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Organisations financières internationales : le temps des femmes

Au moment où il est toujours décrié la disparité professionnelle entre hommes et femmes , notamment au niveau du leadership des grandes organisations internationales, EcoMatin présente trois femmes dont les décisions pourraient bientôt influencer la marche de l’économie africaine en général et celle de l’économie camerounaise en particulier. Il s’agit de Christine Lagarde, désormais à la tête de la Banque centrale européenne, Kristalina Georgieva, qui se positionne au FMI et Ursula Von der Leyen à la présidente de la Commission européenne.

Christine Lagarde, première femme à prendre la tête de la Banque centrale européenne

Christine Lagarde a fait carrière en brisant les plafonds de verre dans les couloirs de la finance internationale. Imposant un style empreint de féminisme, elle s’apprête maintenant à prendre les rênes de la Banque centrale européenne (BCE). Première à occuper le poste de ministre français de l’Economie et des Finances (2007–2011) sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde fut aussi la première femme à être nommée, en 2011, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Le magazine Forbes l’avait consacrée en 2018 troisième femme la plus puissante au monde. Un an plus tard, à 63 ans, Christine Lagarde, reconnaissable à ses cheveux courts argentés, ses vêtements haute-couture et son large sourire, va devenir la première femme à prendre la tête de la prestigieuse BCE pour huit ans. Offrant le visage consensuel d’une femme végétarienne, sportive, non fumeuse, elle a pourtant dû convaincre les sceptiques à son arrivée à Washington (c’est une politique pas une économiste) et redorer le blason de l’institution. Quand elle arrive en 2011, elle trouve en effet un FMI traumatisé par le scandale sexuel qui a emporté son chef, un autre Français, Dominique Strauss-Kahn. Et, l’institution est au cœur de la gestion des répliques de la grande récession. Elle a aussi mis davantage en avant les problématiques sociales. Sur son rapport avec le continent noir, pour bien des membres du personnel du Fonds, sa priorité n’était pas l’Afrique, mais l’Europe qui, la crise grecque aidant, était le patient malade de la planète. Elle se souciait aussi beaucoup de la Chine dont la formidable émergence pouvait déstabiliser le multilatéralisme, si on ne lui faisait pas une place au centre du jeu mondial.


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Du Cameroun à la Tunisie et du Sénégal au Kenya, elle est allée répétant que l’Afrique était formidable, qu’elle croissait aussi vite que la Chine, qu’elle avait des potentialités pour devenir un acteur essentiel de l’économie internationale. Mais à condition de surveiller ses déficits et sa dette, de mieux collecter ses impôts, de lutter contre la corruption et de diversifier une économie encore trop centrée sur l’exportation de matières premières brutes aux cours fluctuants. Plutôt portée sur les questions sociales qui ne font pourtant pas partie des missions du FMI, elle s’est pourtant fortement investie dans la crise de la CEMAC au bord de la catastrophe fin 2016 et menacée d’une dévaluation de son FCFA. Elle a secoué les six gouvernements concernés pour qu’ils soient solidaires et courageux face à la dégradation de leurs comptes due à la chute des cours de leurs matières premières d’exportation. Malgré pas mal d’atermoiements, le redressement est en cours.

Kristalina Georgieva, candidate à la direction du FMI
Les États-membres se sont finalement mis d’accord sur la candidature de l’actuelle numéro deux de la Banque mondiale, au terme d’âpres négociations. La Bulgare, soutenue par la France et les États-Unis, doit encore faire campagne pour décrocher ce poste clé de l’économie mondiale. Depuis l’après-guerre, la tradition n’a jamais été démentie. Un Européen prend la direction générale du FMI ; tandis qu’un Américain prend la tête de la Banque mondiale. Encore faut-il que les Européens en question se mettent d’accord. Voilà qui est fait, après de longues tractations, en la personne de la Bulgare Kristalina Georgieva, 66 ans, qui devrait donc, selon toute vraisemblance, succéder à la française Christine Lagarde. Soutenue par l’Etat français, elle a obtenu l’appui de 56% des pays représentant 57% de la population de l’UE. Docteure en économie, directrice générale de la Banque mondiale. Kristalina Georgieva a même été élue commissaire européenne de l’année en 2010. Elle s’occupait alors de coopération internationale et d’aide humanitaire.


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Pour accéder à la tête du FMI, la Bulgare, surnommée « Action woman », a bénéficié du soutien des pays de l’Est, qui reprochent régulièrement à l’UE de ne leur laisser que de rares places au sein des grandes institutions de l’Union. Sa candidature apparaît parfaitement légitime. « Elle a toutes les compétences, l’expérience et la crédibilité internationale » pour le poste, a souligné le ministre français de l’économie, Bruno Le Maire à l’issue de la procédure de vote qui lui a été favorable, vendredi 2 août. Professeur d’économie à l’Université de Sofia, elle est autrice d’une thèse sur « La politique de protection de l’environnement et la croissance économique aux États-Unis », elle obtient la possibilité de faire un an d’études postdoctorales outre-Atlantique, au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT). Puis, elle rejoint la Banque mondiale en 1993, l’année de ses quarante ans.


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Rien n’est gagné. Les 189 pays membres du FMI feront leur choix d’ici au 4 octobre. Entre-temps, Kristalina Georgieva devra surmonter quelques difficultés, à commencer par celle de son âge, qui ne jouera pas en sa faveur. En principe, les prétendants au poste ne peuvent pas avoir plus de 65 ans. Or, la Bulgare en aura 66 ans le 13 août prochain. Il lui faudra donc obtenir une dérogation.

Ursula Von der Leyen : première présidente de la Commission européenne

L’Allemande de 60 ans, proche d’Angela Merkel, succédera en novembre au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Elle promet de mettre la lutte contre le réchauffement climatique au cœur de son mandat. C’est une première pour l‘Union européenne. Les eurodéputés ont choisi une femme pour prendre la tête de la Commission européenne : il s’agit de l’Allemande Ursula von der Leyen. Elle a été élue ce mardi, au sein du Parlement européen à Strasbourg, par 383 voix pour mais 327 contre et 22 abstentions. Elle succède au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. « C’est une grande responsabilité et mon travail commence maintenant », a souligné la présidente élue. Ursula von der Leyen ne sera pas perdue à Bruxelles. Elle y est née et y a passé, avec ses six frères et sœurs, une partie de son enfance. Son père, Ernst Albrecht, a exercé durant sa carrière de hautes fonctions dans les services de la Commission. Cette enfance lui vaut une très bonne maîtrise du français. Elle s’exprime également en anglais et en allemand, n’hésitant pas à les alterner lors de ses prises de paroles.


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Cette nomination lui offre une porte de sortie vers le haut du ministère de la Défense, poste très complexe en Allemagne et où elle aura vu son étoile pâlir après une première partie de carrière politique débutée tardivement mais marquée notamment par un passage remarqué au ministère des Affaires familiales, où elle n’a pas hésité à aller à l’encontre des conservateurs de son parti en instaurant un congé de paternité rémunéré. Elle peut désormais préparer activement son mandat, qu’elle promet volontaire et « audacieux », avec en particulier une volonté affichée de faire de la lutte contre le réchauffement climatique sa « priorité ». Après avoir insisté lors de son discours sur sa condition de femme, avec notamment un hommage appuyé à Simone Weil, elle promet de bâtir le premier collège de commissaires « paritaire » de l’histoire.
Toutefois Ursula von der Leyen peut noter une première ombre à son tableau. Elle est élue avec une courte majorité de neuf voix. L’Allemande a rassemblé une coalition de trois familles politiques : les Chrétiens-démocrates, les Sociaux-démocrates et les Libéraux. Mais son score suggère des divisions au sein de chaque groupe. Il lui faudra maintenant surmonter ces fractures lors de la constitution de sa Commission.

La Rédaction EcoMatin

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