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Lutte contre la covid-19 : les promesses non tenues du Cameroun vis-à-vis du FMI

Les malversations financières, dépenses superflues, opacité, etc. le Cameroun peine à donner la preuve d’une gestion efficace et transparente de l’aide financière reçue dans le cadre de la riposte à la crise sanitaire et économique en 2020.

Efficacité et transparence; telles sont les valeurs qui doivent guider la lutte contre la Covid-19 au Cameroun. Du moins, c’est l’engagement que le gouvernement a pris vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI). Si un audit indépendant a bien été réalisé comme convenu, c’est certainement le seul engagement que le pays a tenu jusqu’à présent, depuis le début de la crise sanitaire liée à la Covid-19.

L’audit traduit une volonté de transparence des pouvoirs publics dans la gestion des ressources affectées à la lutte contre le coronavirus. Mais il n’est pas évident que ces fonds sont efficacement utilisés. Déjà, le rapport d’audit de la Chambre des Comptes de la Cour Suprême sur la gestion des fonds affectés à la lutte contre la Covid-19 a révélé des malversations financières. Une enquête judiciaire sera ouverte contre les auteurs, coauteurs et complices de ces méfaits, selon une correspondance du ministre d’Etat, Secrétaire général de la présidence de la République adressée au ministre d’Etat, ministre de la Justice, Garde des Sceaux qui a fuitée le 8 avril 2021.

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De plus, l’analyse de la pertinence des activités proposées dans le cadre de la dotation du  Fonds Spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le Covid-19 montre qu’“il était possible de faire une économie d’au moins 11,84% (soit environ 21,32 milliards de Fcfa) de l’enveloppe globale (180 milliards Fcfa). Cette somme représente le montant des activités dont la pertinence est non significative” explique le spécialiste en économie de la santé, Dr. Albert Ze.

Selon l’analyste, pour tirer profit d’une crise sanitaire les acteurs en charge de la riposte doivent avoir un objectif double: le premier est de protéger le pays contre les coûts financiers liés au fardeau imposé par la crise. Ceci signifie que les responsables doivent minimiser les dépenses de manière à prioriser les activités à très fort impact; le deuxième est de maximiser les profits offerts par les opportunités engendrées par la crise. L’atteinte de ces deux objectifs vise à annihiler les impacts socioéconomiques de la crise dans le pays. “Cependant, la gestion du Covid-19 au Cameroun s’éloigne logiquement de ce programme optimal.”

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Outre l’efficacité qui serait problématique dans la riposte à la crise sanitaire et économique actuelle, la transparence n’est pas, non plus, de mise. Dans la “Lettre d’intention pour l’accès aux ressources de la Facilité de Crédit Rapide adressée le 5 octobre 2020 par le ministre des Finances (Minfi) à la directrice générale du FMI, le gouvernement a pris une série d’engagements qu’il peine à respecter.

À cette fin, le gouvernement a pris l’engagement, dans le cadre des marchés liés à la Covid-19 à émettre, avant la tenue du Conseil d’Administration sur la seconde FCR, une circulaire d’application de l’article 90 du Code des marchés publics, notamment en ce qui concerne les documents fournissant les renseignements sur l’identification des soumissionnaires, afin de mettre en évidence les bénéficiaires effectifs des entreprises sollicitant des prestations; publier, après la tenue du Conseil d’administration sur la seconde FCR, sur le site internet de l’Agence de Régulation des Marchés Publics et dans les 30 jours suivant l’attribution de tout contrat, les résultats des appels d’offres lancés par le gouvernement assortis des bénéficiaires effectifs des attributaires des marchés liés à la Covid-19; publier avant la tenue du Conseil d’Administration sur la seconde FCR, les contrats liés à la Covid-19 et attribués depuis le 4 mai 2020 y compris les bénéficiaires effectifs; publier un rapport semestriel sur les dépenses liées à la Covid-19; et commander un audit indépendant de ces dépenses à la fin de l’exercice 2020 et en publier les résultats.

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Dans une précédente Lettre d’intention au FMI, le 28 avril 2020, le ministre des Finances a promis que l’aide financière reçue sera « utilisée aux fins prévues, dans le strict respect des dispositions de la loi portant Code de Transparence et de Bonne Gouvernance dans la gestion des Finances Publiques au Cameroun et la loi portant Régime Financier de l’Etat et des autres entités publiques, toutes adoptées en juillet 2018.”

A ce jour, presque rien de tout cela n’a été fait.

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