Forts de leur longue expérience politique, Bello Bouba Maïgari (UNDP) et Issa Tchiroma Bakary (FSNC) apparaissent comme les deux figures les plus aguerries du paysage politique camerounais après Paul Biya. À l’approche de la présidentielle, ils partagent un même diagnostic sur les défis économiques du pays, mais se distinguent par leurs visions. L’un prône la rigueur et la planification, l’autre la souveraineté et la redistribution.
Croissance et emploi
Dans son "Programme de transformation du Cameroun" imprimé sur quatre pages et publié dans les deux langues officielles, le candidat Bello Bouba Maigari fait de la croissance économique son objectif prioritaire. S'il est élu, l'ancien ministre du Tourisme et des Loisirs ambitionne de porter le taux de croissance de l'économie camerounaise au-dessus de 8 % au terme de son mandat en 2032 et de faire du Cameroun un pays industrialisé. Il s’agit là, de l’objectif fixé pour l’actuel gouvernement pour 2030 dans sa Stratégie nationale de développement (SND30) alors qu’à mi-parcours de ce programme gouvernemental lancé en 2020, le taux de croissance est projeté à 3,9% à fin 2025. Pour inverser la tendance, le candidat de l'UNDP est convaincu que cette croissance soutenue est la clé pour résoudre les problèmes sociaux. Pour lui, « un taux de croissance vigoureux et soutenu constitue une dynamique essentielle pour la création massive d'emplois, la réduction de la pauvreté et l'amélioration des conditions de vie des populations », visant ainsi à répondre au chômage, aux inégalités et aux exclusions sociales.
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Le "Manifeste de transition" d'Issa Tchiroma Bakary est élaboré autour de la relance industrielle et agricole, avec un accent particulier sur la valorisation des ressources locales et la création d'emplois pour les jeunes diplômés et non diplômés. Bien qu'il ne propose pas de projections chiffrées précises, le candidat annoncé plusieurs réformes clés pour soutenir la croissance et l'emploi, notamment de : la création de Zones Économiques et Sociales (ZES) dans chacune des dix régions du pays, le soutien au secteur technologique : s'il est élu, il promet de « développer numérique et soutenir les start-up technologiques », reconnaissant ainsi le rôle incontournable du numérique dans la création de richesse. Face au déficit de moyens financiers, Tchiroma annonce des « programmes spéciaux » pour les jeunes et les femmes, axés sur l’accès au crédit, la formation technique et l’entrepreneuriat.
Infrastructures
Du point de vue infrastructurel, Issa Tchiroma et Bello Bouba reconnaissent que c’est une nécessité pour le développement. Pour le Bello Bouba par exemple, « les infrastructures vitales constituent un point névralgique indispensable pour le processus du développement ». Ainsi, pour stimuler l'industrialisation du pays, l’UNDP lancerait un vaste programme de construction et de réhabilitation des routes, tout en garantissant un accès universel à l’eau potable aux populations et à l’électricité aux ménages et aux industries. De son côté, Issa Tchiroma entend développer un réseau routier et énergétique national intégré, avec un accent sur la maintenance régionale et l’accès rural à l’électricité. Des ambitions pas chiffrées cependant.
Le capital humain et social est une « priorité absolue » pour Bello Bouba Maigari (UNDP). Sa stratégie s'articule autour de la modernisation de l'éducation à tous les niveaux et de la nécessité de « créer des formations professionnelles adaptées aux besoins du marché de l'emploi ». Parallèlement, il promet une rénovation totale du système de santé pour garantir des soins de qualité et accessibles. Issa Tchiroma Bakary mise sur quatre réformes sociales, souvent en écho aux défis nationaux. Il veut prioritairement réformer le système d'éducation, un chantier d’autant plus urgent que le Forum national de l’Éducation reste attendu depuis 2017.
Gouvernance et finances publiques
Les deux candidats convergent également sur la nécessité d'une gouvernance forte et la lutte contre la corruption, bien que leurs méthodes diffèrent. Issa Tchiroma axe sa vision sur l'efficacité et la décentralisation : « le socle d'une République forte repose sur la transparence et l'efficacité ». Pour cela, il se propose d’allouer 25 % des ressources de l'État aux entités publiques locales d'ici 2030, une ambition largement supérieure au quota minimum de 15 % fixé par le Code général des Collectivités territoriales décentralisées (CTD) en 2019, quota qui peine actuellement à dépasser les 10 % de réalisation. Bello Bouba Maïgari, sans détailler ses actions, ambitionne de moderniser l'administration camerounaise afin de la rendre « plus efficace ».
Les deux candidats placent la lutte contre ce fléau au cœur de leurs programmes. Bello Bouba s'attaque à la corruption et à la complaisance, dans un contexte où le préjudice financier a diminué passant de 114 milliards FCFA à 4,06 milliards FCFA en 2024, selon la CONAC. Ce dernier chiffre, bien qu'en nette réduction, démontre que le phénomène reste d'actualité. Issa Tchiroma entend « éradiquer la corruption et instaurer une bonne gouvernance». L’implémentation de cette réforme institutionnelle passerait par des poursuites judiciaires en cas de détournement avéré.
Dette et financement
Selon la Caisse autonome d'amortissement(CAA), la dette du secteur public au Cameroun s’élevait à 14 442 milliards FCFA (soit 44,7 % du PIB) à fin mars 2025. Bien que le taux d’endettement respecte encore la norme CEMAC de 70 %, l'efficacité et l'efficience des prêts contractés restent problématiques. Face à cette situation, Issa Tchiroma Bakary propose en priorité de « mener un audit complet et indépendant de l’Etat ». L'ancien ministre des Transports prévoit également la publication d'un rapport officiel accessible à tous les Camerounais et la mise en place d'une plateforme numérique de transparence pour suivre les recettes et les dépenses de l'État entemps réel. Bello Bouba Maïgari fonde son projet sur un ambitieux « Programme de redressement » estimé à 60 000 milliards FCFA « pour faire du Cameroun un pays industrialisé à l’horizon 2032 ». Ce plan sera porté par les secteurs accélérateurs de croissance, financé principalement sur ressources internes, avec un recours limité à l’endettement extérieur.
Protection et sécurité sociale
Au Cameroun, le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) a été fixé à 43 969 FCFA depuis 2023.Toutefois, avec le coût élevé de la vie, il fait l’objet des débats. Bello Bouba veut le porter au double soit plus de 87 000 FCFA par mois. A ces ambitions viennent s’ajouter l’introduction d’un revenu de survie, la revalorisation de la fonction publique et la hausse des allocations familiales. Issa Tchiroma pour sa part promet l'éducation gratuite, lever les obstacles liés au genre. Bien que lancée en avril 2023, Tchiroma fait aussi de la Couverture Santé Universelle (CSU) une priorité en permettant d’installer les mutuelles régionales. L'ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle ne se sépare pas de sa thèse historique : prioriser l’emploi et la formation professionnelle grâce à des centres de formation professionnelle dans chacune des 10 régions.
Diaspora & investissement privé
Issa Tchiroma et Bello Bouba convergent vers la garantie d’une double nationalité. Plus précieusement, Bello veut implémenter des mesures incitatives adoptées pour permettre à la diaspora de participer pleinement à la construction du Cameroun. Issa Tchiroma veut non seulement« recréer un cadre juridique clair incluant la reconnaissance de la double nationalité » mais aussi, réviser la fiscalité pour encourager l’investissement privé et le Made in Cameroon ».
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