Nouvel avis de gros temps pour l’économie congolaise. Le 30 octobre dernier, l’agence Standard & Poor’s a dégradé la note sur les emprunts en devise et de longues maturités du pays, la faisant passer la faisant passer de "B-" à "CCC+". S’agissant des obligations en monnaie locale, le Congo a été rétrogradé de 4 crans à "CC", assortie d’une perspective négative. Le pays est désormais à deux paliers du défaut de paiement sur ses emprunts intérieurs, soit l’une des notes les plus faibles du continent. Cette évaluation traduit surtout la situation d’un émetteur dont le risque de défaillance est élevé.
S&P adosse sa décision au récent Programme national d’optimisation de la Trésorerie (PNOT) annoncé début octobre par les autorités et qui consiste à rééchelonner les obligations du pays sur le marché des titres publics. L'encours des titres publics du Congo à fin septembre s'élevait à 2 314 milliards FCFA (environ 4 milliards de dollars US), pour une maturité moyenne de 3 ans avec 62,7% (1 451 milliards FCFA) du montant qui doit être remboursé d'ici la fin de l'année 2026. Compte tenu des tensions de trésorerie, le pays a donc opté pour un rallongement des maturités question d'améliorer son calendrier d'amortissement et d'alléger la pression sur les finances publiques.
Lire aussi : Cemac : le Congo en défaut de paiement sur le marché des titres publics de la Beac
Pour l’agence britannique de notation, il s’agit d’une opération risquée, car si des obligataires ne souscrivent pas à ce programme et donc souhaitent entrer en possession de leur du dans les délais initiaux, il sera difficile pour le Congo d'honorer le remboursement. « Nous considérons que le Congo serait probablement en défaut de paiement en l'absence d'échange en raison de la capacité limitée du gouvernement à se refinancer sur le marché régional et de ses conditions de liquidité serrées. Plus de 60 % de sa dette émise sur le marché régional (27 % de son stock total de dette en 2023) arrivera à échéance avant fin 2026, reflétant des besoins de financement élevés et des échéances de dette courtes », écrit S&P. L’agence pointe également du doigt les taux de souscription des émissions du Congo qui sont à des niveaux historiquement bas en 2024 à 48 %, ce qui rend difficile tout refinancement sur le même marché.
Même si ce risque ne concerne que les obligations intérieures, l'agence britannique de notation dit avoir abaissé la note sur les emprunts en devise « à cause des pressions sur les liquidités du pays ». Elle menace d'enfoncer davantage le clou à Brazzaville. « Nous pourrions abaisser la note de la monnaie étrangère si les pressions sur les liquidités compromettent gravement la capacité du gouvernement à honorer ses obligations de dette commerciale en devises étrangères, ou si le gouvernement les inclut dans une restructuration de la dette ».
Lire aussi : Titres publics : après un défaut de paiement, le Congo réalise un remboursement de plus de 34 milliards de Fcfa
Selon les prévisions du FMI, la dette publique du Congo s'établira à 94,5 % du PIB en 2024, avec un service de la dette qui capte plus de 60 % des recettes intérieures. Cette année, le pays a éprouvé des difficultés à respecter ses échéances sur le marché interne. En mai, le gouvernement a différé le remboursement de deux obligations à long terme totalisant 630 millions FCFA. En août, un nouveau retard a été constaté sur deux obligations d'une valeur de 30,6 milliards FCFA. Le gouvernement a tenté de justifier ces retards par des "problèmes techniques", mais début octobre, lors de la présentation du projet de loi de finances pour 2025, Ludovic Ngatse, ministre du Budget et des Comptes publics, a admis que la Trésorerie avait une situation "plutôt tendue", évoquant "une gestion complexe des arriérés tant intérieurs qu'extérieurs".

