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Pétrole, minerais et gouvernance : la fracture s’élargit entre Afrique centrale et Afrique de l’Ouest

Codes pétroliers éclatés, vision minière inachevée, investissements timides... L’Afrique centrale demeure le maillon faible de l’intégration économique africaine, selon le dernier rapport de l’Union africaine.

Publiée mardi 7 octobre 2025 à 12:32:36Modifiée mardi 7 octobre 2025 à 12:32:38Temps de lecture 5 minPar Albert AMOUGOU

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La CEEAC reste fragmentée, sans cadre commun pour les partenariats public-privé

L’Union africaine (UA) a rendu public son Rapport 2025 sur l’intégration économique régionale, comparant la performance des huit communautés économiques régionales reconnues par l’UA. Selon le document, la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) — qui regroupe 11 pays (Angola, Burundi, Cameroun, Congo, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Guinée équatoriale, Gabon, Sao Tomé-et-Principe, Tchad et Rwanda) — reste « en retrait significatif » dans le secteur extractif par rapport à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), forte de 15 membres (dont le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Sénégal).

Le rapport publié le 3 octobre relève que malgré un potentiel énergétique considérable, notamment en pétrole (Angola, Congo, Gabon, Guinée équatoriale) et en minerais (Cameroun, RDC, Tchad), l’Afrique centrale demeure dépendante des exportations brutes et ne dispose que de capacités limitées de transformation locale. « L’absence d’harmonisation des codes miniers, combinée à la faiblesse des infrastructures de raffinage et de transport, freine la convergence économique régionale », indique le rapport.

Normes et capitaux inégaux

Sur l’indice d’intégration économique de l’UA, la CEDEAO obtient une note moyenne de 0,64, contre 0,36 pour la CEEAC. Cette disparité s’explique, selon le rapport, par des différences structurelles : la CEDEAO a mis en place un code communautaire d’investissement, une politique commune des ressources naturelles et un système régional de financement via la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC). Ce qui attire de plus en plus d’investisseurs dans la zone. À cela s’ajoute une meilleure interconnexion énergétique à travers le West African Power Pool (WAPP), qui relie aujourd’hui plus de 10 pays de la région.

Lire aussi : Secteur minier : l'UA suggère au Cameroun de créer un fonds souverain pour tirer profit de ses ressources

À l’inverse, la CEEAC reste fragmentée, sans cadre commun pour les partenariats public-privé (PPP), ni normes industrielles régionales. L’UA note que les politiques de concurrence (0,26) et de protection du consommateur (0,28) figurent parmi les plus faibles du continent.

Les flux d’investissements intra-africains vers la CEEAC ne représentent que 4 % du total continental, contre 17 % en Afrique de l’Ouest, où les marchés intégrés comme le Nigeria et la Côte d’Ivoire agissent comme locomotives régionales.

Conséquences économiques

Ces disparités ont des effets directs sur les économies. Dans la CEDEAO, la part du commerce intra-africain des produits miniers et pétroliers atteint 18 %, soutenue par la présence de raffineries (comme celles de Warri, Tema ou Dakar) et d’unités de transformation de bauxite et de gaz.
À l’opposé, dans la CEEAC, cette part ne dépasse pas 6 %. Le manque d’infrastructures de valorisation réduit les retombées fiscales et accentue la vulnérabilité aux chocs extérieurs, les pays exportant des matières premières non transformées et important les produits finis à prix fort.

Lire aussi : Pétrole : le canadien CGIP ouvre ses blocs tchadiens à de nouveaux investisseurs

Le rapport indique que cette structure économique freine la création d’emplois industriels, limite les recettes d’exportation nettes et creuse les déficits courants. « L’Afrique centrale reste dépendante de la volatilité des cours mondiaux du pétrole et des métaux, sans bénéficier d’un effet multiplicateur sur la production locale », précise le document.
Dans le secteur énergétique, l’absence d’interconnexion — contrairement à la CEDEAO — se traduit par des coûts moyens de l’électricité 35 % plus élevés et un taux d’accès inférieur à 45 % de la population, contre plus de 60 % en Afrique de l’Ouest.

Vision minière et perspectives

Sur le plan normatif, l’UA rappelle que seuls trois pays de la CEEAC — RDC, Gabon et République du Congo — ont aligné leur législation sur la Vision minière africaine (VMA), adoptée par les chefs d’État africains en 2009 pour promouvoir la gouvernance, la transparence et la transformation locale.
À titre de comparaison, dix États membres de la CEDEAO ont intégré les principes de la VMA dans leurs codes miniers, favorisant une meilleure régulation des revenus extractifs et des politiques de contenu local.

Lire aussi : RCA: le nigérian Stantech Engineering lorgne sur les mines et les hydrocarbures

Le rapport conclut que cette asymétrie retarde la mise en œuvre effective de la ZLECAf, l’Afrique centrale risquant d’être marginalisée dans la chaîne continentale de valeur.
« L’harmonisation des codes miniers, la mise en place d’un cadre commun d’investissement et la construction d’infrastructures transfrontalières demeurent les conditions préalables à l’équilibre interrégional », souligne le rapport.

À moyen terme, l’UA recommande la création d’un marché régional de l’énergie en Afrique centrale, la mutualisation des fonds souverains issus des revenus pétroliers et miniers, ainsi que le renforcement du contenu local dans les industries extractives. Ces réformes, si elles sont engagées, pourraient contribuer à réduire le déficit d’intégration estimé à 28 points entre la CEEAC et la CEDEAO.

Lire aussi : Cameroun : CCA Bank veut piloter le financement du barrage hydroélectrique de Minkouma (300 MW)

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