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Pour que la relance du Tchad soit durable, il lui faut une banque qui construit

À l’heure où le Tchad entame une nouvelle phase de stabilisation politique, le pays pourrait davantage s’appuyer sur la BAD, dotée d’une nouvelle gouvernance, pour stimuler la relance économique.

Publiée vendredi 25 avril 2025 à 10:12:46Modifiée vendredi 25 avril 2025 à 10:12:46Temps de lecture 7 minPar EcoMatin

BAD siege

Le Tchad se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins —récupérant sa stabilité institutionnelle après une transition prolongée, tout en affrontant les réalités tenaces de la fragilité, de la pression budgétaire et du sous-développement. Depuis son accession au pouvoir en 2021, le Président Mahamat Idriss Déby Itno a mis l’accent sur la cohésion nationale, la réforme constitutionnelle et le renouvellement économique. Sa réélection en mai 2024—à la suite du référendum constitutionnel et du retour à un gouvernement civil—a réaffirmé la légitimité du pays aux yeux des citoyens comme de ses partenaires extérieurs. Comme l’a souligné le Président lors de son discours à la fête nationale : « La jeunesse tchadienne n’est pas un fardeau—elle est notre capital. » Cette conviction exige désormais une traduction concrète : pour les jeunes, pour les entrepreneurs, et pour les régions longtemps laissées pour compte.

La reprise macroéconomique est amorcée, bien que de manière inégale. Selon le FMI, la croissance du PIB du Tchad a atteint 2,6 % en 2024, soutenue par les recettes pétrolières et un investissement public modeste. L’inflation s’est stabilisée autour de 5,3 %, et un nouvel accord triennal au titre de la Facilité élargie de crédit a été conclu avec le FMI, dans le prolongement de la restructuration de la dette extérieure menée avec succès dans le cadre du Cadre commun du G20. Pourtant, plus de 42 % des Tchadiens vivent encore dans la pauvreté, et l’économie reste extrêmement vulnérable aux chocs climatiques et aux fluctuations des prix des matières premières. L’espace budgétaire est étroit. Les recettes domestiques sont faibles. Et les déficits persistants en infrastructures publiques—routes, électricité, eau, éducation— restreignent considérablement la croissance inclusive.

Ces contraintes ne sont pas uniques—mais elles sont aiguës. Pays sahélien enclavé, bordé de six États fragiles, le Tchad est à la fois un pivot sécuritaire et un carrefour logistique pour les flux commerciaux et migratoires régionaux. Il affiche pourtant certains des pires indicateurs de développement humain au monde. Moins de 10 % des ménages ruraux ont accès à l’électricité. La densité routière reste parmi les plus faibles d’Afrique. Les inondations et sécheresses deviennent plus fréquentes, fragilisant l’agriculture et la planification urbaine. Ces vulnérabilités pèsent particulièrement sur une jeunesse qui représente près de 70 % de la population et dont les perspectives de mobilité ascendante restent limitées.

Lire aussi : Election à la présidence de la BAD : une ex-candidate apporte son soutien à Sidi Ould Tah

Et pourtant, le potentiel du Tchad est réel. Sa géographie connectée, ses ressources naturelles et ses ambitions solaires en font une plateforme stratégique d’intégration régionale. Les programmes comme l’initiative Solaire Sahel, les pôles d’élevage au sud, ou les corridors reliant Sarh à Bangui et Abéché au Soudan reflètent une volonté de transformer sa position géographique en levier économique. Ces efforts sont soutenus par des réformes visant à améliorer la transparence budgétaire et la gestion de l’investissement public. L’objectif n’est plus la reprise seule—mais la refondation systémique d’un État efficace et crédible.

Pour concrétiser cette ambition, le Tchad a besoin d’un partenaire multilatéral qui saisit l’urgence de la mise en œuvre et la complexité des environnements fragiles.

La Banque africaine de développement (BAD) a longtemps été présente. Avec un portefeuille dépassant les 300 millions de dollars, elle a contribué au financement des infrastructures routières, à l’interconnexion énergétique, à l’agriculture, et au renforcement institutionnel. Du corridor N’Djamena–Djermaya à l’électrification rurale et aux programmes de résilience alimentaire, l’engagement de la BAD est visible. Mais la présence seule ne suffit plus. Les retards de décaissement, les lenteurs dans la préparation des projets et la faible coordination avec les systèmes nationaux freinent les résultats. Le Tchad a besoin d’une Banque plus agile, plus ancrée, et plus alignée.

Lire aussi : Présidence de la BAD : la Mauritanie sollicite le soutien du Congo en faveur de Sidi Ould Tah

C’est pourquoi la transition à la présidence de la BAD revêt une importance stratégique. Le pays a besoin d’une institution capable de mobiliser davantage de financements, de renforcer la discipline de gouvernance, d’accélérer les délais d’exécution et d’agir en véritable co-développeur. À cet égard, la candidature du Dr. Sidi Ould Tah—ancien ministre mauritanien de l’Économie et des Finances et président sortant de la BADEA—offre une réponse concrète.

Économiste de formation et dirigeant sahélien chevronné, le Dr. Tah possède une expérience rare dans la gestion des institutions en contexte fragile. À la tête de la BADEA (2015–2025), il a repositionné la Banque en institution de référence en matière de cofinancement, de soutien aux PME et d’innovation dans les pays à capacité limitée. Il a mené une transformation institutionnelle majeure : obtention des notations AA+/AAA, multiplication par deux des actifs (de 4 à près de 7 milliards de dollars), mise en œuvre d’une stratégie décennale (BADEA 2030), relocalisation réussie du siège de Khartoum à Riyad, et adoption de normes ESG certifiées ISO. Grâce à sa stratégie, le taux de créances douteuses de la BADEA est resté parmi les plus faibles des IFD africaines (0,4 % en 2024).

Ses propositions pour la BAD sont pertinentes pour le Tchad. D’abord, en matière de financement : il envisage de porter la capacité de mobilisation de la Banque à 50–60 milliards de dollars par an, via du capital hybride, des partenariats avec les fonds souverains, et des instruments adossés à la diaspora. Ensuite, sur la livraison : il propose la création d’un Laboratoire panafricain des résultats et de la gouvernance, afin d’améliorer les délais d’exécution et la reddition des comptes. Sur la gouvernance, son engagement pour la transparence, la décentralisation et l’alignement avec les systèmes nationaux fait écho aux besoins du Tchad. Enfin, en matière de partenariats, son approche de pont Afrique–Golfe et sa capacité à syndiquer des co-investissements structurants sont directement transposables aux priorités de N’Djamena.

Son attachement à la décentralisation est particulièrement pertinent. Le Dr. Tah propose de renforcer les bureaux régionaux de la BAD, de mieux intégrer les équipes dans les écosystèmes locaux comme l’Agence de développement économique et territorial, et de rapprocher la Banque de ses clients souverains. Pour un pays comme le Tchad, où les distances, la faible densité et la complexité opérationnelle ralentissent l’action publique, cette proximité technique et institutionnelle serait décisive.

Il ne s’agit pas d’une rupture, mais d’un approfondissement. La BAD a consolidé sa crédibilité. Le moment est venu d’élargir sa capacité de livraison. Dans des pays fragiles, où la légitimité s’éprouve chaque jour, il faut des partenaires qui soient non seulement présents, mais cohérents, efficaces, et crédibles.

Le Tchad a stabilisé son architecture démocratique, rouvert le dialogue avec les investisseurs, et s’est réengagé dans le multilatéralisme. Mais la légitimité politique seule ne construit pas les routes, ne crée pas d’emplois, ni n’assure l’électrification. Il faut du capital, de l’engagement, et une institution catalytique prête à livrer au rythme du pays.

La prochaine décennie de l’Afrique ne sera pas façonnée par des discours. Elle le sera par la capacité à livrer. Au Tchad, où l’élan de réforme est réel mais fragile, cette capacité pourrait faire la différence entre l’élan et l’essoufflement.

Le Tchad est prêt. À la BAD maintenant de livrer avec lui.

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