Le club des éditorialistes de EcoMatin

Par Dr. Adama Abdoulaye*
Port de Douala-Bonabéri : rien ne sera plus comme avant

Le Président de la République a décidé de suspendre le processus d’attribution de la concession du Terminal à conteneurs du Port de Douala-Bonabéri, en attendant que la Cour Suprême vide le contentieux qui oppose la Société APM TERMINALS BV-BOLLORE au Port Autonome de Douala.

Passés l’émoi et la réprobation qu’aura suscité à tort ou à raison cette instruction présidentielle au sein de l’opinion publique camerounaise et même au-delà, une chose est sûre, rien ne sera plus comme avant au combinat portuaire de Douala-Bonabéri.

Habitué qu’il est aux méthodes peu orthodoxes en Afrique, et favorisé en cela par quelques hauts fonctionnaires au comportement moral et éthique QUESTIONNABLES, BOLLORE ET SON PARTENAIRE N’ONT PERÇU QUE BIEN TARD, LA VOLONTE ET le patriotisme ‘’chevillé au cœur’’ de certains camerounais, décidés à mettre au-dessus de tout, l’intérêt de leur pays.

En effet, conscient de la mauvaise opération réalisée par le Cameroun en attribuant en 2005 la Concession du Terminal à Conteneurs du Port de Douala-Bonabéri au groupement APMT-Bolloré, le Président Paul Biya va, en 2014, prescrire à son gouvernement d’engager une opération de normalisation de l’exploitation du Terminal à Conteneurs, afin qu’elle puisse enfin être bénéfique au Port Autonome de Douala et à l’économie camerounaise.

Habitué qu’il est aux méthodes peu orthodoxes en Afrique, et favorisé en cela par quelques hauts fonctionnaires au comportement moral et éthique QUESTIONNABLES, BOLLORE ET SON PARTENAIRE N’ONT PERÇU QUE BIEN TARD, LA VOLONTE ET le patriotisme ‘’chevillé au cœur’’ de certains camerounais, décidés à mettre au-dessus de tout, l’intérêt de leur pays.

Conséquence de la déconsidération**

L’Appel Public International à Manifestation d’Intérêt pour la concession des activités de rénovation, de modernisation, d’exploitation et de maintenance du Terminal à Conteneurs du Port de Douala-Bonabéri, va faire trembler dans ses fondements la case du célèbre homme d’affaires Breton.

En effet, la perte de son vaisseau amiral en Afrique Centrale (c’est le Terminal à Conteneurs du Port de Douala-Bonabéri qui finance toutes les activités de son groupe au Cameroun et au-delà) est tout simplement la conséquence de la déconsidération et de l’arrogance qui ont toujours caractérisé les responsables du groupe Bolloré vis-à-vis des africains, aidé en cela par eux-mêmes. Les illustrations sont légion.

Jamais, Bolloré n’aurait envisagé, ni même imaginé pouvoir être ELIMINE d’un Appel Public International à Manifestation d’Intérêt au Cameroun. Oui, c’est pourtant vrai. Le groupement qu’il a constitué avec APM Terminals a bel et bien été éliminé du processus. Classé 7ème sur les dix candidats qui ont soumissionné par la Commission Ad hoc chargée d’examiner les offres des candidats, le Consortium n’en revient toujours pas. C’est malheureusement la réalité.  Elle est têtue et implacable.

D’après des informations obtenues à bonne source, le représentant du Ministère des Finances et d’autres membres à cette Commission, avaient exigés que l’offre d’APMT-Bolloré soit rejetée au dépouillement. Car, le groupe Bolloré n’a pas cru devoir produire comme l’exigeait la procédure, les comptes certifiés par un spécialiste agrée du domaine, arguant qu’il était côté en bourse et que les membres de la Commission pouvaient y obtenir ce qu’ils voulaient. C’est après moult tractations que le représentant du Ministère des Finances, outré par autant de négligence qui frisait même le mépris, va consentir à accepter, à la demande insistante des autres membres, que le dossier soit examiné, parce que le Danois APM Terminals avait pour sa part produit les états financiers exigés.  Et ceci pourrait aisément expliquer la suite.

La saisine des tribunaux, les campagnes médiatiques, les opérations de lobbying auprès des hauts responsables de la République et autres manœuvres pernicieuses n’étaient plus que les derniers soubresauts d’un condamné à mort.

Plusieurs cas de figure sont néanmoins à envisager. Si au 31 décembre 2019, la Cour Suprême ne statue pas sur le différend susmentionné, le Port Autonome de Douala mettrait alors en application, les articles 42 et 48 du Contrat de Concession.

La décision présidentielle de surseoir aux travaux de finalisation du projet de contrat de concession du Terminal à Conteneurs du Port de Douala-Bonabéri ne remet nullement en selle le groupement APMT-Bolloré. Contrairement à ce que peut penser l’opinion publique.  Même si celle-ci est perçue comme telle. A mon humble avis, elle retarde juste l’échéance.

Il est vrai que l’enjeu est désormais politique au-delà de la rationalité technique et juridique. Nous sommes désormais dans la Realpolitik, les appareils d’État étant désormais entrés en scène.

Figures de cas à envisager

Plusieurs cas de figure sont néanmoins à envisager. Si au 31 décembre 2019, la Cour Suprême ne statue pas sur le différend susmentionné, le Port Autonome de Douala mettrait alors en application, les articles 42 et 48 du Contrat de Concession.

En effet, l’article 42 stipule que : « à l’expiration de la concession et quelles qu’en soient les causes, le nouveau Concessionnaire, le concédant, est subrogé au présent Concessionnaire dans tous ses droits et perçoit notamment tous les revenus et produits constatés à partir de la date d’expiration » ; et l’article 48 précise pour sa part qu’: « En cas de faillite du Concessionnaire ou de cessation d’activité pour toute autre cause, le Concédant a un droit de préemption sur tout le matériel et équipement du Concessionnaire. En outre, le Concessionnaire est tenu de mettre à la disposition du concédant l’organisation et l’ensemble du personnel affectés à l’exploitation du service sur une période n’excédant pas dix (06) mois ».

En l’absence d’une décision de justice avant le 31 décembre 2019, l’État propriétaire et actionnaire unique, pourrait également instruire une prorogation tant espérée par le groupe APMT-Bolloré, du contrat de concession en cours. Un espoir, une demande  et une imploraison exprimés par Cyrille Bolloré dans une correspondance adressée, le 12 septembre 2019 au Président Paul Biya et tombée dans l’espace public: « …nous avons l’honneur de solliciter votre Haut arbitrage afin que l’accord signé le 4 octobre 2017 entre le Port de Douala et DIT soit mis en œuvre ; cette mise en œuvre permettrait de faciliter le lancement du port de Kribi en mettant en place une synergie entre les deux ports, de solder tous les différends opposant le PAD et DIT et enfin de relancer sereinement un appel d’offres  sur une base équitable ». Ce qui visiblement serait la pire des options, tant les quinze années de cet opérateur au Port de Douala-Bonabéri ont été une expérience douloureuse pour le Cameroun. Quinze ans de retard pris dans le développement du poumon économique du Cameroun.

Il y a à préciser que l’accord dont parle le jeune Breton n’existe pas. Il y a eu certes des négociations entre le PAD et DIT, sanctionnées par un rapport du Comité Ad-hoc Bipartite, mais que devaient préalablement entériner le gouvernement Camerounais, suivi, si acceptation, par la signature d’un avenant au contrat de Concession de 2004.

Or, le Directeur Général du PAD a plutôt reçu en réponse, une instruction du Secrétaire Général de la Présidence de la République, le 22 novembre 2017, lui intimant l’ordre entre autres ‘’de s’abstenir de toutes initiatives visant la prolongation de la concession, et d’attendre, sur ce point, les très hautes instructions du Président Paul Biya ».  Et le 19 janvier 2018, une seconde instruction du même haut responsable, demandait à Cyrus Ngo’o de lancer impérativement l’appel d’offres pour la sélection d’un nouvel opérateur du terminal à conteneurs du Port de Douala Bonabéri.

Raisons de l’obstination

L’une des raisons pour laquelle le groupe Bolloré s’obstine aujourd’hui, malgré son élimination à l’Appel d’offres, à rester encore pour quelques temps au Terminal à Conteneurs du Port de Douala-Bonabéri, se trouve à 182 kilomètres du Wouri. Plus précisément à Kribi.  Ici, depuis deux ans, Bolloré Transport & Logistics perd de l’argent au Port polyvalent. Selon des sources bien renseignées à CMA-CGM, membre du consortium qu’ils forment avec CHEC, Bolloré aurait perdu environ, dix milliards de FCFA. Et la saignée financière est loin d’être interrompue. Le Terminal à Conteneurs du Port de Douala Bonabéri lui permet donc de combler ces pertes d’ailleurs quitte à s’accaparer au mépris des lois camerounaises non seulement des taxes qui ne lui reviennent pas, mais aussi de ne rien investir.

Au-delà, le Terminal à Conteneurs est comme nous l’avons dit plus haut, le navire amiral de Bolloré Transport & Logistics dans le golfe de Guinée. Ce sont les revenus tirés de la place portuaire de Douala-Bonabéri qui financent dans leur entièreté les autres activités du groupe dans le golfe de Guinée. D’où la menace des plans sociaux qui pourraient s’en suivre en cascade s’il perdait le Terminal à Conteneurs.

Et Terminal Investment Limited (TIL) alors ? Il est l’adjudicataire provisoire. Il le reste. Du moins encore pour le moment. Il est l’opérateur qui a proposé une offre ambitieuse épousant tous les contours de l’Appel International à Manifestation d’Intérêt. En quinze ans de concession, c’est 357 milliards de FCFA de redevances qu’on nous annonce que le Port Autonome de Douala gagnera ainsi que de nombreux investissements en infrastructures et super structures. Même si ces chiffres sont contestés par son prédécesseur APMT-Bolloré, sans véritablement convaincre. Mais, l’Italo-Suisse, 7ème opérateur au ranking mondial de gestionnaire des terminaux dans le monde, peut se targuer d’avoir damé le pion à APMT 4ème, sur ce qu’il considérait déjà comme ses propres installations. Mais, il va devoir encore patienter pour entrer en possession du Terminal sur les bords du Wouri.

Quel que soit le cas de figure, rien ne sera plus comme avant au Terminal à Conteneurs du Port de Douala-Bonabéri. La valeur du combinat portuaire de Douala Bonabéri a été revue à la hausse. Elle vient d’être révélée aux yeux de tous. Malgré la mauvaise publicité, l’opinion publique camerounaise s’est imprégnée des réalités chiffrées de l’un de ses ports, et se rend enfin compte de la vérité.

D’ailleurs, après quinze années d’exploitation, et après avoir été éliminé de la sélection au profit d’un nouvel opérateur du Terminal à Conteneurs du Port de Douala-Bonabéri, le groupe APMT-Bolloré se propose maintenant sur le tard, à investir à la juste valeur de ce port aux nombreux atouts. Il accepte payer ses dettes vis-à-vis de l’Autorité Portuaire de Douala, des pénalités aux manquements observés tout au long du bail, de revoir à la hausse l’actionnariat des nationaux, de revisiter les contrats de travail des employés et même à payer rétrospectivement la valeur réelle du ticket d’entrée. Il accepte déjà, malgré lui de s’arrimer à la vision de l’industrie portuaire du gouvernement camerounais. Mais, si et seulement si, il lui est accordé une prorogation de continuer à exploiter le Terminal à Conteneurs pendant une durée qui reste à déterminer.

(*) Spécialiste en gestion moderne des ports/CNUCED, Consultant en Droit et Marketing Portuaire

(**) Les intertitres sont de la Rédaction

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