Quatorze ans après la mise en service de son unique raffinerie de pétrole, le Tchad engage une nouvelle série de négociations stratégiques avec CNPC International Chad (CNPCIC), co-actionnaire et exploitant majeur de l’usine. Du 20 au 22 mai à Dubaï, la ministre tchadienne du Pétrole, Ndolenodji Alixe Naïmbaye, a rencontré les dirigeants de la CNPCIC aux côtés des représentants de l’Autorité de régulation du secteur pétrolier aval (ARSAT) et de la Société des hydrocarbures du Tchad, afin de repenser la convention de vente de brut à la Société de Raffinage de N’Djamena (SRN).
Le précédent contrat, arrivé à terme en décembre 2023, prévoyait l’approvisionnement de la raffinerie à 20 000 barils par jour or dans les faits, celle‑ci plafonne à peine à 5 409 barils, soit 36 citernes d’essence quotidiennes. Selon le gouvernement, « l’enjeu principal est d'améliorer les performances de la raffinerie, dont la production reste bien en deçà de l'objectif » de 20 000 barils par jour, en grande partie à cause de la qualité du brut traité.
Plus précisément, cette renégociation devrait se concentrer sur l'examen minutieux des termes de l'accord précédent entre l’Autorité de Régulation du Secteur Pétrolier Aval du Tchad (ARSAT), la Société des Hydrocarbures du Tchad, CNPC, marketeurs, et éventuellement les importateurs, afin de déterminer si chaque partie a respecté ses engagements. L'objectif sera d'identifier les éventuels écarts et problèmes rencontrés dans l'exécution, tout en mesurant les performances réelles de la raffinerie par rapport aux objectifs fixés. Il s'agira notamment d'analyser les quantités de pétrole brut fournies, le respect des clauses financières, et l'impact de la qualité du brut sur la production de carburants.
Une crise énergétique exacerbée
Ces négociations intervienent dans un contexte de crise énergétique aigüe au Tchad. Depuis dix mois, Ndjamena a déjà subi deux hausses successives des prix à la pompe, faisant passer le litre de super à 730 FCFA, et celui de gasoil à 828 FCFA. Incapable de couvrir la demande intérieure, et privé de 73 % de la capacité de sa raffinerie, le Tchad se trouve contraint d'importer massivement le careburant pour satisfaire la demande locale.
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Une autre préoccupation majeure est l'exportation informelle de produits pétroliers vers les pays voisins comme le Soudan, le Niger et la République Centrafricaine, où les prix sont beaucoup plus élevés (jusqu'à 1500 Fcfa au marché noir), ce qui alimente le marché noir tchadien et aggrave la pénurie locale.
Rappelons que la raffinerie de Djermaya a été mise en service en 2011, symbolisant l'ambition du Tchad de maîtriser sa chaîne de valeur pétrolière. Cependant, les défis liés à la qualité du brut et à la gestion des contrats ont régulièrement entravé son fonctionnement optimal, conduisant à des pénuries et des hausses de prix récurrentes affectant directement la population et l'économie du pays.
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