en 2017 contre 690 milliards en 2016, en hausse de 11%. Toujours selon la banque, de nombreux indicateurs viennent confirmer cette rentabilité à travers, par exemple, le produit net bancaire qui s’élève à 59,6 milliards FCFA au cours de la période sous revue, en hausse de 17%. Le résultat brut d’exploitation, lui aussi, a progressé de 39% par rapport à l’exercice précédent, pour se situer à 28 milliards FCFA. Le résultat net de la Banque affiche un montant de 9,5 milliards FCFA.

La filiale camerounaise estime qu’elle a la confiance de ses clients, car ceux-ci lui ont confié des dépôts ayant franchi le cap de 600 milliards FCFA. Soit une hausse de 10%. En outre, la Bicec se présente comme un établissement financier citoyen qui revendique, dans l’économie camerounaise, des investissements de 548 milliards FCFA, au 31 décembre 2017. Soit une hausse de 11 milliards, par rapport à la même période en 2016.

Déferlante du groupe marocain Attijariwafa

Arrivée au Cameroun il y a 4 ans, à la faveur du rachat des actifs détenus par le Crédit agricole français au sein de ce qui est désormais la Société commerciale de banque (SCB-Cameroun), le groupe bancaire marocain Attijariwafa, dirigé par Mohamed El Kettani, quadrille méthodiquement le secteur de la finance dans le pays.

L’une des dernières actions de ce maillage progressif du secteur financier local est la création, en septembre 2015 à Douala, la capitale économique camerounaise, d’une filiale de sa société de transfert d’argent Wafacash, qui ira à l’assaut du marché du transfert d’argent en Afrique centrale à partir du Cameroun.

Société anonyme dotée d’un capital initial de 2 milliards de francs Cfa, Wafacash Central Africa a pour directeur général Mehdi Khandid, qui sera secondé par une DGA de nationalité camerounaise, en la personne de Solange Dorothée Kotock Mpote épouse Yana Ntamack. Créé en 1991, Wafacash, qui gère les marques Western Union et Money Gram, est l’actuel leader du marché des transferts internationaux au Maroc.

Cette société arrive sur un marché camerounais du transfert d’argent sur lequel les leaders mondiaux que sont Western Union et Money Gram, font désormais face à la concurrence du leader des transferts domestiques, la société à capitaux camerounais Express Union en l’occurrence. Cette entreprise s’est également lancée avec bonheur dans le segment des transferts internationaux (notamment sur les pays d’Afrique centrale et de l’Ouest) avec des tarifs très compétitifs.

Cependant, afin de préserver ses arrières sur ce marché de plus en plus concurrentiel, Wafacash Central Africa s’est doté d’un champ d’action bien plus étendu. Il va du simple transfert d’argent à «la mise en œuvre et la maintenance des guichets automatiques», en passant par «l’exercice de l’activité de change manuel ; la gestion, l’administration, la direction, la mise en œuvre et le contrôle pour son compte personnel ou pour le compte de tiers, de tous les moyens informatiques et électroniques pour automatiser et faciliter les transactions financières, etc.»

Wafa, pour avancer en toute assurance

La création de Wafacash Central Africa est intervenue deux mois seulement après que le ministère camerounais des Finances ait délivré, le 8 juillet 2015, un agrément à Wafa Assurance Vie Cameroun S.A, filiale de l’assureur marocain Wafa Assurance également contrôlé par le groupe Attijariwafa. Le quitus de l’autorité en charge des assurances au Cameroun survenait ainsi après celui de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA), le régulateur du secteur en Afrique centrale et de l’Ouest.

Le bras armé du groupe Attijariwafa dans le secteur des assurances devient ainsi la 22ème compagnie d’assurance en activité au Cameroun. La nouvelle compagnie, qui est dotée d’un capital d’un milliard de francs Cfa, ambitionne de développer le marché de l’assurance vie dans le pays en s’appuyant sur le réseau de distribution de la SCB Cameroun, qui est à la base de l’expansion du groupe marocain sus-mentionné dans le pays.

En créant ainsi de toute pièce (sans rachat d’actifs dans une compagnie déjà existante) une filiale de sa compagnie d’assurance au Cameroun, Attijariwafa veut dupliquer dans ce pays l’exemple tunisien, où une synergie parfaite entre ses filiales bancaire et d’assurance ont permis au groupe de rapidement prendre ses marques dans ce pays du Maghreb. L’expérience camerounaise pourrait d’ailleurs être plus intéressante, si l’on s’en tient à la faiblesse actuelle du taux de pénétration de l’assurance dans le pays (environ 2% officiellement).

Mais, pour s’imposer au Cameroun, 2ème marché de la zone CIMA (154,2 milliards de francs Cfa de chiffre d’affaires en 2012) derrière la Côte d’Ivoire (209 milliards de francs Cfa sur la période considérée), Wafa assurance devra batailler aux côtés de deux compatriotes. Il s’agit notamment de RMA Watanya, qui a racheté les branches Vie et non Vie de Beneficial Insurance dans le pays en 2014, et de Saham, dont l’enseigne a récemment remplacé celle de Colina au Cameroun.

La Rédaction EcoMatin

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