Le Premier ministre du Cameroun, Joseph Dion Ngute, a signé le 6 mars un arrêté fixant au 24 avril-29 mai prochains la période de collecte des données mutualisées du dénombrement principal du quatrième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-4) et du module de base du recensement général de l’agriculture et de l’élevage. Cette annonce intervient 8 mois après le bouclage, en août 2025, du financement de ces opérations statistiques, dont la réalisation avait été instruite par le président de la République, Paul Biya, depuis septembre 2015.
Le budget global a finalement été ramené à 13,3 milliards FCFA, soit près de 5 fois moins que l’enveloppe initialement envisagée, évaluée à 64 milliards FCFA. L’opération, qui marque l’entrée dans la phase préparatoire d’un chantier attendu depuis plus d’une décennie, vise à combler un important déficit de données démographiques et socioéconomiques. En effet, le dernier recensement général de la population et de l’habitat remonte à 2005, même si ses résultats n’avaient été publiés qu’en 2009 en raison de difficultés budgétaires.
À l’époque, le Cameroun comptait environ 19,4 millions d’habitants. Aujourd’hui, les estimations situent la population nationale autour de 30 millions d’âmes, ce qui rend d’autant plus crucial l’actualisation des statistiques. Au-delà du simple décompte des habitants, le RGPH-4 doit fournir au gouvernement un socle de données indispensables à la planification du développement. Selon les objectifs fixés par le décret présidentiel du 15 septembre 2015, il permettra, notamment, de connaître l’effectif exact de la population, d’analyser la structure démographique selon l’âge et le sexe, d’étudier les caractéristiques de l’habitat et du cadre de vie, ou encore d’actualiser le fichier national des localités. Ces informations serviront également à mieux cerner les dynamiques migratoires et à affiner la répartition de la population par circonscriptions administratives et collectivités territoriales décentralisées. Longtemps restée dans l’impasse, l’opération avait été freinée par la question de son financement.
Au fil des années, les projections budgétaires avaient suscité des hésitations au sein du gouvernement, certaines estimations dépassant 25 milliards Fcfa. La logistique nécessaire, notamment l’acquisition de tablettes numériques destinées à moderniser la collecte des données, représentait à elle seule plusieurs milliards Fcfa. La mutualisation avec le recensement agricole et de l’élevage apparaît aujourd’hui comme une solution destinée à réduire les coûts et à optimiser les ressources humaines et matérielles. Cette approche devrait permettre de recueillir simultanément des données démographiques et des informations essentielles sur les systèmes de production agricole et pastorale, secteurs qui employait 54% de la population active du pays en 2024, contre 75% en 1990, selon un rapport de la Banque africaine de développement (BAD). Au regard des standards internationaux, les Nations unies recommandent aux États d’effectuer un recensement général de la population au moins tous les 10 ans.
Lire aussi aussi : Cameroun : Paul Biya instruit pour 2025, l'effectivité du 4ème recensement général de la population annoncé depuis 10 ans
Si cette périodicité avait été respectée, le Cameroun aurait dû organiser son 4e recensement dès le milieu des années 2010. L’opération qui s’annonce constitue donc un rattrapage attendu, dont les résultats seront déterminants pour la conduite des politiques publiques, la planification territoriale et la mesure du dividende démographique.

