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Loi des finances 2021: Il n’y aura pas de relance budgétaire

Dans sa circulaire relative à la préparation du budget 2021, le président de la république avait placé l’année 2021 sous le signe de la relance de la croissance économique afin de replacer le pays sur les sentiers de l’émergence. Cependant, le gouvernement a choisi de jouer la carte de la prudence budgétaire. Selon les informations de EcoMatin, le budget 2021 ne sera pas en dessous des 4951,7 milliards FCFA arrêtés pour 2020, mais sa progression, marginale, ne sera que de quelques centaines de millions. Pourquoi ce rétropédalage? Le gouvernement avait-il le choix ? Quels en seront les effets sur le court, moyen et long terme ? EcoMatin livre son analyse.

Publiée lundi 9 novembre 2020 à 07:56:21Modifiée lundi 9 novembre 2020 à 07:56:25Temps de lecture 7 minPar EcoMatin

Louis-Paaul-Motaze

« Le budget 2021 sera supérieur au budget initial de 2020. Mais seulement d’un peu», assure à EcoMatin, une source dans la haute administration en charge de la préparation et de l’exécution du budget de l’Etat. Selon cette source, le gouvernement aurait déjà décidé de reconduire, du point de vue de son allure générale, le budget initial de 2020. Des ajustements seront faits dans les volumes des grandes masses et dans leurs affectations, mais l’espace budgétaire devrait rester inchangé ou presque. Concrètement, selon ses explications, ce budget ne sera pas en dessous des 4951,7 milliards FCFA initialement arrêtés pour 2020, mais sa progression, marginale, ne sera que de «quelques centaines de millions de francs». «Il est finalement apparu, après prise en compte de tous les paramètres, qu’une entreprise de hausse significative du budget, dans le contexte actuel, était hasardeuse, et allait difficilement être validée par le Parlement et par le président de la République», explique la source de EcoMatin.

Lire aussi : Loi de finances 2021 : les projets reconduits 2020 reconduits

Cette décision va en surprendre plus d’un. Pour la première fois depuis 30 ans, l’économie camerounaise va faire l’expérience de la récession : initialement attendue à 4% par le gouvernement, la croissance du PIB en 2020 sera finalement négative à -1,1%, soit un recul de 5,1%. Principal responsable : la Covid-19, qui a durant des semaines, immobilisé l’économie mondiale. L’attaque éclaire et tsunamique étant globalement passée, partout dans le monde, la mode, un peu commode, est à la relance, pour commencer à éteindre les feux. C’est une inscription dans cette perspective de relance que la plupart des agents économiques en opération au Cameroun attendaient depuis du gouvernement. L’état clinique de pans entiers de cette économie durement éprouvée par la pandémie, ne révèle plus de la médecine douce, mais de la thérapie de choc, non au sens économique et polémique de Jeffrey Sachs, le célèbre théoricien économique américain, mais au sens médical de l’expression. Et ces patients se nomment agriculture, industrie, services de mobilité des personnes et des facteurs de production...

Lire aussi :   Loi de finances : le Cameroun rate ses objectifs 2019

Equipements collectifs

La décision du gouvernement va d’autant plus surprendre que 2021 est la première année de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de Développement post Dsce (Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi), laquelle aura pour principal pilier, comme et même plus que la première, l’accroissement du stock de capital physique de l’économie à travers la conduite de grands projets d’infrastructures (dits de deuxième génération) et la mise en service de plusieurs équipements collectifs.

Cette décision va enfin surprendre au regard de certaines orientations économiques prescrites au gouvernement par le président de la République concernant l’année prochaine. «Au cours de l’année 2021, l’objectif sera la reprise de la croissance économique afin de replacer le pays sur le sentier de l’émergence en jugulant les effets néfastes de la pandémie de la Covid-19 par la transformation structurelle de l’économie. Les leviers d’actions devront prioritairement porter sur les politiques de relèvement, notamment la modernisation de l’agriculture et l’industrialisation», prescrivait en effet Paul Biya dans sa circulaire du 10 juillet 2020 relative à la préparation du budget de l’Etat pour l’exercice 2021, comme premier objectif de l’action publique en 2021.

Lire aussi :   Budget de l’Etat : 213 milliards de recettes non-fiscales en 2021

Mais à la vérité, la décision déjà actée du gouvernement de ne pas procéder à une relance budgétaire n’est guère surprenante à l’analyse. Privé de l’instrument monétaire dont il a confié le maniement et la gestion à l’émetteur communautaire qu’est la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), le Cameroun ne peut en effet, dans le court terme, mobiliser l’instrument budgétaire. D’abord au plan global, son déficit budgétaire actuel est difficilement dépassable. Outre la cible sous régionale en la matière (qui fait obligation aux Etats de maintenir leur solde budgétaire global positif), le programme économique et financier conclu avec le Fonds monétaire international en 2017 lui impose une discipline budgétaire, et donc un profil soutenable de son déficit budgétaire.

Pour ménager cet indicateur largement dégradé par la Covid-19, le gouvernement n’aura d’autre choix, s’il veut augmenter ses charges, que d’augmenter d’autant sinon plus ses ressources internes. Or ce dernier levier est lui aussi corseté : il faudrait en effet au gouvernement plus de temps et il lui faudrait engager beaucoup de ressources pour accroître significativement ses revenus fiscaux (à travers notamment l’élargissement de l’assiette fiscale) et non fiscaux, tant les pratiques d’évasions frauduleuses de ces ressources se sont structurellement enracinées dans les administrations collectrices. Mais le Président de la République a déjà engagé le gouvernement dans cette voie.

Lire aussi : Budget 2020 : une loi de finances rectificatives en étude

«L’objectif de la politique budgétaire pour l’exercice 2021 est d’engager la réduction du déficit budgétaire global dans la perspective de le ramener progressivement à un niveau soutenable à moyen terme, après sa dégradation en 2020 suite au choc du Coronavirus», instruisait Paul Biya le 10 juillet dernier, avant de préciser que «cette réduction se fera à travers une amélioration de la mobilisation des recettes internes non pétrolières, ainsi qu’une maîtrise et une plus grande efficacité des dépenses publiques. Une réduction des dépenses non-prioritaires (tout en préservant les dépenses sociales) et une meilleure priorisation des dépenses en capital permettront de poursuivre les projets d’investissement».

Conjoncture favorable

Même si le gouvernement pouvait maintenir ou même creuser encore ce déficit budgétaire (après tout, combien de pays à travers le monde présentent un solde budgétaire positif ?), il lui faudrait alors être en capacité de le financer. Or la perception négative que les agences de notation internationales (EcoMatin a, dans sa parution du lundi 2 novembre 2020, rendu compte de la récente analyse de Moody’s sur la solvabilité de la dette souveraine du Cameroun) ont de la signature de l’Etat rendrait des emprunts en devises internationales particulièrement coûteux, et une éventuelle intensification de sa stratégie de levée de fonds sur les marchés bancaire, financier et monétaire sous-régionaux induirait un effet d’éviction des liquidités pour les autres agents économiques (en particulier les entreprises privées) plus important que l’effet multiplicateur que les dépenses publiques qui seront ainsi financées induiraient.

Lire aussi :  Budget 2021 : le Cameroun met le cap sur le patriotisme économique

On le voit, l’option de la prudence budgétaire reste objectivement la seule viable aux mains du gouvernement. En attendant une conjoncture (2022 par exemple ?) plus favorable. A tout prendre, l’enveloppe budgétaire annoncée par la source de EcoMatin pour 2021 est déjà bien supérieure au 4 409 milliards FCFA de dotation budgétaire finalement imposés par la Covid-19 à l’exercice 2020. Et cela est déjà appréciable.

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