Le Cameroun est en passe de franchir un nouveau cap dans sa stratégie de développement de la filière coton. Au cours de la conférence de haut niveau sur le Partenariat pour le coton (PPC), tenue le 25 mars à Yaoundé, le pays a renforcé son positionnement en vue d’intégrer le C4+, instance qui regroupe les principaux producteurs africains de coton.
Cette dynamique intervient alors que la 14ᵉ Conférence ministérielle de Organisation mondiale du commerce (OMC), qui se déroule actuellement dans la capitale camerounaise (26-29 mars), met en lumière la nécessité pour les pays africains de capter davantage de valeur ajoutée. Le C4+ désigne un bloc composé du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad (C4), élargi à la Côte d’Ivoire en tant que membre associé. Depuis plus de quinze ans, ces pays coordonnent leurs positions au sein de l’OMC pour défendre les intérêts de la filière cotonnière africaine, notamment face aux subventions des grandes puissances.
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Avec le PPC, lancé en 2024, l’ambition dépasse désormais le simple plaidoyer commercial. « L’idée est d’exporter moins de coton brut et de conserver une part beaucoup plus importante de la valeur ajoutée », indiquent les promoteurs de l’initiative.
L’intégration au C4+ offrirait plusieurs avantages au Cameroun. D’abord, un accès facilité à des financements structurants, alors que les partenaires du PPC envisagent de mobiliser jusqu’à 5 milliards de dollars (2 841 milliards FCFA) d’investissements privés sur dix ans. Ensuite, un appui technique et institutionnel à travers un consortium réunissant l’OMC, l’ONUDI, l’ITC, ainsi que des institutions financières comme Afreximbank et la Banque africaine de développement.
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De plus, cette intégration permettrait au Cameroun de s’insérer dans des chaînes de valeur régionales, allant de la production de fibre à la confection textile, tout en renforçant son poids diplomatique dans les négociations commerciales internationales.
Une adhésion longtemps freinée
Pour mémoire, le Cameroun avait officiellement exprimé, dès 2024, son intérêt pour rejoindre le C4+. Mais cette démarche s’est heurtée à des réticences des pays fondateurs. Selon une source à la Sodecoton, ces derniers privilégiaient une consolidation du noyau initial, après l’intégration progressive de la Côte d’Ivoire comme membre observateur.
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Toutefois, la séquence de Yaoundé semble marquer un tournant. Le pays apparaît désormais comme un candidat crédible, notamment en raison des investissements en cours dans la transformation locale. Le Cameroun bénéficie en effet de plusieurs initiatives visant à renforcer sa chaîne de valeur coton-textile. Le fonds d’investissement Arise Integrated Industrial Platforms développe des projets industriels, notamment à travers la relance de la Cicam. De son côté, Afreximbank travaille à la mise en place d’une plateforme de financement dédiée à la transformation du coton en Afrique, incluant le Cameroun.
À cela s’ajoute un projet industriel d’une centaine de milliards FCFA porté par la Caisse nationale de prévoyance sociale, en partenariat avec Arise, visant à développer les capacités de transformation locale sur plus de 100 hectares, avec une usine dédiée aux produits dérivés du coton. Ces initiatives s’inscrivent dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030, qui vise à transformer localement au moins 50 % du coton produit et à porter la production nationale à 600 000 tonnes.
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Malgré ce potentiel, la filière reste confrontée à plusieurs défis. La Sodecoton, principal acteur du secteur, a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 223,35 milliards FCFA, pour un bénéfice net de 5,49 milliards FCFA. Les exportations de coton brut ont généré 177,2 milliards FCFA, soit 5,4 % des recettes totales du pays. Cependant, l’essentiel de la production est encore exporté à l’état brut, à l’image de la région C4+, où près de 98 % du coton est vendu sans transformation locale. Cette situation limite fortement la création de valeur et d’emplois.
Par ailleurs, la filière subit les effets du changement climatique, la volatilité des prix internationaux et des contraintes structurelles (coûts énergétiques, logistique, accès au financement). Dans ce contexte, l’intégration au C4+ apparaît comme une opportunité stratégique pour repositionner le Cameroun dans une dynamique régionale visant à faire de l’Afrique de l’Ouest et centrale un pôle textile compétitif.
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