Au Cameroun, la crise qui secoue le secteur aurifère depuis fin 2025, après les révélations de l’ITIE sur des écarts entre les exportations d’or et les déclarations officielles, voit émerger une nouvelle pression avec l’entrée de la société civile dans le débat. Le 8 mai à Yaoundé, la Coalition camerounaise Publiez Ce Que Vous Payez (PCQVP-Cameroun), qui regroupe une vingtaine d’organisations dont Transparency International Cameroon et Développement Sans Frontières, a dénoncé « l’impunité des entreprises étrangères et fantômes » dans l’exploitation artisanale semi-mécanisée de l’or dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Cette sortie intervient une semaine après la visite de trois jours du ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt), Fuh Calistus Gentry, sur plusieurs sites aurifères de Batouri, Bétaré-Oya, Zembe et Kambélé.
Dans une note transmise aux médias, la coalition estime que « la nécessité pour un membre du gouvernement de se déplacer en personne pour constater des infractions flagrantes est la preuve ultime de la faillite du système de contrôle et de la complicité à haut niveau », dans un contexte marqué par les révélations sur les écarts entre les exportations et les déclarations officielles d’or.
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Contacté par EcoMatin, Dupleix Kuenzob, co-coordonnateur de PCQVP-Cameroon, précise que par « impunité », la coalition entend « l’absence d’application effective des sanctions tant administratives que pénales prévues par le cadre légal et réglementaire camerounais face à des infractions documentées ou constatées ». Il cite notamment les dispositions du Code minier de 2023 imposant la constitution en société de droit camerounais pour exercer l’exploitation semi-mécanisée, la réalisation d’études d’impact environnemental et social, la réhabilitation des sites après exploitation ainsi que l’interdiction de certains produits chimiques. « Les données disponibles montrent un écart significatif entre la loi et la pratique », affirme-t-il, évoquant des rapports du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), du FODER et du processus ITIE.
Plaidoyer
Selon la coalition, le phénomène des « entreprises fantômes » résulte également d’une absence de maîtrise des acteurs opérant dans l’exploitation semi-mécanisée. Certaines entités exploiteraient des sites sans visibilité sur leurs bénéficiaires effectifs ni traçabilité de leur production. La plateforme plaide ainsi pour « un dialogue permanent entre l’État, les miniers et les populations locales ». Au Cameroun, la production officielle d’or issue de l’exploitation artisanale semi-mécanisée déclarée par la Société nationale des mines (SONAMINES) a atteint 952,77 kg en 2023, en hausse de 11 % sur un an, selon le rapport ITIE Cameroun 2023. Batouri a concentré 41,45 % des volumes déclarés, devant Kette (21,33 %), Bétaré-Oya (18,83 %) et Ngoura (11,47 %).
La sortie des organisations de la société civile intervient alors que le gouvernement a engagé depuis plusieurs semaines une opération d’assainissement du secteur aurifère artisanal semi-mécanisé dans l’Est. Le 13 mai, le Minmidt a indiqué avoir identifié « environ 200 sociétés illégales » dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, « dont plus de 95 % d’entreprises étrangères », quelques jours après avoir annoncé la fermeture de 175 sites illégaux le 29 avril. Le ministère a appelé les opérateurs ne disposant pas de titres miniers valides à cesser immédiatement leurs activités et à démanteler leurs installations, faute de quoi les opérations seraient réalisées « à leurs frais » par l’administration et les forces de maintien de l’ordre.
Une liste de plusieurs dizaines de sociétés opérant notamment à Batouri, Ngoura et Garoua-Boulaï a été publiée par le ministère. Les autorités ont également instauré de nouvelles exigences, dont une caution environnementale de 63 millions de FCFA pour 21 hectares, l’obligation de migrer vers un système d’exploitation « à vase clos » dans un délai de six mois, ainsi que la délimitation d’un espace d’environ 3 000 km² destiné à l’exploitation artisanale de l’or.
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En parallèle, une enquête diligentée par la présidence de la République depuis décembre 2025 se poursuit afin d’identifier les réseaux impliqués dans les circuits informels de commercialisation de l’or et d’établir les responsabilités.
La crise actuelle intervient dans un contexte plus large de pression sur le secteur extractif camerounais. Le Cameroun a été suspendu du processus ITIE pour insuffisances dans la mise en œuvre des exigences de transparence, tandis que les autorités cherchent à accroître les recettes minières dans un contexte d’érosion progressive des revenus pétroliers et de recherche de nouvelles sources de devises. Selon l’expert minier Bareja Youmssi, la problématique dépasse les seules régions de l’Est et de l’Adamaoua et concerne également des activités d’exploitation de carrières et de granites dans d’autres régions du pays. Pour Eric René Etoga Fouda, juriste environnementaliste et responsable des programmes Industries extractives au Centre pour l’Environnement et le Développement, les tensions actuelles traduisent surtout « une crise de gouvernance et de traçabilité ».
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