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L’Etat va solder sa dette auprès de 55 prestataires

En exécution des hautes prescriptions du chef de l’Etat, le ministère des Finances annonce le déblocage d’une enveloppe de 2,3 milliards de F CFA au profit de 55 petites et moyennes entreprises, au titre de l’exercice 2019 et antérieures.

De la parole aux actes. Depuis 2018, l’Etat a promis de solder sa dette intérieure et s’y attèle malgré le contexte économique contraignant. Ainsi, « est autorisé sur l’exercice 2020 au chapitre 95, le réengagement des arriérés des dépenses des exercices 2019 et antérieurs d’un montant de 2 382 078 907 FCFA applicables au budget général de l’Etat (…) ». Le 17 juillet 2020, le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze a publié un communiqué radio-presse dans lequel il informe les entreprises du déblocage de cette somme, dans le cadre de la poursuite de l’apurement de la dette intérieure de l’Etat. Cette enveloppe est repartie entre55 prestataires de l’Etat. Les créances couvrent la période 2012-2019.

Depuis 2018, le Minfi assure qu’une programmation des paiements est mise en place pour rattraper progressivement le retard enregistré dans le paiement des factures des prestataires de l’Etat en ce qui concerne le Compte Trésor ainsi qu’aux guichets de la Caisse autonome d’amortissement et du Fonds routier. D’ailleurs, le président de la République l’avait annoncé dans son discours de fin d’année 2017, engagement réitéré par le Premier ministre au Cameroon business forum (CBF), courant mars 2018 : «une attention particulière sera accordée à la situation des PME, notamment pour ce qui est du règlement prioritaire de la dette qui leur est due». De fait, la loi des Finances initiale 2020 a prévu de consacrer 1011 milliards de FCFA pour le remboursement de la dette publique dont 539,72 milliards pour la dette publique intérieure.

Si cet objectif est atteint, ce sera assurément une bouffée d’oxygène pour les entreprises locales. Ce d’autant plus que «quand l’Etat ne paye pas, les grosses structures ne payent pas et les Pme ne peuvent pas supporter les charges », témoigne Makani Antoine promoteur de PME. En effet, une des grosses contraintes que vivent les PME locales dans un contexte où l’Etat est le principal client est celui du conflit entre les délais de paiements et les engagements sociaux. « Beaucoup de jeunes entreprises meurent avant la fin de leur troisième année, parce qu’il y a une pratique qui s’est installée au Cameroun, le non-paiement des factures », souligne l’économiste Dieudonné Essomba pour qui l’Etat est au-devant de cette pratique.

Jadis relégué au second plan, le paiement des créances dues aux entreprises locales est désormais au centre de toutes les attentions. La création d’emplois et partant, la lutte contre la pauvreté en dépendent. Pour mieux se rendre compte de l’importance du montant mis en paiement, il faut, par exemple, le mettre en parallèle avec le chiffre d’affaires annuel moyen des entreprises au Cameroun qui a été estimé par l’Institut national de la Statistique à environ 64 millions de FCFA… plus qu’une bouffée d’oxygène, c’est donc un appel d’air que le gouvernement crée en faveur du secteur privé.

Lire aussi : Le gouvernement exclu la dette intérieure de ses priorités

Bouffée d’oxygène

Dans une « Lettre de réforme adressée au président de la République » en janvier 2015, l’ingénieur financier, Babissakana, s’étonnait déjà de ce que l’Etat, solvable, accumulait des impayés. « Suivant les statistiques publiées en juillet 2014 par le FMI, l’Etat du Cameroun accumule de plus en plus les arriérés et autres obligations de paiement dus aux agents économiques locaux dont le montant est passé de 585 milliards de FCFA en 2010 soit 5% du PIB à 668 milliards de FCFA en 2013 soit 4,6% du PIB», écrivait-il. A fin 2016, le gouvernement indique que « les arriérés de paiement domestiques de la dette publique [ne] sont [plus que] de 3,5 % du PIB soit près de 527,3 milliards de FCFA. La situation s’améliore donc et à raison.

Éponger la dette publique intérieure revêt un enjeu de consolidation du tissu économique puisque l’accumulation de la dette étatique est un frein au développement de ces entreprises et sape les efforts qu’elles déploient pour se sortir de la trappe de la vulnérabilité. D’ailleurs, les économistes sont unanimes que la dette publique intérieure est au mieux un frein à la croissance des entreprises et au pire une cause de faillite pour celles qui n’ont pas un matelas financier assez large. « Les arriérés sont à l’origine d’un freinage substantiel d’activité économique avec des conséquences néfastes notamment en termes de fermeture des plusieurs petites et moyennes entreprises et de destruction de nombreux emplois», explique Babissakana.

On le voit, « la dette intérieure impacte directement la PME camerounaise, la création d’emplois et partant, la lutte contre la pauvreté », explique Dr Ariel Ngnitedem, économiste. Heureusement, le gouvernement en est conscient puisqu’au Minfi, l’on souligne que cette opération participe à la sauvegarde et de la création d’emplois dans les entreprises. Par ailleurs, les fonds injectés devraient aussi générer des revenus fiscaux pour l’Etat qui, dans le cadre du programme économique et financier signé avec le FMI, doit élargir la base imposable afin de maximiser les ressources fiscales.

Lire aussi : Cameroun : le taux d’endettement inquiète

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