Le 8 mai 2025, le MSC Türkiye -l'un des six plus grands porte-conteneurs au monde- accostait pour la première fois au Terminal 2 du port de Kribi. Un an plus tard, ce géant des mers de 400 mètres de long, capable de transporter jusqu’à 24 000 équivalents vingt pieds (EVP), est devenu un habitué des quais camerounais. Désormais, il y fait escale deux à trois fois par mois, aux côtés des navires de CMA CGM, signe d’un basculement du port de Kribi dans la cour des grandes plateformes africaines.
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« Les Megamax, capables de transporter plus de 24 000 conteneurs, ne desservent qu’un nombre limité de ports africains, parmi lesquels Lomé, Tema, Abidjan et désormais Kribi », souligne David Azra, directeur général de Kribi Conteneurs Terminal (KCT), l’entreprise qui gère le terminal à conteneurs et dont l’actionnariat comprend AGL (30,83 %), CMA CGM (29,62 %), China Harbours Engineering Company (CHEC, 20,55 %) et un consortium d’investisseurs camerounais (19 %). « Le premier et le troisième armateur au monde nous font confiance. Ça démontre qu'ils font confiance à Kribi et au potentiel du Cameroun », poursuit le dirigeant.
Une croissance tirée par le transbordement
Un an après la mise en service de son second terminal, KCT affiche des résultats qui dépassent les projections initiales. La plateforme de 715 mètres de quai et 16 mètres de profondeur a traité 750 000 EVP lors de plus de 370 escales, enregistrant une progression de 82% des volumes manutentionnés en un an. La clé de cette performance ? Le transbordement régional, qui représente désormais près de 70% des volumes traités, dont 30 % concernent des flux à destination ou en provenance de Douala. Depuis Kribi, des conteneurs sont redistribués vers plusieurs marchés d'Afrique centrale et de la côte ouest-africaine.
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Officiellement, entre 600 et 700 conteneurs en provenance du nord Congo transitent chaque mois par la plateforme, essentiellement du bois. Les premiers flux miniers commencent également à émerger avec environ 400 conteneurs de minerai de fer issus du projet Grand Zambi qui ont récemment emprunté le terminal, apprend-t-on. « Le terminal a aujourd'hui une vocation régionale, voire internationale », résume David Azra. « Des conteneurs sont redistribués vers l'Angola, le Nigeria ou d'autres ports de la côte ouest-africaine. »
Au-delà du transbordement, Kribi s'est imposé comme le point d'entrée privilégié des marchandises à destination du Cameroun. Selon KCT, le terminal concentre aujourd'hui 65% des conteneurs en première touchée Cameroun. Autrement dit, deux conteneurs sur trois arrivant dans le pays font d'abord escale à Kribi avant d'être redistribués par voie terrestre ou maritime.
L'impact de cette montée en puissance se mesure aussi en emplois. Depuis le lancement de la phase 2, KCT revendique la création de 430 emplois directs et plus de 1 000 emplois indirects.
L'objectif : le million d'EVP dès 2027
Malgré les tensions persistantes au Moyen-Orient et les perturbations observées sur certaines routes maritimes mondiales, Kribi Conteneurs Terminal assure ne pas avoir subi d’impact majeur sur ses activités. La raison ? Près de 80 % des marchandises traitées proviennent directement d’Asie via des liaisons maritimes qui contournent le canal de Suez. Les flux européens, qui représentent environ 15 à 20 % du trafic, transitent quant à eux principalement par l’Atlantique.
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Porté par la forte croissance du trafic, le terminal prépare déjà une nouvelle phase d’expansion. Les travaux d’extension de la zone de stockage doivent démarrer d’ici moins de deux mois sur 8 hectares supplémentaires, avec CHEC, déjà constructeur du Terminal 2. L’investissement, estimé entre 25 et 30 millions d’euros, sera financé conjointement par le Port autonome de Kribi et KCT. Cette extension permettra de faire passer la capacité statique du terminal de 24 000 à 34 000 EVP, avec pour objectif de porter la capacité annuelle de traitement à environ 1 million d’EVP. En parallèle, une étude de faisabilité est en cours pour la construction « d’un ou deux quais supplémentaires », afin d’accompagner la progression attendue du trafic régional et des futurs flux industriels et miniers.
« Mon objectif pour l'année prochaine, c'est d'atteindre le million d'EVP», lance David Azra. Plus largement, le DG de KCT dessine un avenir où Kribi ne serait plus seulement un port camerounais, mais un pôle économique régional à part entière adossé à la zone industrielle et logistique KPIZ de 4 500 hectares en développement, aux futurs terminaux minéralier (2027) et pétrolier (2028), et aux besoins croissants de désenclavement du Tchad et de la Centrafrique.
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La route, toujours le talon d'Achille
Principal corridor reliant le port aux marchés de l’hinterland, notamment le Tchad et la Centrafrique, la route Kribi-Edéa demeure fortement dégradée, tandis que la liaison ferroviaire attend toujours sa concrétisation. « En dépit d’une route malade et de l’absence de chemin de fer, nos exportations par voie terrestre continuent de progresser », souligne David Azra. Avant de nuancer : « Avec une route réhabilitée, ce ne serait peut-être pas 27 % de croissance, mais 270 %».
Selon les responsables du secteur, un appel d’offres pour la réhabilitation de l’axe Kribi-Edéa devrait être lancé prochainement. Un mémorandum d’entente relatif au projet ferroviaire est également annoncé, tandis que le projet d’autoroute reliant Kribi au corridor Yaoundé-Douala poursuit ses études préparatoires.

