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Banques et Finance

Offre publique de vente d'actions: pourquoi l’opération de BGFIBank patine

BGFI Holding Corporation, la maison mère de BGFIBank, a prolongé jusqu’au 7 février 2025 son appel public à l’épargne, faute d’avoir mobilisé les 125,88 milliards FCFA recherchés. EcoMatin analyse les raisons.

Publiée mardi 6 janvier 2026 à 19:46:37Modifiée mercredi 7 janvier 2026 à 09:59:52Temps de lecture 6 minPar Cedrick JIONGO

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BGFI Holding Corporation (BHC) n’a finalement pas bouclé, à la date prévue du 24 décembre, l’opération d’ouverture de son capital au public lancée le 10 novembre. Dans un communiqué, la holding qui contrôle le réseau BGFIBank a annoncé la prorogation de la période de souscription de six semaines, jusqu’au 7 février 2025, en vue « d’offrir une opportunité supplémentaire aux investisseurs (…) tout en tenant compte des contraintes opérationnelles et calendaires propres au marché ». Dans le fonds, ce report signifie simplement que le groupe n’est pas parvenu à mobiliser, l’intégralité des 125,88 milliards FCFA recherchés pour augmenter de 10% son capital social. 

Une petite surprise au regard de la qualité et de la notoriété de l’émetteur. BGFIBank est, en effet, le premier groupe bancaire de la zone CEMAC (Cameroun, Gabon, Tchad, RCA, Congo, Guinée Équatoriale) et opère aujourd’hui dans douze pays africains, ainsi qu’en Europe. Sur le plan financier, le groupe affiche des indicateurs solides. Son total de bilan avoisinait les 6 000 milliards FCFA en 2024, pour un résultat net estimé à 122 milliards FCFA, selon les dernières données disponibles. À moyen terme, l’établissement vise un total de bilan de 8 000 milliards FCFA à l’horizon 2030, porté par de nouveaux déploiements dans ses pays d’implantation. Pour sa levée de fonds, qui doit conduire à son introduction en Bourse (BVMAC), BHC s’est appuyée sur un syndicat de placement étoffé, composé de 29 sociétés de bourse et banques, avec l’objectif de toucher un large éventail d’investisseurs institutionnels et privés. 

Faible profondeur du marché

L’opération est loin d’être terminée et plusieurs experts du marché contactées par EcoMatin estiment que BHC mobilisera au moins 90% de l’enveloppe à la clôture du nouveau délai. Mais ce report pour un émetteur de la taille de BGFI, interroge sur le potentiel réel du marché financier de la CEMAC. Avec 125,88 milliards FCFA recherchés, BGFI Holding Corporation est la première entreprise à solliciter une telle enveloppe dans le cadre d’un appel public à l’épargne en actions dans la sous-région. « Le marché n’a pas encore la capacité d’absorber un volume de cette taille en capital », lance un membre du syndicat de placement sous anonymat. Contrairement aux émissions obligataires, généralement largement souscrites par les banques, l’opération porte ici sur des titres de participation. Un facteur structurant. « Une banque n’a pas vocation à financer le développement d’un groupe bancaire concurrent », explique notre interlocuteur.

Dans ces conditions, la collecte repose principalement sur les investisseurs institutionnels, les assureurs, les entreprises et les particuliers, un univers naturellement plus restreint. « Sur ce segment, la réussite de l’opération suppose un important travail de pédagogie et de conviction », souligne un autre acteur du marché, évoquant un déficit persistant d’éducation financière dans la sous-région, qui a pesé sur le rythme des souscriptions.

Un rendement jugé peu attractif à court terme

Autre point de friction relevé par certains agents placeurs, c’est le rendement du titre. Contrairement aux obligations, qui offrent des intérêts réguliers versés à échéances fixes, la rémunération de l’action dépend essentiellement des dividendes, distribués uniquement en cas de résultats bénéficiaires, et de la perspective de plus-value à long terme.

Lire aussi : CEMAC : la BEAC opte pour le statu-quo monétaire malgré un ralentissement de la croissance à 2,5%

Dans ce cadre, les projections de dividendes ont suscité des interrogations. Sur la base d’un prix d’introduction fixé à 80 000 FCFA, le groupe anticipe un dividende net par action de 1 893 FCFA en 2026, 2 167 FCFA en 2027 et 3 025 FCFA à l’horizon 2030. Des niveaux jugés modestes par certains investisseurs. « En termes de rendement immédiat, certaines valeurs cotées à la BVMAC offrent aujourd’hui de meilleures perspectives», observe un agent placeur, citant notamment des titres comme Socapalm ou SCG-Ré. D’autres intermédiaires défendent toutefois une lecture plus patrimoniale. « Nous conseillons à nos clients d’investir sur la durée. Avec le plan de développement annoncé, une plus-value significative est envisageable sur cinq ans », souligne un conseiller financier, évoquant un potentiel de valorisation supérieur à 50 % à moyen terme.

Plafond de souscription
Au-delà de la taille de l’opération, les conditions de souscription ont également pesé sur la dynamique de la collecte. Dans sa configuration initiale, l’offre limitait la souscription des investisseurs institutionnels à un plafond de 630 millions FCFA par investisseur. Cette clause, introduite par l’émetteur, visait à éviter une concentration du capital entre quelques grands porteurs et à élargir la base actionnariale. Mais dans les faits, cette stratégie s’est révélée contre-productive. « Plusieurs investisseurs estimaient que le plafond était trop bas au regard de la taille de l’opération », confie un membre du syndicat de placement. Face à ces réticences, la holding a finalement levé cette restriction afin de permettre à certains investisseurs d’augmenter leur exposition. 

À cela se grèffent les dernières actualités au sein de la gouvernance du groupe BGFIBank qui ont probablement suscité des réserves. Le cumul passé des fonctions de président-directeur général du groupe et de ministre de l’Économie du Gabon par Henri-Claude Oyima a alimenté des interrogations, malgré son départ du gouvernement. « Le marché s’interroge sur la capacité du groupe à maintenir la même dynamique sans cette figure centrale », confie un analyste.

Lire aussi : Introduction en bourse de BGFI Holding : les souscriptions démarrent le 11 novembre 2025

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