Le 4 juin 2025, Fitch Ratings a abaissé la note de défaut d’émetteur à long terme en devises étrangères d’Afreximbank, la faisant passer de « BBB » à « BBB- », assortie d’une perspective négative. Cette décision a été motivée par une estimation du taux de créances en souffrances de 7,1 %, selon Fitch, contre 2,44 % rapportés par la banque elle-même. Fitch a notamment considéré comme « non productifs » les prêts accordés par Afreximbank à trois pays : le Ghana (2,4 % du portefeuille), le Soudan du Sud (2,1 %) et la Zambie (0,2 %). Une classification que conteste fermement le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), qui y voit une erreur de fond à la fois juridique et analytique.
« L’hypothèse selon laquelle ces pays ne rembourseraient pas leurs prêts est incompatible avec le traité fondateur de 1993, juridiquement contraignant, et avec le statut de ces États en tant que membres fondateurs et actionnaires d’Afreximbank », a indiqué Le bras séculier de l'Union Africaine en charge d'analyser les progrès de gouvernance des pays sur le continent, dans un communiqué publié ce 6 juin 2025.
Lire aussi : Fitch abaisse la note d’Afreximbank évoquant des risques de crédit « élevés »
En effet, indique le MAEP, Afreximbank fonctionne sur un traité multilatéral qui encadre ses opérations selon une logique de coopération intergouvernementale, distincte des mécanismes de crédit commerciaux classiques. Dès lors, la démarche de Fitch ignore les garanties statutaires dont bénéficient les prêts intra-africains au sein de cette architecture institutionnelle. « Ce traitement reflète une mauvaise compréhension de l'architecture de gouvernance des institutions financières africaines et de la nature du financement du développement intra-africain».
L'institution panafricaine pointe également une mauvaise interprétation par Fitch des discussions engagées entre Afreximbank et les pays concernés. Là où l’agence voit une intention de défaut, le MAEP évoque de simples pourparlers techniques sur les modalités de remboursement. Aucun défaut de paiement formel n’a été constaté à ce jour, ni aucune répudiation de dette par les États emprunteurs.
Lire aussi : CEMAC : Afreximbank prépare son premier investissement en FCFA sur le marché régional des titres publics
Dans ce contexte, le MAEP invite Fitch à réviser ses critères d’analyse pour mieux refléter les réalités institutionnelles africaines, et à ouvrir des consultations avec les parties concernées. «Des évaluations de crédit objectives, transparentes et tenant compte du contexte sont essentielles pour garantir un traitement équitable des institutions africaines dans le système financier mondial».
Les critiques du MAEP contre les agences de notation internationales ont poussé cette dernière à lancer un projet de création d'une agence africaine afin de doter le continent d'un instrument "impartial" d'appréciation du risque. Le projet, annoncé pour être opérationnel cette année tarde encore à être mis en place. Les critiques des émetteurs africains vis-à-vis des agences mondiales et la percée que pourrait représenter une agence de notation africaine, ont poussé Moody's à racheter en intégralité l'agence CGR Ratings pour “renforcer sa présence en Afrique”. Ce qui augure une belle concurrence sur un marché africain de la notation financière, alors que les besoins en ressources pour soutenir les projets de développement sont de plus en plus importants.
Lire aussi : Afreximbank : le bénéfice net grimpe de 21% à 215 millions $ au premier trimestre

