Conjoncture

Projet Bonateki-Bonabassem-Bepanda: 1,7 milliards de FCFA attendus depuis 32 ans

C'est le montant dû aux 908 familles déguerpies de ce tracé routier depuis 1996. Elles ont manifesté leur exaspération devant la Communauté urbaine de Douala où on attend plutôt la signature du décret ordonnant l'indemnisation de plus de 5000 familles.

Le coup de colère de ce 13 novembre 2018 sonne comme un ultime ras le bol. Plus de 908 familles déguerpies du tracé de construction des axes routiers Bepanda, Bonabassem et Bonateki ont assiégé la Cour des miracles de la Communauté urbaine de Douala. Brandissant des pancartes hostiles contre les pouvoirs publics. Surtout, dénonçant leurs conditions et ce qu’ils qualifient « d’injustice » dans ce dossier vieux de 32 ans. C’est en effet en 1986 que plus de 5000 personnes ont été déguerpies des chantiers de ces trois axes, dans le cadre d’un projet d’amélioration de la voirie urbaine de Douala. Sans aucune indemnisation. Après moult tractations, les 908 familles ne brandissent qu’un simple projet de Décret d’indemnisation pour soutenir leur mouvement. Projet de Décret qui date de plus de vingt ans d’un montant de 1,7 milliards de FCFA à décaisser par la ville de Douala. Notamment par la Communauté urbaine.

Par correspondance du 22 octobre 2018, le Collectif des déguerpis prévenait  par voie d’huissier Samuel Ivaha Diboua, le Gouverneur de la Région du Littoral, Bertrand Mache Njouonwet, le Préfet du Wouri et Fritz Ntone Ntone, le Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, d’un  certain nombre de revendication de ce pactole. Informé de la situation, le Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala va opter pour une approche de conciliation. Invitant la meute, pour la plupart constituée des personnes du 3ème âge, à une séance de travail. Véritable occasion pour des révélations. A l’instar de Marthe Njanga, la soixantaine, ancienne employée de la défunte Camair (Cameroon Airlines), victime de ce projet: « nous avons été déguerpis sur l’axe lourd Bonatéki il y a 32 ans. Cela nous fait 32 ans de misère, de souffrance, de deuil. Tous les jours nous mourrons. Le dernier en date, c’est le vice-président de notre collectif qui est décédé il y a deux mois à peine parce qu’il n’a pas eu dix mille francs pour payer son ordonnance. Nos enfants sont devenus des délinquants, les filles sont devenues des prostituées, nous n’avons pas de domicile fixe. Aujourd’hui, nous voulons notre indemnisation ».

Pour Ebenezer Mouangue Belle, le président de l’Association des anciens de l’axe lourd Bepanda-Bonabassem-Bonateki, « il est temps que cette affaire se termine d’ici la fin de cette année, ou au plustard dès le début 2019« . Pourtant, les nouvelles obtenues de Fritz Ntone Ntone n’augurent pourtant pas une fin proche. « Si nous ne prenons pas de raccourci, cette affaire peut encore durer 60 ans», dira-t-il d’emblée.

« Pour que cet argent soit décaissé, il faut d’abord au préalable qu’il soit inscrit sur la ligne budgétaire de la Communauté urbaine de Douala afin que les 908 cas recensés rentrent en possession de leur dû. Là encore, il y a des préalables. Au moins un qui est capital. Un Décret de la Primature qui donne l’accord du décaissement. Vous n’avez qu’un projet de Décret qui autorise la paie. Je ne peux payer sur cette base. Il faut un décret maintenant, car ce n’est que lorsqu’un décret est signé qu’il est exécutoire. C’est un dossier qui m’a déjà été rappelé plusieurs fois par correspondances, j’ai même reçu une pétition. Et comme il a déjà duré, il peut susciter beaucoup d’interrogations, il y a eu de nombreux Premiers Ministres, de nombreux préfets, de nombreux délégués du gouvernement. Il faut donc rafraichir tous les éléments nécessaires, ne pas beaucoup écrire, nous allons mettre sur pied un groupe de travail pour l’élaboration de ce document», éclaircira davantage Fritz Ntone Ntone.

Un comité de suivi tripartite de ce dossier a été heureusement mis sur pied. Avec pour objectif,  de déceler les doublons, écarter les bénéficiaires fictifs et obtenir un résultat définitif. « Le processus peut être long, mais vous êtes nos populations, nous allons nous battre pour que vous soyez payées. Je vais le

poser directement au Premier Ministre chef du gouvernement », a promis le Délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Douala. « Nous osons croire que cette procédure du droit juridique doit se faire par le plaidoyer parce que c’est plus de six délégués de la Cud et plus sept préfets qui sont passés depuis 1986. Nous pensons que le Premier ministre aura un sens élevé de responsabilité pour qu’enfin le décret d’indemnisation soit signé pour que ces populations qui croupissent dans la misère depuis 32 ans puissent retrouver le sourire peut-être pour cette fin d’année, voire en début d’année qui va commencer » continuent d’espérer les 908 familles. 

La Rédaction EcoMatin

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