La Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC) et la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) explorent un mécanisme inédit pour aider les États de la CEMAC à financer leur participation à la recapitalisation de l'institution régionale. L'information figure dans les états financiers 2025 de la banque, et intervient alors que plusieurs États peinent à honorer les appels de capital décidés dans le cadre d'un vaste programme de renforcement des fonds propres de la BDEAC.
Prêts concessionnels
Entre 2024 et 2025, la banque a procédé à des augmentations de capital en numéraire pour un montant total de 223 milliards de FCFA. Les États de la CEMAC, qui détiennent ensemble plus de la moitié du capital de l’institution, en ont souscrit près de 60 %. L’assemblée générale a toutefois approuvé un calendrier de libération du capital appelé étalé sur cinq ans, de 2024 à 2028. Dans ce cadre, seule la République du Cameroun avait effectivement procédé, au 31 décembre 2025, au versement d’une première tranche d’un milliard de FCFA, les autres États n’ayant pas encore effectué les paiements attendus au titre de leurs échéances respectives.
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Pour y remédier, la direction de la BDEAC indique avoir engagé des discussions avec la BADEA en vue de mettre en place des « prêts concessionnels » destinés à financer les parts libérables des États membres. Les modalités de cette intervention n'ont pas été précisées. L'institution arabe figure déjà parmi les bailleurs de la BDEAC, avec des encours de prêts atteignant 16,1 milliards de FCFA fin 2025, et en est également actionnaire, à hauteur de 0,08 % du capital souscrit. Cette double casquette de créancier et d'actionnaire lui permettrait ainsi de soutenir indirectement le renforcement des fonds propres de la banque régionale, à un moment où les contraintes budgétaires limitent la capacité de plusieurs États à mobiliser rapidement les ressources nécessaires.
Quand les promesses ne suivent pas
Contrairement à une banque commerciale classique, la BDEAC ne collecte pas de dépôts auprès du public. Son modèle repose sur les apports de ses actionnaires et sur les emprunts contractés auprès des marchés financiers et des bailleurs internationaux afin de financer des projets d’infrastructures, d’énergie ou de développement dans les six pays de la CEMAC. Au 31 décembre 2025, le capital autorisé de l’institution atteignait 1 500 milliards de FCFA. Sur ce montant, 1 338 milliards avaient été souscrits par les actionnaires, mais seulement 157 milliards avaient effectivement été versés.
La banque avait appelé 335 milliards de FCFA de capital, laissant encore 178 milliards à recouvrer auprès de ses actionnaires.
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La BEAC demeure le principal contributeur avec plus de 90 milliards déjà versés, tandis que plusieurs États restent redevables de plus de 20 milliards chacun. Ce retard a des conséquences concrètes sur la capacité de déploiement de la banque régionale. Les statuts de la BDEAC plafonnent en effet son niveau d’endettement à hauteur de son « capital sujet à appel », c’est-à-dire la partie du capital souscrit que les actionnaires se sont engagés à fournir en cas de besoin. Au 31 décembre 2025, ce capital sujet à appel atteignait plus de 1 000 milliards de FCFA, permettant à la banque de maintenir une marge d’endettement théorique de 542 milliards de FCFA.
Le succès du programme de recapitalisation pourrait donc conditionner la capacité future de la BDEAC à jouer son rôle de bras financier du développement en Afrique centrale. Rappelons qu’à fin 2025, l’encours des emprunts de la banque se chiffrait à 521 milliards de FCFA, principalement auprès de la BEAC, d’Afreximbank et du marché obligataire régional.
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