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Par Dieudonné ESSOMBA*
Kamto et le coup de Jarnac

Dans la littérature française, l’expression « coup de Jarnac » désigne un coup violent, habile et imprévu, avec une connotation de coup déloyal ou pernicieux.

Alors que tout le monde attendait Kamto et son MRC, le voilà qui décline subitement toute compétition électorale, évoquant de vieilles raisons qui ne l’ont pas empêché de préparer les candidatures : la guerre au NOSO, sa « victoire volée » et le refus de réviser la loi électorale.

Dans des conditions ordinaires, de tels arguments auraient suscité un immense éclat de rire et on aurait moqué les raisons authentiques de ce retrait, à savoir que pour des causes diverses, le parti n’a pas réussi à mobiliser suffisamment de listes. On aurait accusé la fuite devant l’échec prévisible, l’impréparation, les conséquences d’une démarche sectaire, etc.

Seulement, nous ne sommes pas dans des conditions ordinaires. Le régime de Biya est dans l’œil du cyclone. Son extrême longévité lui a confectionné l’image d’un régime dictatorial totalement anachronique à notre époque. Sa fermeture d’esprit l’a poussé à prendre de mauvaises décisions sur le problème anglophone, transformant en un cancer ce qui n’était qu’une petite cicatrice. Son entêtement, alimenté par sa rigidité idéologique l’a sevré de toute capacité de prospective et d’anticipation.

Contesté par tous pour ses mauvais résultats économiques, menacé par les USA, harcelé par la Sécession, décrié par les ONG, le régime a espéré organiser les élections dans des conditions normales, avec tous les partis ténors, de manière à montrer que malgré tout, son système fonctionne.

La participation du SDF, premier parti d’opposition en termes d’élus, et le MRC, premier au regard de la récente élection présidentielle, représentait une importante caution pour cette opération.

Le SDF malgré ses atermoiements a décidé d’y aller, le MRC aussi.

Mais le retrait du MRC est un très mauvais coup pour la stratégie du régime de redorer quelque peu un blason terni. Son refus de participer à ces élections, qui sera certainement suivi par celui du SDF ou du moins, une frange importante de ce parti est une terrible pression sur le régime de Biya qui n’en avait vraiment pas besoin en ce moment précis.

Bien entendu, comme d’habitude, le régime va encaisser le coup et jouer à l’indifférent tout en poursuivant son processus, mais à la vérité, ce sera très dur.

En ce moment où le régime a besoin de mettre un peu de lustre dans son image ternie sur le plan international, l’action de Kamto est un véritable coup de Jarnac.

(*) Economiste, Membre du Club des Editorialistes d’EcoMatin

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