Sangmélima, région du Sud-Cameroun, le 13 février 2025. Un culte interreligieux a lieu à l’esplanade de la mairie. Ce jour-là, membres du gouvernement, directeurs généraux d’entreprises et établissements publics, hauts responsables de la Présidence de la République en tête desquels le directeur du Cabinet civil du chef de l’Etat et toute l’élite du département d’origine de Paul Biya, le Dja-et-Lobo, ont pris rendez-vous dans cette place pour lui souhaiter un heureux anniversaire à l’occasion de ses 92 ans. Le clou de cet évènement c’est la visite du monument construit en l’honneur de ses 42 ans à la tête de l’Etat.
Mais, ce moment festif où tout le monde veut témoigner avec emphase sa solidarité et sa gratitude au président de la République, sera perturbé par un incident. Alors que, à la manière d’influenceurs soucieux de signer leur présence à cet évènement par un selfie ou un post sur leurs réseaux sociaux, la connexion internet s’éclipsera du réseau pour de bon. Ce qui va sérieusement agacer le parterre de personnalités présentes à la mairie de la ville. Le directeur général de l’Agence de régulation des télécommunications (ART), le régulateur camerounais des télécommunications, Philémon Zo’o Zame, élite du département, ne cache non plus son mécontentement.
Une panne nationale
Entre accusations et rejet de la faute les uns sur les autres, l’ART décide au lendemain de cet incident qui a frisé le « sabotage » de l’anniversaire présidentiel, de remonter aux sources du problème afin d’en dégager les responsabilités. Les résultats ne se feront pas attendre. Une source dans la maison, sous anonymat, renseigne que l’ART va constater que le problème est dû à « une panne sur les câbles sous-marins à fibre optique gérée par Camtel ».
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Le 16 février, l’opérateur de téléphonie Orange Cameroun, mis à l’index par certains, va publier un communiqué dans lequel il « informe l’opinion publique qu’une dégradation persistante de la qualité sur les liaisons de transmission par fibre optique fournies par Camtel, entraîne une instabilité de la qualité de ses services depuis plusieurs semaines ».
La compagnie va préciser plus loin dans le communiqué que, depuis le 1er février, ses équipes techniques ont relevé 15 coupures de fibre optique sur des segments stratégiques de son réseau. Ce qui affecte la disponibilité et la qualité des services voix et data, particulièrement dans les Régions du Sud, l’Est, l’Adamaoua, l’extrême-Nord, le Nord et le Sud-ouest. « Plusieurs villes et localités parmi les plus impactées ont été dénombrées, dont Buea, Zoétele, Sangmélima, Guidiguis, Yagoua, Kaele, Belabo, Messamendongo, etc. », recense l’opérateur.
Dénégations
Cette sortie d’Orange Cameroun aura été suffisante pour susciter le courroux de Camtel, gestionnaire de l’infrastructure à fibre optique, qui a peu goûté de ces accusations. Dans un communiqué, le directeur général de l’opérateur historique public, Judith Yah Sunday, tout en démentant les affirmations lui imputant la responsabilité de la dégradation de la qualité des communications électroniques du réseau Orange Cameroun qui, d’après elle, « couvre d’opprobre » l’entreprise publique.
« Camtel s’indigne contre ces déclarations visant à discréditer la qualité de son réseau de transport. Elle tient à préciser qu’Orange Cameroun s’appuie sur la fibre noire pour bâtir son propre réseau, fibre sur laquelle Camtel n’a aucune visibilité », martèle la DG. Et de conclure : « Camtel ne saurait porter la responsabilité de la dégradation du réseau d’un client consécutivement à la limitation de la solution technique déployée par ce dernier. »
Le régulateur reste formel
Chez le régulateur camerounais, une source rencontrée fait observer que si la panne est réelle, le temps mis par Camtel pour sa réparation est infiniment long. De fait, assure les experts rencontrés à l’ART, le temps contractuel pour la réparation d’une coupure de fibre optique est de 12 heures. « Or, Camtel prend 72 heures pour cela à cause du choix questionnable des prestataires. Raison pour laquelle la qualité du réseau se dégrade », éclaire un expert de l’Agence sous anonymat.
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En effet, la dégradation continue de la qualité de services de communication électronique offerts par les opérateurs de téléphonie mobile avait déjà fait l’objet d’une sortie du régulateur le 11 septembre 2024. Dans un communiqué, l’ART mettait à l’index la qualité de cette infrastructure. « L’ART a reçu des instructions du gouvernement pour réaliser un audit opérationnel du réseau national à fibres optiques de Camtel (…) les premiers résultats de l’audit montrent que cette infrastructure nationale à fibres optiques est dans un état de dégradation continue, et les conditions actuelles de sa maintenance sont à réévaluer », avait asséné le régulateur camerounais.

