La santé économique du Gabon n’est pas reluisante. En tout cas le diagnostic du Fonds monétaire international est sans ambiguïté sur la question. En effet, le Conseil a d’administration de cette institution réunie le 24 mai dernier à Washington, aux Etats-Unis, a diffusé des conclusions peu rassurantes. « Les déséquilibres budgétaires se sont considérablement aggravés : les importants déficits hors pétrole en 2022-2023 ont conduit à une accumulation rapide d'arriérés, ont porté la dette publique à environ 70½ pour cent du PIB, au-dessus du plafond de la Cemac, et ont pesé sur l’accumulation des réserves », révèle l’institution financière.
Elle ajoute : « Dans l’avenir, les perspectives seraient confrontées à des risques majeurs. Les perspectives d’une diminution progressive de la richesse pétrolière pèsent sur les prévisions de croissance à long terme et sur la position extérieure, compte tenu d’une diversification encore modérée hors du secteur pétrolier. La croissance devrait donc ralentir à environ 2⅔ pour cent à long terme, ce qui est insuffisant pour relancer le revenu par tête qui stagne depuis de longues décennies, et les excédents du compte courant devraient progressivement s’amenuiser. S’ils ne sont pas corrigés, les déséquilibres budgétaires créeront des risques de liquidité à court terme et des risques de viabilité de la dette à long terme, pouvant déstabiliser les perspectives macroéconomiques ».
Les perspectives d’une diminution progressive de la richesse pétrolière pèsent sur les prévisions de croissance à long terme et sur la position extérieure.
Les administrateurs ont également noté que le caractère actuellement expansionniste de la politique budgétaire et la persistance de faiblesses structurelles et de gouvernance, amplifiés par les risques externes, posent des défis significatifs pour l'économie gabonaises. Le FMI a aussi souligné l’urgence d’une consolidation budgétaire décisive pour garantir la viabilité des finances publiques, tout en préservant la capacité à répondre aux importants besoins sociaux et de développement. Les administrateurs ont encouragé à une plus grande efficacité budgétaire et l’accroissement des marges budgétaires grâce à l’adoption de mesures fiscales.
Bémol
Toutefois, le tableau de l’économie gabonaise n’est pas totalement noir. Car, le conseil d’administration du FMI a salué la consolidation du Compte Unique du Trésor et la numérisation des services du gouvernement, et a encouragé les autorités à remédier aux lacunes, qui subsistent, relatives à la gestion des entreprises publiques, de la dette et des investissements, ainsi qu’à la gestion de la masse salariale et de la fonction publique. Les administrateurs ont souligné que le renforcement de la position budgétaire du Gabon sera essentiel pour assurer la viabilité de la position extérieure de la Cemac. Les administrateurs ont noté le reporting transparent des comptes publics récents.
« Les administrateurs ont encouragé le renforcement de la solidité du secteur financier, notamment en réduisant les risques découlant du lien souverain-bancaire, en remboursant les arriérés de l’Etat, et en corrigeant les déficiences qui subsistent dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et financement du terrorisme (LBA/FT). Les initiatives pour faire face aux vulnérabilités liées au climat devraient également être prioritaires », apprend-on.
Négociations en vue d’un nouveau programme
Les consultations actuellement menées par le FMI pour recueillir des données économiques sur le Gabon sont nécessaires car, au vu de l’échec programme triennal (2021-2024) du FMI « Mécanisme élargi de crédit », le gouvernement en place, arrivé au pouvoir le 30 août 2021, a opté de relancer un nouveau programme avec le FMI. Pour ce faire, il faut d’abord que le FMI puisse faire un état des lieux avec d’engager la conclusion d’un nouveau programme.
« Ce programme qui était mal parti, nous avons décidé de le laisser mourir et d’engager de nouvelles discussions avec le Fonds… Je pense que les institutions financières internationales se rendent bien compte que cette fois-ci, elles ont affaire à un gouvernement de gens sérieux, qui a envie d'aider à rétablir la situation du pays », avait affirmé en janvier 2024 Charles Mba, ministre des Comptes publics, dans un entretien sur RFI.
Face à plusieurs manquements, seules deux revues ont été validées et ont permis à l’institution financière mondiale de décaisser 155,29 millions de dollars américains (environ 96 milliards de Fcfa) au bénéfice du Gabon.
En attendant de trouver un terrain d’entente avec le FMI, il est à noter que le programme triennal MEDC conclut en 2021 devait s’achever cette année 2024. Mais face à plusieurs manquements, seules deux revues ont été validées et ont permis à l’institution financière mondiale de décaisser 155,29 millions de dollars américains (environ 96 milliards de Fcfa) au bénéfice du Gabon. D’un montant global d’environ 553.2 millions de dollars américains, ce programme MEDC avait pour but d’aider le Gabon à faire face à la crise de la pandémie de Covid-19 et soutenir la mise en œuvre de la stratégie de relance économique 2021-2323 des autorités. Mais en vain.

