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Rachat de Commercial Bank Cameroon : l’État donne une chance aux salariés de la banque

Ça pourrait être la grande surprise de cette fin d’année dans le paysage bancaire camerounais. 8 ans après sa nomination au poste de Directeur Général de CBC, Léandre Djummo et son personnel ont déposé une offre auprès de Rothschild portant sur le rachat des 51% de parts de la banque mises en vente par l’État du Cameroun, actionnaire majoritaire. Dans le jargon financier, il s’agit d’un Management Buy-out. Celui-ci est assorti d’un montage financier solide qui implique notamment un doublement du capital de la banque avant son introduction en bourse. Plusieurs hommes d’affaires camerounais et une grande banque locale sont également signalés sur le deal, repositionnant les nationaux dans cette transaction que Yaoundé espère conclure avant la fin du mois de septembre.

Publiée mercredi 25 septembre 2024 à 15:51:40Modifiée mercredi 25 septembre 2024 à 15:51:44Temps de lecture 6 minPar René Ombala

Léandre Djummo, DG de Commercial Bank Cameroon
Léandre Djummo, DG de Commercial Bank Cameroon

Mandaté par l’État du Cameroun pour piloter la cession de 51% des parts de Commercial Bank Cameroon (CBC) à un privé, Rostchild & Co a déjà reçu plusieurs offres dont celle des salariés de la banque, a appris EcoMatin. Dans le jargon financier, il s’agit d’un Management Buy-out, c’est-à-dire le processus par lequel des dirigeants, des cadres et/ou une partie du personnel, s’associent pour devenir actionnaires majoritaires de leur entreprise. Il permet la transmission dans la continuité au management en place, tout en recherchant un équilibre équitable entre les parties.

Partenaires financiers

Détenu à 98% par l’État et à 2% par Allianz, l’établissement dirigé par Léandre Djummo pourrait donc tomber entre ses mains et celles d’autres salariés réunis en consortium ; mais ce n’est pas tout. Ne disposant pas des fonds nécessaires pour régler la transaction, ces candidats à l’acquisition ont fait appel à des partenaires financiers externes, notamment des hommes d’affaires camerounais de premier rang. Ces derniers ont signé des lettres d’intention en vue de garantir leur investissement dans les délais impartis, une fois que l’offre sera validée. En 3e rideau, les « managers » de CBC ont réussi à accrocher la garantie d’une importante banque de la place, qui apportera les financements en cas de désistement d’un des partenaires. En somme, «un dossier en béton», qualifie une source proche du dossier.

Montage financier

D’après le schéma arrêté par l’État du Cameroun, 51% du capital de CBC doit être cédé à un privé. Une partie du reliquat (30%) devrait être placée à la cote de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac) dans le cadre d’une offre publique de vente d’actions, l’État se réservant 17% des parts, en ayant au passage raflé un pactole conséquent par la cession de 81% des parts. Les offres recueillies jusqu’ici semblent respecter ce schéma, mais celle des cadres de la banque jaune et noire semble plutôt particulière, impliquant une plus-value consistante pour Yaoundé.

Concrètement, le montage financier proposé suggère que les actionnaires actuels procèdent à une opération de doublement de capital par apports en numéraire, le faisant passer de 24 milliards actuellement à 50 milliards FCFA. Ceci permettra d’augmenter la valeur de l’entreprise. Les acquéreurs feront alors leur entrée au tour de table dans le cadre de cette opération en s’arrogeant 51% du nouveau tour de table. Comme prévu dans le schéma initial, l’État conservera sa participation minoritaire (17%), quoique celle-ci serait mieux valorisée compte tenu du fait que la banque aurait pris de la valeur. Yaoundé touchera également un pactole plus consistant au terme de la cession des 30% restants à la bourse de Douala. « C’est une offre singulière qui, à tout point me semble plus bénéfique que ce qui était prévu dans le schéma initial, car en plus de l’argent qu’il encaissera, la valeur de ses parts augmentera avec le doublement du capital », estime notre source.

Un choix patriotique ?

Fleuron de l’industrie bancaire locale, le redressement de CBC a toujours été une préoccupation majeure pour Yaoundé qui y a investi une dizaine de milliards de FCFA afin d’éviter une faillite. Alors qu’il doit à nouveau privatiser l’établissement conformément au plan de restructuration validé par la COBAC, Yaoundé a toujours, de manière officieuse, exprimé sa préférence pour un repreneur national. Non pas par chauvinisme, mais dans une volonté de redonner du poids aux locaux dans un secteur qui est largement dominé par des étrangers.

À date, sur les 19 établissements bancaires agréés dans le pays, seules 4 sont contrôlés par des capitaux majoritairement camerounais, à savoir Afriland First Bank, CCA-Bank, La Régionale Bank et le nouveau venu Africa Golden Bank, du milliardaire Samuel Foyou. Ceci exclut, bien entendu, NFC-Bank et CBC qui sont toujours sous le contrôle de l’État dans le cadre des plans de restructuration. Calculette en main, les privés nationaux ne contrôlent que 21 % du secteur ce qui semble faible pour soutenir une réelle dynamique de croissance. À la différence des étrangers, non-régionaux en particulier, les locaux adaptent leurs offres à l’économie nationale avec pour objectif de grandir sur place. L’intérêt d’avoir des banques à capitaux locaux fortes, s’est également renforcé avec l’annonce surprise du départ de Société Générale du continent africain.

Maintenir CBC dans son cycle de croissance

L’autre critère qui arbitrera également le choix du nouveau repreneur par Yaoundé est sa capacité à maintenir la dynamique de croissance des performances de cet établissement bancaire qui il y’a 15 ans était au bord de la faillite. Sur ce point, Léandre Djummo et ses partenaires ont plutôt de l’avance puisqu’ils ont grandement contribué à redresser et à assainir la situation financière de CBC. Ayant pris les commandes de la banque en 2016, la direction a rempli ses obligations contenues dans le contrat de performance, dégageant à partir de 2017 des résultats bénéficiaires conséquents. L’Établissement a également procédé à 2 opérations d’augmentation de capital, le faisant passer de 12 à 24 milliards FCFA.

Classée septième banque camerounaise par la taille, son total bilan a progressé de 86,7 milliards de FCFA (+6,3%) en 2023, pour s’établir à 665,3 milliards de FCFA. Si ses dépôts ont progressé à 360 milliards de FCFA (+4,9%) entre ces deux derniers exercices, l’encours de ses crédits a par contre positivement évolué de 36 milliards de FCFA(+8,4%) l’année écoulée, frôlant les 420 milliards de FCFA d’encours. Sa bonne santé se reflète aussi dans le bénéfice net de 2,7 milliards de FCFA (+0,1%) en 2023.

L’offre formulée aujourd’hui par les artisans de cette performance a pour avantage qu’elle conduira à consolider les fonds propres de la banque ce qui lui permettra de renforcer ses opérations sur le marché camerounais. De plus, en cédant à des acteurs qui ont contribué à redresser la banque, l’État serait rassuré quant à la continuité du management en place ainsi, la pérennité de l’activité, le maintien des collaborateurs et la qualité de la gouvernance. Des atouts qui ont permis à la direction actuelle de réaliser de belles performances.

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