La COBAC, le régulateur bancaire dans la zone CEMAC a donné son feu vert pour le déploiement par Commercial Bank Cameroun (CBC) d’un service de paiement baptisé « Wave», développé en partenariat avec la société Wave Transfer S.A. De source interne à CBC, cette entreprise est contrôlée par la start-up américaine Wave bien connue pour sa mascotte en forme de petit pingouin, s’est rapidement imposée en Afrique de l’Ouest grâce à une offre mobile money disruptive.
D’après la décision signée le 11 juin 2025 par Yvon Sana Bangui, président de la COBAC, le service permettra d’effectuer un large éventail d’opérations : « les dépôts et les retraits d'espèces, le transfert de personne à personne, le paiement marchand, le paiement de factures, le paiement de masse, transfert entre portefeuille mobile et le compte bancaire, la consultation de solde, le transfert international entrant, ainsi que l'achat de crédit de communication ».
Lire aussi : Mobile money: le Cameroun dépasse la barre des 24 000 milliards FCFA de transactions en un an ; un record !
Il convient de noter que les prestations autorisées entrent dans les catégories prévues aux alinéas 1, 2b et 2c de l’article 3 du règlement COBAC relatif aux services de paiement. En revanche, l’émission et la gestion de monnaie électronique (alinéa 6) ne sont pas couvertes par cette autorisation. En clair : Wave n’est pas encore autorisée à proposer un service de "mobile money" à part entière, mais plutôt un ensemble de services de paiement adossés à CBC. La solution ne sera donc déployée qu’auprès de la clientèle de cet établissement de crédit.
Cette autorisation intervient près d’un an après le dépôt du dossier auprès du régulateur. Le 25 juillet 2024, le Secrétariat général de la COBAC avait officiellement demandé sollicité l’avis technique de la BEAC, qui l’a ensuite transmis dans une note technique datée du 3 mars 2025. Dans ce document, la BEAC estime qu’il n’existe pas « d’insuffisances bloquantes » empêchant la mise en place du service de paiement Wave. Elle précise également que le projet respecte bien les règles en matière d’interconnexion et d’interopérabilité des systèmes de paiement dans la zone CEMAC (règles fixées par une instruction du Gouverneur de la BEAC de 2018). L’institution avait donc donné son avis favorable (appelé "avis de non-objection"), avant que le régulateur ne prenne le relai pour autoriser l’activité.
Lire aussi : Orange Money décroche le tout premier agrément d’établissement de paiement au Cameroun
Un marché dynamique et concurrentiel
L’arrivée de Wave sur le marché camerounais réveille l’intérêt pour un secteur ultra-concurrentiel, où les deux mastodontes MTN et Orange dominent depuis des années. À coté d’eux des banques comme Afriland First Bank (Sara) ou UBA (M2U) disposent aussi de leurs propres solutions. La tentative de Société Générale avec YUP, lancée en 2017, s’était soldée par un retrait du marché en février 2022. Le timing est stratégique. Le marché du mobile money camerounais connaît une croissance spectaculaire. Entre 2019 et 2023 la valeur des transactions est passée de 9 271 milliards à 24 331 milliards FCFA (+162 %) ; le nombre de comptes actifs a bondi de 144,4 % pour atteindre 24,23 millions, 2,4 milliards d’opérations ont été enregistrées en 2023 (+186,5 %), tandis que le réseau compte 190 509 points de service.
Lire aussi : Mobile Money : au Cameroun, MTN ajuste ses tarifs et Orange relève ses plafonds de retrait
Une stratégie déjà éprouvée en Afrique de l’Ouest
L’entrée de Wave, même via une banque partenaire, pourrait favoriser la démocratisation des services financiers au Cameroun. En Afrique de l’Ouest, la start-up s’est rapidement imposée grâce à une politique tarifaire très agressive : retraits gratuits, commissions plafonnées à 1 % sur les transferts, contre 3 à 10 % chez les opérateurs historiques.
Arrivée au Sénégal en 2020, puis en Côte d’Ivoire en 2021, Wave a contraint MTN, Orange et Moov à revoir leur grille tarifaire. Si elle applique la même stratégie au Cameroun, la « vague bleue » pourrait bien rebattre les cartes du secteur.

