Ecomatin : Castel Afrique a dépassé les 5 milliards d’euros de chiffres d’affaires Sur quoi repose cette croissance africaine ? La hausse des volumes, des prix ou la montée en gamme ?
Gregory Clerc : Nous venons effectivement de franchir les 5 milliards de chiffre d’affaires. C’est un motif de grande satisfaction pour le groupe et les équipes. Cette croissance témoigne avant tout de la confiance des consommateurs africains et de notre ancrage durable sur le continent. Elle repose sur un ensemble de leviers complémentaires dont la progression des volumes et une montée en gamme de certaines offres.
Cette dynamique est portée par des investissements continus dans nos outils industriels, nos réseaux de distribution, nos marques et nos collaborateurs, mais aussi par les très bonnes performances de marchés clés qui ont fortement contribué à cette croissance.
Et point essentiel à mes yeux : elle traduit l’engagement de nos collaborateurs.
Face à une concurrence croissante des produits importés, nous faisons le choix d’investir localement et de créer de la valeur sur place.
Quelles perspectives de croissance voyez-vous pour le Tchad et le Cameroun, dont vous avez récemment visité les filiales « Boissons Rafraîchissantes du Tchad » et « SABC » ?
Ces visites de terrain sont essentielles. Elles permettent d'échanger avec nos équipes, nos partenaires et nos clients, mais aussi de mesurer le potentiel de développement de ces marchés.
L'Afrique centrale entre dans une nouvelle phase de croissance, portée par une démographie dynamique et des consommateurs de plus en plus attentifs à la qualité et à la sécurité alimentaire. C'est pourquoi nous continuons d'investir durablement dans nos outils industriels et nos réseaux de distribution.
Le Tchad en est un excellent exemple. Les Boissons Rafraîchissantes du Tchad constituent aujourd'hui une référence en matière de qualité et de performance industrielle. Les perspectives restent importantes, notamment dans le développement du verre consigné, des eaux embouteillées et de nouvelles offres de boissons gazeuses. Face à une concurrence croissante des produits importés, nous faisons le choix d'investir localement et de créer de la valeur sur place.
Au Cameroun, la SABC affiche depuis dix ans une croissance moyenne de ses volumes d'environ 4 % par an. Cette dynamique repose sur des investissements soutenus dans nos capacités industrielles et notre réseau de distribution. Sur les trois dernières années, ces investissements ont représenté plus de 10 % du chiffre d'affaires de la filiale, et nous maintiendrons ce niveau d'engagement dans les années à venir, avec notamment la construction d'une nouvelle usine à l'horizon 2028, et dès 2026 avec l’installation de trois nouvelles chaînes de conditionnement (Garoua, Yaoundé et Koumassi), ainsi que de nouvelles stations d’épuration (STEP) à Bafoussam et Ndokoti. Notre maillage est national, et la SABC – contrairement aux concurrents dans le pays – est présente avec des opérations industrielles dans 4 régions : le Littoral, le Centre, l’Ouest et le Nord permettant de couvrir l’ensemble du territoire, avec un portefeuille produits très large (bières, eau, boissons gazeuses, vins, spiritueux mais aussi alcool-mix).
Aucun autre acteur n'est aujourd'hui présent sur autant de segments avec une telle couverture du territoire, reposant également sur notre collaboration avec plus de 200 distributeurs.
J'ai également eu l'occasion de visiter notre centre Castel Care de Yaoundé. Ce programme facilite l'accès aux soins pour nos collaborateurs et leurs familles. C'est une illustration concrète de notre engagement en faveur du bien-être de nos équipes, et je me réjouis de la prochaine ouverture de deux nouveaux centres Castel Care à Ndokoti et Garoua, après celui de Bafoussam fin 2025.
Être élu pour la huitième fois « Meilleure Entreprise Socialement Responsable » au Cameroun est une reconnaissance dont nous sommes fiers, recruter plus de 300 nouveaux collaborateurs au cours des 18 derniers mois témoigne de notre profond investissement dans le pays, et ce qui compte avant tout, c'est l'impact concret de nos actions.
Au-delà des chiffres, notre ambition au Tchad comme au Cameroun est simple : accompagner la croissance de ces marchés en développant une industrie locale performante, créatrice d'emplois et de valeur durable.
Au Cameroun, la SABC affiche depuis dix ans une croissance moyenne de ses volumes d'environ 4 % par an…Notre maillage est national, et la SABC – contrairement aux concurrents dans le pays – est présente avec des opérations industrielles dans 4 régions : le Littoral, le Centre, l’Ouest et le Nord permettant de couvrir l’ensemble du territoire…Aucun autre acteur n'est aujourd'hui présent sur autant de segments avec une telle couverture du territoire, reposant également sur notre collaboration avec plus de 200 distributeurs.

Nous assistons à une montée des acteurs locaux sur le segment des boissons en Afrique, qui viennent concurrencer les grands opérateurs internationaux comme Heineken, AB InBev ou anciennement Diageo. Quel est aujourd’hui le principal avantage compétitif de Castel Afrique dans la sous-région ?
Je ne crois pas que l'enjeu soit d'opposer groupes internationaux et acteurs locaux. La vraie question est de savoir quels sont les acteurs capables de créer durablement de la valeur dans les pays où ils opèrent.
La force de Castel Afrique réside dans son modèle : nous produisons localement, nous investissons dans les capacités industrielles, nous développons les filières d'approvisionnement et nous construisons des réseaux de distribution de proximité.
Au Cameroun, par exemple, la SABC poursuit sa stratégie d'intégration industrielle. Via sa filiale SOCAVER, elle produit déjà les bouteilles en verre et les préformes PET. Depuis début 2026, une grande partie des capsules métalliques est également fabriquée localement, et une nouvelle ligne de production de bouchons plastiques sera mise en service en 2027.
Cette intégration nous permet de renforcer notre compétitivité tout en contribuant au développement du tissu industriel local.
Notre autre force est la qualité. Toutes nos filiales appliquent les meilleurs standards internationaux en matière de sécurité alimentaire, de performance industrielle et d'environnement.
Enfin, notre principal avantage reste humain. Derrière nos résultats se trouvent des milliers de collaborateurs qui connaissent parfaitement leurs marchés et portent au quotidien le développement de nos activités. C'est cette combinaison entre proximité, excellence opérationnelle et vision de long terme qui fait notre différence.
Notre autre force est la qualité. Toutes nos filiales appliquent les meilleurs standards internationaux en matière de sécurité alimentaire, de performance industrielle et d'environnement. Enfin, notre principal avantage reste humain…
Castel se concentre aujourd’hui sur sa propre stratégie de développement sur le segment « Boissons Gazeuses », qu’est-ce qui vous différencie sur le marché au Tchad et au Cameroun ?
Notre différenciation ne repose pas sur un produit ou une marque en particulier ; elle repose sur un modèle. La réussite durable appartient aux entreprises capables de comprendre intimement leurs consommateurs et d'investir localement pour répondre à leurs attentes.
C'est précisément la stratégie que nous déployons au Tchad comme au Cameroun. Nous construisons des marques qui parlent aux consommateurs, nous innovons en permanence pour accompagner l'évolution de leurs goûts et nous produisons localement selon les plus hauts standards internationaux de qualité et de sécurité alimentaire.
Nous sommes capables de développer des marques locales fortes, comme Top, Djino, World Cola ou Youzou au Tchad, tout en valorisant au Cameroun un portefeuille particulièrement riche associant des références internationales à des marques profondément ancrées dans les habitudes de consommation. Cette diversité nous permet d'être présents sur tous les moments de consommation et de répondre à une grande variété d'attentes.
Mais la véritable différence se joue ailleurs. Elle réside dans notre capacité à être au plus près du terrain. Grâce à un réseau industriel et logistique sans équivalent, nous assurons une disponibilité optimale de nos produits et entretenons une relation quotidienne avec les consommateurs et les distributeurs. Cette proximité nourrit notre capacité d'innovation et nous permet d'adapter rapidement nos offres, nos formats et nos recettes aux évolutions du marché.
Nous faisons également le choix d'investir continuellement dans la qualité et dans l'expérience consommateur. Qu'il s'agisse du développement du verre consigné, des emballages PET ou de l'amélioration constante de nos processus industriels, notre objectif est toujours le même : offrir des produits fiables, accessibles et en parfaite adéquation avec les attentes de nos marchés.
Enfin, notre plus grand avantage est sans doute le lien de confiance que nous avons construit au fil des décennies. Nos marques font partie du quotidien de plusieurs générations de consommateurs et s'inscrivent dans la vie économique et sociale des pays où nous opérons.
Nous sommes capables de développer des marques locales fortes, comme Top, Djino, World Cola ou Youzou au Tchad, tout en valorisant au Cameroun un portefeuille particulièrement riche associant des références internationales à des marques profondément ancrées dans les habitudes de consommation. Cette diversité nous permet d'être présents sur tous les moments de consommation et de répondre à une grande variété d'attentes.
Le Groupe Castel, via sa filiale agri-business Somdia, est un acteur majeur du local content au Tchad et au Cameroun. Quelles synergies souhaitez-vous développer entre ces deux activités ?
Les synergies entre Somdia et Castel Afrique reposent sur une ambition simple : renforcer les chaînes de valeur locales en rapprochant production agricole, transformation industrielle et distribution.
Au Tchad, cette logique est déjà à l'œuvre. La CST assure l'essentiel de la production sucrière du pays et contribue directement à sa sécurité alimentaire. Nous avons également participé au développement de la filière riz en accompagnant plus de 1 000 producteurs dans l'amélioration de leurs rendements et de la qualité de leur production.
Au Cameroun, cette stratégie passe notamment par le développement d'intrants produits localement et par des investissements dans l'amont agricole. Le projet de mise en culture irriguée de 2 500 hectares de maïs illustre cette volonté de sécuriser les approvisionnements tout en contribuant à la modernisation de l'agriculture.
Nous travaillons également avec près d'un millier de fournisseurs locaux, qui représentent déjà environ la moitié de nos achats. Notre objectif est de les accompagner dans leur montée en compétence et leur développement. Au fond, notre conviction est simple : une industrie forte se construit avec une agriculture forte et un écosystème local solide. C'est cette vision intégrée qui guide nos investissements.
Dans dix ans, j'aimerais que l'on dise que Castel Afrique a contribué à faire émerger une industrie plus forte, plus innovante, plus responsable et plus créatrice de valeur pour l'Afrique.
La Sosucam fait actuellement l’objet de beaucoup d’interrogations quant à une prochaine vente et donc un retrait du Groupe Castel, via sa filiale Somdia, de cette entreprise agri-industrielle au Cameroun. Qu’en est-il exactement ? Doit-on en déduire que le Groupe Castel souhaite se désengager de l’agri-business ?
Nous avons effectivement informé l’État camerounais de la volonté de notre filiale Somdia de céder sa participation au sein de la Sosucam. Toutefois, notre priorité à court terme est de construire une solution positive, pérenne et équilibrée permettant de préparer sereinement la prochaine campagne et ce, en étroite concertation avec les autorités.
Notre démarche s’inscrit dans une logique de partenariat et de responsabilité partagée, avec pour objectif de préserver les intérêts de l’ensemble des parties prenantes et de garantir les meilleures perspectives pour l’avenir de l’entreprise et des collaborateurs.
Par ailleurs, le Groupe Castel entend poursuivre ses activités d’agri-business à travers Somdia. Notre engagement dans ce secteur demeure fort et s’inscrit dans la durée. En témoignent l’ouverture de notre première distillerie au Congo en juin 2025, ainsi que la récente inauguration de notre nouvelle distillerie en Côte d’Ivoire, sur notre site de Ferké.
Ces investissements illustrent la conviction du Groupe Castel quant à la pertinence et au potentiel de la valorisation des chaînes de valeur locales. Nous poursuivrons nos efforts pour contribuer au développement des filières agricoles et au renforcement de la souveraineté alimentaire dans les pays où nous sommes présents.
Somdia a informé l'État camerounais de sa volonté de céder sa participation au sein de la Sosucam. Toutefois, notre priorité à court terme est de construire une solution positive, pérenne et équilibrée permettant de préparer sereinement la prochaine campagne, en étroite concertation avec les autorités.

Pour conclure, quelle est votre vision de Castel Afrique dans les dix prochaines années au Tchad et au Cameroun, et plus largement dans la sous-région ?
La vision pour les dix prochaines années est claire : faire de Castel Afrique l'un des grands champions industriels et agroalimentaires du continent, reconnu autant pour sa performance économique que pour sa contribution au développement des pays où il est implanté.
Le Tchad et le Cameroun occupent une place centrale dans cette ambition. Ce sont deux marchés à fort potentiel, portés par une démographie dynamique et une demande de plus en plus exigeante en matière de qualité et de sécurité alimentaire. Nous avons confiance dans leur avenir et c'est pourquoi nous continuerons d'y investir massivement.
Notre stratégie est celle du temps long. Notre vision va bien au-delà de la croissance des volumes ou des parts de marché. Nous voulons contribuer à bâtir des écosystèmes industriels solides, en développant les filières agricoles, les fournisseurs locaux, l'économie circulaire et les compétences qui permettront à nos pays partenaires de créer davantage de valeur sur leur propre territoire.
Le Tchad et le Cameroun illustrent déjà cette démarche. Dans les deux pays, nous investissons simultanément dans nos usines, dans les infrastructures logistiques, dans les chaînes d'approvisionnement locales, dans la santé et le développement de nos collaborateurs, ainsi que dans des initiatives environnementales et sociétales qui renforcent durablement notre ancrage. Cette cohérence d'action traduit une conviction profonde : la performance économique n'est durable que lorsqu'elle crée un impact positif pour l'ensemble de son écosystème.
Je suis également convaincu que les frontières économiques de demain seront moins nationales que régionales. Notre ambition est donc de renforcer les synergies entre nos différentes filiales afin de partager les savoir-faire, d'accélérer l'innovation et de construire un modèle industriel africain toujours plus intégré, plus résilient et plus compétitif.
Depuis plus de soixante ans, nous faisons le choix d'investir avec constance, y compris dans des environnements parfois complexes, parce que nous croyons profondément au potentiel de cette sous-région et à la capacité de ses femmes et de ses hommes à bâtir une croissance durable.
Dans dix ans, j'aimerais que l'on dise que Castel Afrique a contribué à faire émerger une industrie plus forte, plus innovante, plus responsable et plus créatrice de valeur pour l'Afrique.

