Dans un long réquisitoire, Me Akere Muna, candidat à la présidentielle du 12 octobre 2025 sous la bannière du parti Univers, a saisi le Conseil Constitutionnel le 18 août en vue de constater que le candidat Paul Biya est « inéligible à l’élection présidentielle, conformément à l’article 118 du Code électoral, au motif qu’il se trouve dans un état de dépendance avérée, tant physique que cognitive, l’empêchant d’exercer les fonctions présidentielles de manière autonome et souveraine ». L’ancien bâtonnier, dans son exposé des faits, indique que l’article 118, alinéa (1) de la Loi électorale dispose que « sont inéligibles, les personnes qui, de leur propre fait, se sont placées dans une situation de dépendance ou d’intelligence vis-à-vis d’une personne, d’une organisation ou d’une puissance étrangères ».
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Pour lui, le président de la République, Paul Biya, 92 ans, a multiplié des actes qui laissent croire qu’il est inapte à exercer la fonction présidentielle pleinement. Il cite pour cela son absence de l’espace public, le canal utilisé pour déclarer sa candidature aux Camerounais dont il sollicite pourtant les votes. De plus, poursuit le candidat de Univers, l’investiture du chef de l’Etat à la présidentielle « s’est déroulée dans des conditions pour le moins singulières qui trahissent une incapacité croissante à assumer les exigences d’un scrutin public ».
Usurpation
Au-delà des absences du président de la République hors du territoire national et de l’inertie observée dans la tenue de plusieurs instances républicaines statutaires à l’instar du Conseil supérieur de la magistrature, dans l’oubli depuis six ans, Akere Muna met à l’index ces « tiers [qui] usurpent régulièrement son autorité ». En plus des sorties « chorégraphiées », le requérant soutient que son « entourage immédiat organise des apparitions téléguidées, rédige des discours simplistes, et prend des décisions en lieu et place du président, comme en témoignent les déclarations contradictoires des membres du gouvernement ».
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Le Président actuel, de l’avis de Me Akere Muna, a volontairement placé son mandat dans un état de dépendance, violant ainsi l’esprit et la lettre de l’article 118(1). Ce qui le rend inéligible. Il justifie son action par la volonté de « protéger la République contre les risques d’une présidence fantôme » et l’exercice par procuration de la fonction présidentielle. Ces deux éléments confirment la dépendance physique et cognitive du candidat Biya vis-à-vis de son entourage. « Le Palais de l'Unité, maison du peuple, est devenu le théâtre d'une imposture démocratique où une autorité invisible règne par l'intermédiaire d'oligarques non élus », assène l’avocat.
Comparution physique
C’est pourquoi, il demande au Conseil constitutionnel d’ordonner, à titre subsidiaire, à défaut de constater immédiatement son inéligibilité, la comparution personnelle de Paul Biya devant la haute juridiction, afin de vérifier son aptitude à assumer les charges présidentielles ; soit la production d’un bilan médical complet, établi par une commission d’experts indépendants, permettant d’écarter tout doute sur son état de dépendance. Car, argumente le candidat de Univers, le président de la République se rend coupable de violation de la Constitution alors qu’il « est physiquement et cognitivement dépendant ». Bien plus, conclut l’ancien président de Transparency International, l’incapacité du président à « exercer la magistrature suprême met en péril la souveraineté nationale, car il reste dépendant des cercles opaques (nationaux et étrangers) ».
Dans l’entourage du parti au pouvoir, l’on attribue cette sortie de l’ancien bâtonnier à la recherche du buzz médiatique et politique. Pour certains caciques du régime, l'incapacité physique ou mentale d’un dirigeant se démontre par un certificat médical ; de plus, seul le Parlement peut saisir le Conseil Constitutionnel pour la constater au sens de l’article 188 qui invoque la dépendance extérieure ou l’intelligence avec l'extérieur.

