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Mobile money : Orange met la pression sur MTN et NEXTTEL

En créant une filiale exclusivement dédiée à la monnaie électronique, Orange Mobile Money Cameroun invite implicitement ses concurrents à se mettre en phase avec le règlement Cobac.

MTN et NEXTTEL vont-ils bientôt suivre l’exemple d’Orange dans le secteur du Mobile Money ? La question reste latente. Mais toujours est-il qu’Orange a déjà pris de l’avance pour se conformer avec le règlement de la Commission bancaire d’Afrique centrale (COBAC) sur les services de paiement. En effet, l’opérateur des télécoms Orange Cameroun a récemment créé Orange Money Cameroun, une filiale dédiée exclusivement au Mobile Money. Selon les documents auxquels EcoMatin a eu accès, cette société est dotée d’un capital de 1,2 milliard de FCFA. Les actes constitutifs de cette société anonyme ont été déposés chez un notaire à Douala, la capitale économique du Cameroun, au cours de la période allant du 30 septembre au 23 octobre 2019.


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Cette nouvelle société a pour objet « la mise à disposition de services de paiement ; la mise à disposition et la gestion des comptes de paiement ; l’émission, la distribution et la gestion des moyens de paiement sous forme de monnaie électronique et le stockage des données correspondantes tel que prévu par le règlement applicable ; les services associés à la gestion des comptes de paiement (encaissement, paiement, transfert, remise et/ou retrait de fonds) et toute opération vers ou à partir de ces comptes de paiement pour le compte de ses clients et partenaires ».

L’on note également qu’Orange Money Cameroun va procéder à « l’octroi du paiement par crédit dans les conditions mentionnées par la réglementation, et ceci sous réserve des agréments délivrés par les administrations de tutelle ; la prise de participation dans les entreprises qui exercent des activités liées à la monnaie électronique ». La durée de vie de la filiale est de 99 ans. Orange Cameroun SA, Financière de Mobiles du Cameroun (FIMOCAM), Debord Frédéric Maurice Pierre (président du conseil d’administration d’Orange Money Cameroun et DG d’Orange Cameroun), Pokossy Doumbe Olga Mireille Saya Youta épouse Soumahoro (directeur général d’Orange Money Cameroun) sont les administrateurs de cette filiale. Les cabinets KPMG Afrique centrale et EAC-Ernst & Young Cameroun sont les commissaires aux comptes titulaires. Ils sont suppléés par les cabinets Deloitte Cameroun et Bekolo & Partners.

En fait, depuis le 21 décembre 2018, le Règlement n°04/18/CEMAC/UMAC/COBAC relatif aux services de paiement dans la CEMAC a été adopté et est entré en vigueur le 1er janvier 2019. Par la suite, deux autres textes subséquents ont été adoptés pour expliciter le Règlement de 2018. Il s’agit du règlement COBAC R-2019/01 relatif à l’agrément et aux modifications de situation des prestataires de services de paiement et du règlement COBAC R-2019/02 relatif aux normes prudentielles applicables aux établissements de paiement, tous pris le 23 septembre 2019.


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Ce nouveau règlement exige que, pour les services de paiement dont fait partie le mobile money, les entreprises doivent obtenir un agrément pour le statut de Prestataires de Services de Paiement (PSP). Ces prestataires de services de paiement sont les établissements de crédit, les établissements de microfinance et les établissements de paiement agréés ou habilités (Article 5). N’entrant pas dans les deux premières catégories, Orange est donc contrainte de créer un établissement de paiement.

En attendant la mise en conformité de NEXTTEL et MTN

Si Orange a pris de l’avance en créant une filiale dédiée exclusivement au Mobile Money, tel n’est pas encore le cas pour NEXTTEL et MTN. Mais l’on se rappelle qu’Abbas Mahamat Tolli, gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) a signé le 12 mars 2018 une décision portant autorisation pour UBA Cameroun d’exercer l’activité d’émission de monnaie électronique via le Mobile Money. Ceci en partenariat avec la filiale camerounaise du Vietnamien Viettel, opérant sous le nom commercial « Nexttel ».


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La BEAC explique qu’elle a validé la demande de UBA Cameroun notamment « au niveau du dispositif mis en place pour favoriser I’inclusion financière à travers le téléphone mobile, en vue de faciliter l’accès aux services financiers de base aux populations non bancarisées du Cameroun ». UBA Cameroun disposait d’un délai de six mois à compter de la date de signature de la décision d’Abbas Mahamat Tolli pour se conformer aux dispositions du cadre réglementaire et notamment, transmettre à la Beac, les statistiques de son activité. «Toute publicité effectuée par Viettel Cameroun, au sujet des activités autorisées par la présente décision, doit faire également référence à la dénomination sociale et au logo de UBA Cameroun », indique la Banque centrale.

UBA a introduit sa demande auprès de la BEAC le 30 mars 2017. La banque fait son entrée dans un marché déjà dominé par le duopole Afriland First Bank (en partenariat avec MTN) et la  Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (BICEC), en partenariat avec Orange Cameroun.


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Selon une étude du ministère camerounais des Finances en 2017, les services financiers via le téléphone mobile ont connu une hausse de 57,1% du nombre des comptes fonctionnels entre 2013 et 2015, qui sont passés de 1,4 million à 2,2 millions. La valeur globale des opérations a atteint un montant de 203,4 milliards de FCFA en 2015 contre 74,1 milliards de FCFA en 2014. Fin 2016, la Beac a commis à son tour une étude selon laquelle, le Cameroun représente 49% (887 783 935 214 FCFA) des transactions de monnaie électronique dans la zone Cemac, d’un montant global de 1 631 milliards de FCFA.

Leadership

Le cabinet indépendant «Goodwill management» a mené une enquête à l’occasion du 20e anniversaire de la filiale camerounaise d’Orange. Cette enquête, publiée le 10 avril dernier, mesure l’empreinte économique du géant français des télécoms au Cameroun en 2018.

Selon «Goodwill management», le service d’Orange Cameroun, baptisé «Orange Money» (services et transfert d’argent par téléphone), est un moteur d’inclusion financière avec 4,5 millions de clients. C’est légèrement moins que les chiffres affichés par son concurrent MTN. Ce dernier revendique actuellement plus de 5 millions de clients au service «MTN Mobile Money».

Le service «Orange Money», toujours selon le cabinet indépendant, produit aujourd’hui des retombées économiques annuelles de 334,8 milliards de FCFA. Ceci grâce au transfert d’argent, au paiement de factures et marchand et aux opérations bancaires.


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En termes d’utilisation des services Mobile Money au Cameroun, l’Institut national de la statistique indique dans une récente étude que l’ordre d’importance est le suivant : MTN mobile money (40,7%), Orange money (40,3%), et Afrikpay (8,5%).

Campost

Pour sa part, Cameroon Postal Service (CAMPOST), l’entreprise postale publique camerounaise, vient d’intégrer le marché du Mobile Money, en lançant le service «Campost Money». Cette nouvelle est de Marc Aurèle Mandeng, directeur des activités du courrier et du réseau à la Campost. Il l’a annoncé lors de la conférence annuelle des responsables des services centraux, déconcentrés et structures sous-tutelle du ministère des Postes et télécommunications, tenue à Yaoundé, du 22 au 23 janvier.


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Pour le déploiement «Campost Money», a indiqué M. Mandeng, l’entreprise postale publique a déjà procédé à la signature des conventions de partenariat logistique et financier avec des e-marchands, ainsi qu’à la signature de conventions avec plusieurs entreprises et administrations en vue de l’utilisation du moyen de paiement électronique de Campost.

Pour ce qui est des perspectives, l’entreprise publique envisage de signer des partenariats avec les acteurs de l’économie numérique, mettre en place une plateforme de e-commerce pour intégrer l’ensemble de la chaîne de valeur, mettre effectivement en œuvre le projet Ecom@Africa et développer des produits et services innovants tels que le Mobile-Banking.

 

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