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Litiges fonciers : l’implantation d’un projet agroalimentaire bloqué à Koumé-Goffi

La volonté du comité de développement de cette localité de l’arrondissement de Bertoua 1er dans la région de l’Est, de mettre en place les plantations agricoles, rencontre une opposition farouche des spéculateurs fonciers. Le projet envisageait la promotion de la culture et la transformation d’haricot, du gingembre et de l’ananas sur 7 hectares. Il devrait également créer plus de 100 emplois directs et développer le village. Malheureusement, les partenaires de cette initiative n’ont pas pu s’installer à cause des multiples agressions de certaines personnes installées sur le site. Pour y voir clair, le sous- préfet est descendu sur le terrain en mars 2022. De l’autre côté, la braderie foncière a déjà fait perdre des centaines de millions de FCFA des recettes domaniales à l’Etat entre 2016 et 2020 à cause de la suspension des transactions foncières dans le Lom-et-Djerem par le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières.

La production et la transformation du haricot, du gingembre et de l’ananas sur 7 hectares de terres au village Koumé-Goffi dans l’arrondissement de Bertoua 1er, département du Lom-et-Djerem, région de l’Est, est bloqué depuis plusieurs mois à cause d’une bataille foncière sur le site du projet. « J’ai acquis ce terrain depuis de longues dates. Mes parents me l’ont attribué et je l’ai titré depuis le 18 août 1986 pour des projets de développement du village Koumé-Goffi. C’est la raison pour laquelle je ne l’ai jamais vendu. Actuellement, je suis venue avec un projet agroalimentaire et des partenaires qui voulaient cultiver et transformer le haricot, le gingembre et l’ananas. Voyant que ce projet devrait créer plus de 100 emplois directs et développer le village, je leur ai cédé 7 hectares mais ils n’ont pas pu s’installer à cause des multiples agressions des occupants illégaux installés sur ce terrain. C’est ainsi que les problèmes ont commencé alors que ces partenaires avaient déjà aménagé un point d’eau potable à l’école primaire publique de Koumé- Goffi qui était en panne depuis 10 ans », déplore Mme Julienne Doui, présidente du comité de développement de Koumé-Goffi. Cette dernière regrette le fait que « lorsque les partenaires reviennent pour les investissements, ces mêmes occupants illégaux sont venus s’opposer à la matérialisation du projet ».

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Pour voir clair dans l’affaire, Jules Eric Ekoumé, sous- préfet de l’arrondissement de Bertoua 1er a effectué une descente au village Koumé-Goffi, situé à près de 10 kilomètres de la ville de Bertoua en zone rurale le 25 mars 2022. Il a été accueilli dans une atmosphère d’agitation générale. Dès son arrivée à la limite entre le village Koumé-Goffi et le quartier Mokolo 4, le premier groupe des riverains en furie a stoppé son véhicule pour se plaindre du fait que « la plaque signalétique du village Koumé-Goffi a été déterrée par les riverains de Mokolo 4 sous prétexte qu’elle est implantée sur leur territoire ». Mais dans sa prise de parole, le sous-préfet a précisé que « je ne suis pas venu ici aujourd’hui pour ce problème (de limite territoriale, ndlr). Nous sommes venus pour faire l’état des lieux du terrain litigieux ». Ainsi, Jules Eric Ekoumé a demandé à tous ceux qui ont des prétentions sur le terrain querellé de présenter leurs titres de propriété.

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Séance tenante, seulement deux personnes ont présenté des documents soit, Julienne Doui qui a présenté le titre foncier mère No 6298 de 16 hectares et une autre personne qui a présenté une photocopie d’un titre foncier dont l’authenticité reste à prouver. Pour avoir la lumière exacte sur le dossier, le sous-préfet a accordé un temps supplémentaire aux autres acquéreurs d’apporter leurs documents, afin que la commission puisse faire un état des lieux exact qui sera exploité par d’autres instances saisies de l’affaire. Notons qu’une procédure judiciaire contre une dizaine de personnes pour atteinte à la propriété foncière est en cours devant le tribunal de première instance de Bertoua. Entre-temps, c’est la désolation totale des riverains qui avaient les yeux tournés vers ce projet de production et de transformation du haricot, du gingembre et de l’ananas sur 7 hectares à Koumé-Goffi. « Je suis né vers 1945 et on n’a jamais eu le développement à Koumé- Goffi. Lorsqu’on a parlé de ce projet, j’avais l’espoir que nos grands et arrières grands enfants au chômage au village vont trouver du travail. Je suis donc surpris qu’aujourd’hui les gens viennent du côté de Mokolo 4 contester ce terrain alors que la limite naturelle entre les deux quartiers existait avant ma naissance il y près de 80 ans », regrette Samuel Ndongui Korondo, premier notable du village Komé-Goffi.

Des centaines de millions de FCFA de recettes domaniales perdues

De sources bien introduites à la préfecture de Bertoua, Koumé-Koffi fait partir des localités classées zones rouges où il n’est plus conseiller d’aller chercher une parcelle de terre parce que les spéculateurs ont déjà tout occupé. Dans ce village situé sur la route de Lom Pangar, tout comme à Bonis à l’entrée ouest de Bertoua, Gouékong sur la route de Belabo et à Mandjou à la sortie Nord de la ville, des personnes qu’on peut qualifier de « spéculateurs fonciers » ont compris que la propriétaire foncière est une grande source de richesse. Pour se remplir les poches, ces individus arrachent les vastes étendus de terres à vil prix avec la complicité des chefs traditionnels et des autorités administratives. Par le biais de la corruption, ils les immatriculent frauduleusement pour revendre sous forme de morcellement sans toutefois respecter les plans cadastraux. « Vous allez constater que dans certains quartiers, il est difficile de créer des routes parce que les terres ont été vendues anarchiquement », explique Maurice N., un expert en immatriculation foncière.

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C’est pour cette raison qu’entre 2016 et 2020 le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf) avait suspendu les transactions foncières dans le département du Lom-et-Djerem, le plus grand pourvoyeur des recettes domaniales de la région. Pendant cette période, les recettes domaniales ont connu une chute draconienne estimée à des centaines de millions de FCFA. A la Trésorerie de Bertoua, l’on affirme qu’« il était attendu une somme de plus de 100 millions de FCFA des recettes domaniales de la délégation départementale du Lom-et-Djerem chaque année. Malheureusement, de 2016 à 2020, même un quart de cette somme n’a pas été collecté ».

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Malheureusement, constate Francis Kambang, juriste et Coordonnateur de la Fondation Confucius qui a réalisé une enquête sur la braderie des terres à grande échelle aux réfugiés centrafricains dans l’arrondissement de Mandjou « les populations ont été tout simplement punies pour rien pendant quatre ans parce que la suspension n’a pas assaini la corruption et les tracasseries dans les transactions foncières ».

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