Le projet d’automatisation des péages routiers, lancé par le gouvernement pour moderniser ces infrastructures et sécuriser les recettes publiques, connaît une issue particulièrement sensible. L’État s’apprête à indemniser Tollcam Partenariat SAS à hauteur de 30 milliards FCFA, après avoir résilié unilatéralement le contrat de partenariat public-privé (PPP) signé avec cette coentreprise détenue par Fayat et Egis. Le contrat initial, paraphé le 18 mai 2020 puis réactivé le 10 juin 2022 à travers l’accord de financement et la convention de collecte, portait sur la construction de 14 postes de péage automatique pour un investissement compris entre 36 et 42 milliards FCFA. Les travaux devaient durer deux ans, suivis de 18 années d’exploitation.
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Les sept premiers postes (Mbankomo, Boumnyebel, Edéa, Tiko, Mbanga, Nsimalen et Nkometou) étaient censés entrer en service en septembre 2023. Mais le 2 février 2024, le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, notifie à Tollcam la résiliation du contrat sur instruction de la présidence de la République, requalifiant le projet en marché public et écartant le partenaire privé de l’exploitation et de la maintenance. Dans la foulée, Tollcam saisit la Cour internationale d’arbitrage pour réclamer 30 milliards FCFA au titre de l’encours de dette, des investissements réalisés, du manque à gagner et des coûts engendrés par la rupture. Le gouvernement privilégie désormais un règlement à l’amiable. Le budget de l’État pour 2026 prévoit ainsi 20 milliards FCFA d’indemnisation, complétés par 10 milliards FCFA en 2027.
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Un point demeure particulièrement problématique : sept postes ont été construits, mais aucun n’a été mis en service. Les sept autres, prévus pour la seconde phase, sont aujourd’hui incertains. Le projet, qui devait moderniser la collecte routière, améliorer la traçabilité financière et générer jusqu’à 632 milliards FCFA de revenus entre 2023 et 2041, dont 471 milliards FCFA pour le Trésor public, n’a produit ni recette ni service. Pourtant, le volet de contenu local était ambitieux : 95 % de main-d’œuvre nationale annoncée, 98 % du personnel d’exploitation, et plus d’un tiers des prestations réservées aux PME locales.
Plusieurs interrogations subsistent : pourquoi ce contrat a-t-il été signé en 2020, réactivé en 2022, puis rompu en 2024 ? Comment un projet d’une telle ampleur a-t-il été conduit avec autant de rapidité, sans qu’apparaissent clairement des évaluations techniques indépendantes ? Pourquoi les résultats des essais de 2024, qui devaient permettre la mise en service des infrastructures, n’ont-ils jamais été rendus publics ? Selon plusieurs sources, des difficultés techniques majeures auraient été identifiées, suscitant des réserves au sein de l’administration.
Reste désormais la question du devenir des installations déjà réalisées. Les postes seront-ils utilisés après des travaux correctifs ? Les ouvrages de la phase 2 seront-ils relancés ? La requalification du contrat en marché public, sans avancée notable près d’un an après la rupture, entretient l’incertitude.
Ce dossier illustre les défis persistants de la gouvernance des PPP au Cameroun : transparence contractuelle, contrôle technique indépendant, suivi des engagements et capacité à rendre compte. À ce jour, le principal résultat tangible du projet se résume à une indemnité de 30 milliards FCFA à la charge du contribuable, sans péages opérationnels et sans amélioration pour les usagers. Une situation qui appelle des clarifications et la détermination des responsabilités.

