Au Cameroun, la filière manioc continue de pâtir de faiblesses structurelles persistantes. Le pays enregistre des pertes post-récolte pouvant atteindre 40 % de sa production annuelle. Information rendue publique par le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe le 5 février dernier, à l’occasion de l’inauguration d’une unité de transformation de manioc dans le département de la Lékié, région du Centre.
« Nous produisons environ sept millions de tonnes chaque année. Malheureusement, nous avons des pertes post-récolte assez importantes pouvant atteindre parfois 40 %, du fait du manque de moyens de conservation et d’unités de transformation », a déclaré le membre du gouvernement. Rapportées à une production annuelle de près de 7 millions de tonnes, ces pertes représentent environ 2,8 millions de tonnes de manioc gaspillées chaque année.
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Cette contreperformance intervient dans un contexte de déséquilibre entre l’offre et la demande. Les besoins nationaux sont estimés à environ 7,5 millions de tonnes, alors que la production reste insuffisante. Selon le rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), la production de manioc n’a progressé que de 5,17 % entre 2020 et 2024, passant de 5,6 millions à 6,8 millions de tonnes. Faisant ainsi du Cameroun le 13e producteur mondial de manioc.
Le Minader explique cette situation par des rendements encore modestes, oscillant entre 10 et 15 tonnes à l’hectare, contre près de 40 tonnes à l’hectare au Nigeria, premier producteur mondial. Pour inverser la tendance, le gouvernement ambitionne de porter le rendement moyen à 25 tonnes par hectare, notamment à travers « la mise en place d’un nouveau système de production de semences fondé sur les vitroplants, issus de cultures in vitro », réputés plus performants et plus résistants aux maladies que les boutures traditionnelles.
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Parallèlement, l’exécutif prévoit la construction de 200 unités de transformation de manioc sur la période 2026-2030, réparties dans les dix régions du pays. Ces infrastructures, financées avec l’appui de la Banque mondiale, visent à réduire significativement les pertes post-récolte et à accroître la valorisation locale. Les localités de Dibombari et de Pouma, dans la région du Littoral, ont été retenues comme zones pilotes. « En plus de celle-ci, nous allons en construire d’autres. Ceci permettra de rendre disponible la farine de manioc », a précisé Gabriel Mbairobe.
Cette dynamique commence déjà à se concrétiser. Le 5 février dernier, une nouvelle unité de transformation, d’un coût de 90 millions de FCFA, a été mise en service. Spécialisée dans la transformation du manioc en farine et en produits dérivés tels que le pain, les brioches et les beignets, elle illustre la volonté des pouvoirs publics de structurer une filière stratégique pour la sécurité alimentaire et l’économie rurale.

