La capture et l'exfiltration du président vénézuélien est un véritable séisme géopolitique, dont l'épicentre se situe en Amérique latine, avec des ondes de choc qui menacent de déstabiliser les économies des pays émergents. Pour le Cameroun, cette crise ne saurait être un bruit de fond lointain, mais davantage une alerte sur la stabilité des marchés, la sécurité énergétique et le coût de sa propre souveraineté économique.
Ce dangereux précédent est en effet lourd de sens et de conséquences. Il consacre le retour d'une diplomatie de la force brute et de l'extraterritorialité absolue du droit américain. Géopolitiquement, cet acte accélère la fragmentation du monde en deux blocs antagonistes : d’un côté l'Occident qui espère toujours maintenir sa suprématie sur la gestion des affaires du monde et de l'autre le « Sud Global » articulé autour des BRICS qui, de fait, tiennent l’économie mondiale. Si Washington invoque la lutte contre le narcoterrorisme pour justifier la « capture » du président vénézuélien Nicolas Maduro, Caracas et ses principaux alliés chinois, russes ou iraniens dénoncent un acte de guerre et une violation flagrante de la Convention de Vienne. La Russie et la Chine, partenaires clés du Venezuela, pourraient alors interpréter cette action comme une ligne rouge franchie, augmentant le risque de représailles asymétriques, comme on l’a remarqué ces derniers temps, avec des cyberattaques, des blocages maritimes ou des guerres par procuration.
Ce d’autant que le Président américain Donald Trump, dans le style ampoulé qu’on lui connaît, n’a pas rassuré lors de sa conférence de presse du 3 janvier 2026, lui qui a annoncé que les Etats-Unis allaient désormais diriger le Vénézuéla et gérer la manne pétrolière. Une position qui a le mérite de heurter de plein fouet des intérêts vitaux d’un pays comme la Chine qui a fortement investit dans le secteur dans ce pays d’Amérique latine.
Le paradoxe pétrolier camerounais
Pour un pays comme le Cameroun, cette polarisation réduit la marge de manœuvre diplomatique et impose un alignement forcément risqué. Le Venezuela est la clé de voûte de cette inquiétude économique. Assis sur les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde avec plus de 300 milliards de barils, soit 20% des réserves mondiales de l’or noir, l'instabilité politique dans ce pays va alimenter immédiatement la flambée du cours du Brent. Une situation qui va placer le Cameroun dans une position délicate. Comment ? Une hausse du baril va certes augmenter les recettes d'exportation du brut camerounais. Mais ces recettes seront englouties dans la facture des importations des produits raffinés, notamment l’essence et le gasoil. Depuis l'incendie de la SONARA, notre pays est devenu importateur net de ces produits. Toute flambée des cours mondiaux va se répercuter mécaniquement sur le coût des importations, faisant redouter une pression insoutenable sur la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures (CSPH). L'État devra alors choisir entre laisser les prix à la pompe s'envoler, s’exposant à un risque social majeur qu’il ne peut se permettre, ou creuser le déficit budgétaire pour subventionner le carburant, réorientant ainsi des fonds destinés au financement des infrastructures programmées dans le cadre de la SND30.
Au-delà du pétrole, l'incertitude géopolitique pousse traditionnellement les investisseurs vers les valeurs refuges que sont le dollar et l’or, délaissant les actifs risqués des pays émergents. Bien plus, le renforcement du dollar face à l'euro auquel le FCFA est arrimé renchérira automatiquement la dette extérieure du Cameroun libellée en dollars, ainsi que toutes les importations facturées en devise américaine.
Dans ce climat mondial anxiogène, les taux d'intérêt sur les marchés internationaux vont avoir tendance à grimper. Pour le Cameroun, qui recourt régulièrement aux eurobonds ou aux prêts commerciaux pour financer la construction des routes et des barrages hydroélectriques, le coût de l'argent va augmenter. Ce qui pourrait freiner les grands chantiers en cours ou envisagés.
Souveraineté des Etats à l'épreuve
L'arrestation d'un chef d'État en exercice par une puissance étrangère fragilise le principe de souveraineté des Etats, pilier de l'Union Africaine. Cela envoie un signal négatif aux marchés qui comprennent désormais que la stabilité politique des pays du Sud est précaire et dépend du bon vouloir des grandes puissances. Cette perception accroît le risque pays évalué par les agences de notation comme Fitch et Moody's, rendant l'attraction des investissements directs étrangers (IDE) plus difficile pour des pays comme le Cameroun.
Même si le Cameroun ne partage pas de frontière avec le Venezuela, il partage quelque-chose de plus important : son écosystème économique mondialisé. Cette crise démontre l'urgence pour Yaoundé d'accélérer sa stratégie d’import-substitution, afin de réduire son exposition aux chocs exogènes. Dans un monde où le droit international s'effrite au profit des rapports de force, la meilleure défense du Cameroun reste la consolidation de la diversification de son économie, pour la rendre moins dépendante des fluctuations du dollar et des hydrocarbures, et une diplomatie agile, capable de naviguer dans un océan géopolitique devenu tempétueux.



