Le Gabon veut réviser sa législation relative au secteur de la pêche, selon un projet de texte initié par le ministère du domaine. De source officielle, le conseil des ministres tenu le 24 mai dernier à Libreville, la capitale du pays, a même « approuvé la révision urgente, en concertation avec tous les départements ministériels concernés, des textes relatifs aux zones de pêche et aux zones tampons pour optimiser l’exploitation des ressources halieutiques ».
Ainsi, suite à la proposition du ministre en charge des Pêches, le nouveau projet de loi doit permettre de réaménager les zones de pêche pour le secteur artisanal et industriel, « en raison de la diminution des débarquements et des navires, de la baisse du nombre de pirogues, de la faillite d’une entreprise de pêche, du risque de fermeture d’une autre, et de l’augmentation des coûts du carburant ».
Le projet de révision de la législation en matière de pêche au Gabon intervient dans un contexte où, depuis 2021, les autorités locales ont autorisé les navires européens à pêcher annuellement 32 000 tonnes (tonnage de référence) de poissons, selon les termes du nouveau protocole de mise en œuvre de l’accord de partenariat dans le secteur de la pêche (APP), paraphé le 10 février 2021 et signé le 29 juin de la même année avec l’Union européenne (UE).
Selon l’article 8 de ce texte, le nombre de navires européens ayant accès aux eaux gabonaises sur une période de cinq ans est limité à 37, soit 27 thoniers senneurs (à raison de 15 navires pour l’Espagne et 12 pour la France), 6 thoniers canneurs (5 navires pour l’Espagne et 1 pour la France) et 4 chalutiers espagnols.
En contrepartie de cet accès aux eaux et ressources halieutiques de sa zone de pêche, le Gabon devrait recevoir au moins 17 milliards de FCFA sur 5ans, selon l’article 13 du protocole. De cette somme, 8,5 milliards seront versés par l’UE et les armateurs s’acquitteront du reste, soit « un montant au moins équivalent à la contribution de l’Union européenne ».
Accord léonin
Seulement, le groupement constitué par les pécheurs gabonais estiment qu’il s’agit d’un accord léonin qui fait la part belle à l’UE. De plus, la Société frigorifique du Gabon (Sifrigab), la seule à peine fonctionnelle peine à transformer les 1000 tonnes de poissons. En arrêt d’activités depuis quelques années, cette société créée pour produire du thon et le transformer en sardine en boîte est en dormition.
Pourtant, le marché local est dans le besoin. Selon la direction générale des pêches et de l’aquaculture (DGPA), la pêche maritime au Gabon (hors pêche sous accords privés ou de partenariats) reste une activité relativement modeste en termes de production. Celle-ci est estimée à 30 000 tonnes, soit 20 000 tonnes pour la pêche artisanale et 8 600 tonnes pour la pêche industrielle côtière. Le Gabon, pour satisfaire sa demande locale, est donc obligé de faire recours à l’importation. Des importations estimées à environ à 26 000 tonnes par an.

